En région

Enfin une route pour l'extrême nord canadien

TUKTOYAKTUK — À Tuktoyaktuk, le rêve caressé il y a un demi-siècle est enfin devenu réalité cette semaine avec la mise en service d’une route extrême reliant la bourgade canadienne, nichée sur les rives de l’océan Arctique, au reste du continent nord-américain.

L’exploit valait bien un feu d’artifice, même avec un thermomètre proche des -30 degrés Celsius. Les yeux s’illuminaient alors sur les visages emmitouflés des responsables locaux et des habitants.

Après des années d’études et d’atermoiements, le premier coup de pelle a finalement été donné en 2014, sous l’ancien gouvernement conservateur, pour construire ce que l’on appelait alors la «route des ressources», soit le lien permettant d’aller exploiter les richesses toujours plus loin au Nord.

Mais il y a un an, les libéraux du premier ministre Justin Trudeau ont décidé un moratoire de cinq ans sur les forages dans l’Arctique.

Les 138 kilomètres de gravier de la route d’Inuvik à Tuktoyaktuk, au nord du Cercle polaire, n’ont cependant pas été construits en vain, car, pour les habitants parmi les plus isolés au Canada, c’est la promesse d’une vie moins chère et d’argent de touristes en quête d’aventure.

À Tuktoyaktuk, le taux de chômage est de plus de 30 %, et les conditions de vie difficiles pour les 930 habitants.

«Vous savez, nous n’avons pas d’hôtel, nous avons peu de magasins et peu d’opportunités dans la communauté», explique Tianna Gordon-Ruben, qui espère que les prix de la nourriture vont baisser et que plus d’emplois vont être créés.

Avec son bonnet et son anorak rouge, Ella Jean Nogasak, 72 ans, a longtemps attendu la route : «Cette journée est vraiment incroyable, nous sommes heureux, tout le monde est excité».

Quatre ans de travaux ont été nécessaires pour achever la route la plus au nord du continent américain, large d’une dizaine de mètres et qui consiste par endroit en un remblai de quatre mètres de haut déposé sur le pergélisol, ce sol gelé en permanence et isolé par une toile géotextile.

Températures extrêmes

Chef du chantier, Dean Ahmet explique les défis et le côté exceptionnel de la construction qui a coûté 300 millions $ dans une région ponctuée d’une myriade de lacs et de rivières.

Le pergélisol étant impraticable au dégel, les travaux ont dû être réalisés pendant les sept ou huit mois d’hiver avec un peu plus de 600 travailleurs. «C’était un défi, car nous avons travaillé dans des conditions de températures extrêmes, de -15 à -57 degrés, 24 heures sur 24», explique le chef de chantier.

«Je veux remercier les équipes qui ont travaillé d’arrache-pied pendant de longues journées et nuits noires», a souligné mercredi Bob McLeod, premier ministre des Territoires du Nord-Ouest, lors de l’inauguration de la route. De nombreux ministres fédéraux étaient présents ainsi que la gouverneure générale Julie Payette.

Dans un paysage de toundra glacée, la vitesse est limitée à 70 km/h. Huit ponts ont été construits pour la continuité de la route dont la durée de vie est estimée à 75 ans, avec en permanence 30 à 40 employés pour la maintenance.

Avec autant de personnalités présentes, Darrel Nasogaluak, le maire de Tuktoyaktuk, est partout. Discours, poignés de mains, un mot pour chacun, le maire espère une meilleure qualité de vie. Grâce à la route, «nous allons avoir un meilleur accès aux soins de santé, un meilleur accès à de la nourriture saine et des produits frais», assure-t-il à la cantonade. À l’épicerie de Tuktoyaktuk, le prix du litre de lait est presque deux fois plus élevé qu’à Vancouver, la métropole du littoral pacifique canadien à 3800 km par la route de l’océan Arctique.

Avec les beaux jours dans quelques mois, les touristes vont-ils venir par la route? Darrel Nasogaluak invite «le monde entier» à venir visiter Tuktoyaktuk : «Venez partager notre culture riche et nos incroyables paysages. Nos portes sont ouvertes».

Pour l’inauguration de la route, un festin communautaire est prêt et, en attendant des aliments acheminés par la route, les Inuvialuits continuent de dépendre de la chasse et de la pêche. Au menu, des mets traditionnels : caribou et le traditionnel muktuk, de la peau et graisse de baleine.

En région

Relancer l’agriculture et la foresterie pour sauver l’Est-du-Québec

EXCLUSIF / MATANE - À l’aube du Sommet sur l’alimentation qui s’ouvrira vendredi et qui guidera la Politique bioalimentaire du Québec dont le dépôt est prévu au printemps, la solution pour sauver les régions de l’Est-du-Québec passe par la relance de l’agriculture et de la foresterie. C’est la conclusion à laquelle en vient l’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC) qui publie son rapport jeudi.

Démographie décroissante, vieillissement de la population, exode rural et rareté de la main-d’oeuvre expliquent en partie la dévitalisation de plusieurs communautés de l’Est-du-Québec. C’est connu. Cette réalité plombe l’économie du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, qui n’arrivent plus à être concurrentielles. 

