Quelque 600 citoyens ont marché dans les rues de Trois-Pistoles, samedi, pour faire comprendre au gouvernement que leur patience avait assez duré dans l'attente d'une réponse pour le financement des travaux du traversier L'Héritage 1.

600 personnes dans les rues de Trois-Pistoles pour sauver leur traversier

TROIS-PISTOLES – La grogne se fait de plus en plus sentir à Trois-Pistoles. À l'invitation du comité Sauvons L'Héritage, quelque 600 citoyens ont marché dans les rues de cette municipalité du Bas-Saint-Laurent, samedi, pour faire comprendre au gouvernement Legault que leur patience avait assez duré. Selon eux, il est minuit moins une pour effectuer les travaux nécessaires à la mise en fonction du traversier pour la prochaine saison.

Le maire de Trois-Pistoles n'est pas surpris de la participation de sa population, qui compte 3 100 personnes. «Que ce soit à l'épicerie, au bureau de poste ou sur le trottoir, je me fais interpeler par les gens de tous âges par rapport au traversier», raconte Jean-Pierre Rioux. Selon lui, le traversier fait partie des gênes de la communauté. «C'est comme si on nous enlevait un membre, illustre-t-il. C'est la base de notre économie. […] À Trois-Pistoles, on ne demande rien, sinon que de protéger nos acquis. Ça fait partie de notre patrimoine!»

«C'est une occasion, pour la population, de démontrer que ce bateau-là, non seulement on en a besoin, mais on y tient, explique le porte-parole du comité Sauvons L'Héritage, Guillaume Legault. La mobilisation se maintient et va se poursuivre dans les prochaines semaines, advenant qu'on n'ait pas de réponse ou qu'on ait une réponse négative.» Pour pouvoir entreprendre la prochaine saison, le navire requiert des radoubs évalués entre 5 et 6 millions$. La Compagnie de navigation des Basques, qui gère la traverse Trois-Pistoles -Les Escoumins, exhorte le ministère des Transports à payer les travaux. Or, la réponse à la demande de financement se fait attendre.

L'ultimatum lancé par le comité Sauvons L'Héritage était fixé au 31 janvier. «L'étau se resserre, indique M. Legault. Les délais sont de plus en plus serrés. Chaque jour, on va rencontrer de nouveaux défis. Il y a beaucoup d'incertitude qui plane quant à la possibilité d'envoyer le navire en cale sèche pour effectuer les travaux. Il y a aussi beaucoup, beaucoup d'incertitude par rapport à notre capacité d'assurer une rétention du personnel. Ce sont des emplois qualifiés. Il faut absolument tout mettre en œuvre pour obtenir un règlement le plus tôt possible. C'est au gouvernement à agir en conséquence!»

Le maire de Trois-Pistoles estime que «c'est limite». «Il y a un danger de perdre des employés qui vont se chercher un emploi ailleurs, s'inquiète Jean-Pierre Rioux. On est en train d'insécuriser, sur le plan humain, une trentaine de personnes.» Le capitaine du navire, Jean-Philippe Rioux, a d'ailleurs lancé un cri du coeur émotif, rappelant que plusieurs familles dépendent des revenus d'emplois générés par la traverse Trois-Pistoles-Les Escoumins.

Guillaume Legault lance un avertissement: «La mobilisation n'est pas en train de s'essouffler et que le gouvernement se le tienne pour dit! À Trois-Pistoles, on n'est pas une communauté qui va se laisser faire!» Si le mutisme de Québec se prolonge, le porte-parole du comité Sauvons L'Héritage promet d'autres moyens de pression pour faire entendre son message.

Le député de Rivière-du-Loup-Témiscouata, Denis Tardif, avait assuré le comité de sa collaboration pour faire cheminer le dossier avant la date butoir. «Chose certaine, pour ce qui est de M. Tardif, je ne fais plus confiance à son calendrier, fait savoir Guillaume Legault. Pour ce qui est de son travail et de son implication dans le dossier, je ne me prononcerai pas à sa place. On sait qu'il fait des efforts. J'espère que la mobilisation d'aujourd'hui va envoyer un message clair à M. Tardif qu'il ne fait pas juste gouverner pour lui-même dans son propre bureau, mais aussi pour les citoyens des Basques, dont plusieurs sont ses électeurs. Ce n'est pas parce qu'on a voté pour M. Tardif qu'on n'a pas le droit d'être inquiets et déçus de ce qui se passe en ce moment!» Deux représentants du député étaient présents au rassemblement précédant la marche.

Si la réponse du gouvernement caquiste est négative, le maire de Trois-Pistoles prévient le député Tardif, qui est d'ailleurs originaire de l'endroit, qu'il ne sera pas le bienvenu «pour venir parader dans les rues en disant qu'il est un des nôtres»! Jean-Pierre Rioux rappelle l'importance de la traverse dans l'économie de la région. «L'été, le Bas-Saint-Laurent est un territoire touristique, souligne-t-il. En voulant fermer le traversier ici, c'est comme si tu invitais des gens chez vous et que tu fermais des routes pour ne pas qu'ils y accèdent.» Il appréhende que les entreprises qui organisent des tours guidés excluent la région de leur circuit, faute de traversier entre Trois-Pistoles et Les Escoumins. «Chaque autobus qui passe sur le traversier, c'est environ 1 000$ qui rentrent par jour, évalue M. Rioux. C'est à ce temps-ci qu'on doit régler si on les prend ou non. Actuellement, il y a une perte financière qui s'accumule pour la Compagnie de navigation parce qu'il y a des réservations qu'on ne peut pas prendre présentement. Déjà, il y a des impacts négatifs qui collent au bateau et que le milieu devra assumer.» L'élu n'entend cependant pas baisser les bras facilement. «Le bateau ici, s'ils disent non, ils vont nous avoir dans le décor constamment, prévient-il. On ne lâchera pas le morceau!»

Le porte-parole du comité Sauvons L'Héritage, Guillaume Legault, a rappelé que le temps presse pour effectuer les travaux nécessaires à la mise en fonction du traversier pour la prochaine saison.