Laura Finlay, deuxième secrétaire de l’ambassade d’Irlande au Canada, jette une poignée de sable de ce pays, à la suite de l’inhumation des restes des naufragés.

21 victimes du Carricks enterrées... 172 ans plus tard

Un peu plus de 100 personnes ont participé jeudi dans le Parc national Forillon à l’inhumation des restes de 21 personnes ayant péri dans la nuit du 27 au 28 avril 1847 lors du naufrage du navire irlandais Carricks, sur les côtes de Cap-des-Rosiers, en Gaspésie.

Plusieurs des personnes présentes à la cérémonie sont des descendants des 48 survivants du naufrage, provoqué par une violente tempête. Le Carricks était parti de Sligo, en Irlande, le 4 ou le 5 avril, il y a 172 ans.

Il y aurait eu 173 personnes à bord, des gens qui fuyaient l’Irlande, aux prises avec une famine provoquée par la maladie de la pomme de terre et par l’oppression de l’Angleterre à l’égard des Irlandais. Certains passagers, déjà faibles au départ, sont décédés pendant la traversée et leur dépouille a simplement été balancée par-dessus bord.

Apprendre de ses erreurs

Un descendant de survivants, Georges Kavanagh, participant à l’inhumation, a été fort touché par la pérennité de cette histoire. Il ne peut s’empêcher de faire des parallèles avec des situations contemporaines.

«C’est assez curieux qu’une histoire comme ça soit encore vivante aujourd’hui. […] Pour les gens de Cap-des-Rosiers et pour moi en tout cas, c’était important que ça soit souligné de façon un peu spéciale. […] Quand on s’y arrête comme il faut, […] le monde ne change pas. On n’apprend pas de nos erreurs. Ils [les Irlandais] ont vécu quelque chose qui n’a pas d’allure, qui n’a pas de bons sens, mais aujourd’hui, les nouvelles nous racontent à tous les jours des gens qui sont dans des camps de réfugiés, qui essaient de passer une frontière et qui se font rejeter. Ça continue à se vivre dans le monde. Eux, ils l’ont vécu et les moyens de communications, les moyens de secours n’étaient pas aussi faciles», note M. Kavanagh.

Dans les jours suivant le naufrage, 87 corps ont été retrouvés dans les parages de Cap-des-Rosiers. Ils ont été à l’époque enterrés sans trop de cérémonie dans une fosse commune. L’inhumation des restes de 21 personnes jeudi visait à leur donner une digne sépulture.

Les restes de trois enfants âgés entre 7 et 12 ont été trouvés sur la berge en 2011, peu après une violente tempête ayant causé de l’érosion. L’hypothèse du dévoilement involontaire de la fosse commune a alors été émise. En 2016, Parcs Canada, propriétaire du Parc Forillon, a réalisé un inventaire archéologique à l’issue duquel les ossements de 18 autres personnes ont été dégagés.

Une analyse des ossements a confirmé il y a quelques semaines l’hypothèse des dépouilles de naufragés du Carricks, en déterminant que le régime alimentaire de ces personnes s’apparentait à celui d’une population vivant d’une agriculture basée sur la culture de la pomme de terre, régime alimentaire typique de l’Irlande de la première moitié du XIXe siècle. Des naufragés souffraient de pathologies sans doute causées par la malnutrition.

Une histoire à creuser

La cérémonie de jeudi n’a pas bouclé la boucle pour Georges Kavanagh, qui s’intéresse encore à l’histoire de ses ancêtres.

«Il reste encore des pans d’histoire qui sont mal connus et qu’il faut fouiller encore. […] Je vais continuer à gratter un peu dans l’affaire. […] On réalise qu’il manque des morceaux. […] Par exemple, la date du naufrage est contestée un peu par les gens qui connaissent la navigation», souligne-t-il, rappelant qu’il serait surprenant qu’un navire comme le Carricks ait pu traverser de l’Irlande à la Gaspésie en 22 jours avec les moyens de l’époque.

Le naufrage du Carricks a eu pour effet de fournir aux marins et aux citoyens réclamant la construction d’un phare dans le secteur des arguments pour le moins probants. En 1858, le phare de Cap-des-Rosiers a été inauguré. Il demeure le phare le plus imposant au Canada.

Un monument en hommage aux Irlandais du Carricks existe depuis 1900 à Cap-des-Rosiers. Il avait été commandité par la paroisse Saint-Patrick de Montréal, en collaboration avec la paroisse locale Saint-Alban. La cloche du Carricks, retrouvée le 24 septembre 1968 sur la grève de Blanc-Sablon, en Basse-Côte-Nord, prend place à côté du monument.