Les entreprises agricoles n’y échappent pas. «Dans ces régions, c’est l’ensemble des conditions socioéconomiques nécessaires au développement des fermes qui se resserrent et se détériorent», peut-on lire dans le rapport intitulé «Agir pour relancer les domaines agricole et forestier des régions de l’Est-du-Québec: se donner les moyens de réussir», rédigés par les chercheurs David Dupont, François L’Italien et Robert Laplante.

«Quand les fermes vont bien, les communautés vont bien, soutient François L’Italien. Or, avec la diminution des fermes et les difficultés qu’elles vivent, ce n’est pas une bonne nouvelle.» Parmi les façons de renverser la spirale de la dévitalisation des communautés, l’IREC propose «une stratégie audacieuse axée sur le renforcement des productions existantes et la valorisation du potentiel des filières émergentes». Parmi les cultures émergentes, l’IREC cite notamment les productions de chanvre, de lin et d’asclépiade pour favoriser la remise en production de terres en friches moins intéressantes pour l’alimentation humaine.

Pour arriver à revitaliser l’agriculture et la foresterie privée, les chercheurs proposent trois outils: la mise sur pied de groupes régionaux d’intervention tactique, la création de fonds régionaux et l’instauration d’un programme d’établissement de la relève. «Si on ne fait rien, le territoire agricole va continuer à se ratatiner, appréhende François L’Italien. On va s’en aller vers de plus grosses fermes et on va s’éloigner de la vitalité des communautés.»

Les fédérations régionales de l’Union des producteurs agricoles (UPA) du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine reçoivent ces recommandations comme une bouffée d’air frais. Elles demandent à Québec d’agir pour relancer l’agriculture dans leur région. «L’agriculture et la foresterie sont le coeur de l’économique et de la vitalité de nos milieux, soutient le président de la l’UPA du Bas-Saint-Laurent, Gilbert Marquis. Les pistes de solutions avancées par l’IREC nous permettent de reconnaître cette importance.» Le son de cloche retentit encore plus fort du côté de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, où le PIB par habitant est encore plus faible. «Ces propositions redonnent espoir à nos producteurs, estime la présidente de l’UPA régionale, Michelle Poirier. Pour y parvenir, il faut que tous les intervenants et élus appuient cette démarche.»


En région

Pangea se défend de nuire à l’agriculture des régions

MATANE – Pangea se défend bien d’être un envahisseur dans le marché des terres agricoles et de contribuer à l’accaparement des terres, tel que le prétend la Fédération de l’Union des producteurs agricoles (UPA) du Bas-Saint-Laurent. Selon la société montréalaise, l’UPA diffuse de fausses informations sur son compte.

«Pangea favorise le développement régional en créant des coentreprises avec des agriculteurs locaux, précise le responsable des communications de Pangea, Mikaël Guillemette. Nous nous sommes dotés d’une politique d’achat local. Depuis 2012, c’est plus de 28 millions $ qui ont été investis dans les régions où nous cultivons des terres.»

Le porte-parole de Pangea pourfend l’allégation du premier vice-président de l’UPA, Pierre Lemieux, qui laisse entendre que l’entreprise fait de la spéculation pour éventuellement vendre les terres plus cher. «Nos investissements n’ont qu’un seul objectif : cultiver les terres de la façon la plus optimale, précise M. Guillemette. C’est le contraire de la spéculation. Jamais nous n’avons eu l’intention de vendre des terres. Nous les cultivons. Nous sommes des agriculteurs.»

Mikaël Guillemette soutient que l’exploitation des terres est réalisée par des agriculteurs qui demeurent propriétaires à 100 % de leurs terres. «Ces agriculteurs habitent le territoire, y élèvent leur famille et contribuent au tissu économique de la région», indique-t-il.

Par ailleurs, le Fonds de solidarité FTQ ainsi que de la Caisse de dépôt et placement du Québec n’ont pas l’intention de retirer leurs investissements de 10 millions $ chacun dans Pangea, comme le réclame l’UPA du Bas-Saint-Laurent. C’est ce qu’ont fait savoir leurs porte-parole respectifs, Patrick McQuilken et Maxime Chagnon, qui n’ont pas souhaité commenter davantage.

Affaires

G7: contrat de 3,8 M$ pour Laval Fortin

Groupe Laval Fortin vient de décrocher un contrat de 3,8 millions $ pour la construction et l’aménagement de clôtures qui serviront au sommet du G7, prévu en 2018 à Charlevoix.

 L’entreprise almatoise spécialisée en projets nordiques installera ces barrières au cours de l’hiver et elle sera responsable de leur retrait après le sommet.

Compte tenu de la nature de l’événement, où les dirigeants de plusieurs pays seront réunis, le groupe Laval Fortin ne peut donner de détails sur le type de clôtures. Ces dernières ne seront pas fabriquées dans la région, mais l’entreprise ne peut divulguer l’endroit de leur fabrication ou si elle fait affaire avec une compagnie sous-traitante. Des gens du Lac-Saint-Jean et de Charlevoix devraient travailler sur ce contrat qui a été octroyé par la Gendarmerie royale du Canada. 

 « Il y a une question de sécurité. Donc on ne peut pas dévoiler trop de détails. Mais le contrat devrait faire travailler une trentaine de personnes. Des gens de la région seront sur le contrat, mais aussi des gens de Charlevoix. Dans chaque contrat, on se fait un devoir de privilégier les travailleurs locaux. Ça peut coûter parfois un peu plus cher, mais ça fait partie de nos valeurs et ça facilite l’intégration », constate Sébastien Sheehy, directeur de l’estimation au groupe Laval Fortin.

Un projet séduisant

L’entreprise almatoise, qui fête ses 60 ans cette année, n’est pas spécialisée dans la conception et l’installation de clôtures. Mais le défi que présentait ce projet a séduit l’organisation. 

« Ce n’est pas le genre de contrat qu’on a l’habitude de faire. On est une entreprise spécialisée dans les projets en milieux nordiques. Mais ce contrat nous intéressait, notamment en raison de sa nature, des critères de sécurité nationale », commente M. Sheehy. 

L’ensemble de la construction doit être terminé avant le 30 avril 2018 sur le site. Les employés seront donc sur le terrain cet hiver.

En région

Une «halte routière libérale» dans le Bas-Saint-Laurent, selon le PQ

MATANE – Le gouvernement du Québec a annoncé, lundi matin, une aide financière de 1,5 million$ pour la construction du Centre d'interprétation de l'autoroute Claude-Béchard et ses origines qui sera situé à Témiscouata-sur-le-Lac, au Bas-Saint-Laurent. Pour le porte-parole de l'opposition officielle en matière de transport, il s'agit d'une «halte routière libérale».

Rappelons que Claude Béchard a été ministre et député de Kamouraska-Témiscouata sous la bannière libérale de 1997 jusqu'à son décès, en 2010. C'est lui qui, en 2002, avait annoncé le début des travaux de conversion de la route 185 en autoroute.

«On trouve que le gouvernement agit beaucoup par opportunisme avec cette annonce-là, dénonce le député péquiste de René-Lévesque, Martin Ouellet. Annoncer 1,5 million$ pour un centre d'interprétation qui va nous parler du chemin, de l'autoroute, mais aussi du legs que M. Béchard a eu dans la région, je trouve ça assez particulier. C'est comme si tous les ministres qui décéderaient prochainement et qui auraient annoncé un tronçon de route important au Québec aurait l'opportunité de se faire reconnaître par une halte routière sur le bord du chemin en question. M. Béchard mérite assurément tous les éloges par rapport à l'histoire et à l'impact qu'il a eu dans le Témiscouata, mais est-ce que c'est dans une halte routière exclusivement reliée à la construction de cette route? Je vous dirais qu'on est un petit peu perplexe et qu'on est tombés des nues.»

Le député considère qu'il aurait été davantage prioritaire d'investir cette somme dans la sécurité routière, comme sur la route 132 devant la Fromagerie des Basques de Trois-Pistoles, où la population demande que la sécurité soit améliorée.

Le porte-parole du Parti québécois en matière de transport ne remet pas en question le legs de Claude Béchard. «On dirait qu'on veut faire rapidement quelque chose en hommage à M. Béchard, croit-il. C'est un manque de respect parce que ce n'est pas juste le ministre qui a travaillé, c'est tous les gens de la région qui ont porté le dossier!»

En matinée lundi, les ministres provinciaux Véronyque Tremblay et Jean D'Amour ainsi que le ministre fédéral Amarjeet Sohi ont donné le coup d'envoi officiel des travaux de déboisement de la dernière phase de construction de l'autoroute Claude-Béchard au coût de 900 millions$, dont 389,7 millions$ proviendront d'Ottawa.

En région

Hommage à Serge Arsenault, pilier de la culture en Gaspésie

BONAVENTURE – Des centaines de personnes ont rendu hommage depuis le 1er novembre à Serge Arsenault, un pilier de la culture en Gaspésie, décédé à 56 ans, le 31 octobre, des suites d’une longue bataille contre le cancer.

Il serait donc présomptueux de dire que les funérailles de samedi à Bonaventure ont constitué un «dernier hommage» puisqu’il y a fort à parier, en regardant le déluge de messages remerciant Serge Arsenault pour son apport à la société, que ces témoignages s’arrêtent maintenant.

Animateur culturel, directeur du Conseil de la culture, communicateur, disc-jockey, conseiller municipal, directeur de pub, chroniqueur radio, auteur, père, conjoint et amoureux de la vie, il a rempli tous ces rôle avec un enthousiasme contagieux, signale son ancien patron, Daniel Galarneau, ex-directeur du Musée acadien du Québec à Bonaventure et premier président du Conseil de la culture de la Gaspésie.

«Alors qu’il travaillait avec moi au Musée acadien, Serge a été l’instigateur des Chapeaux aux artistes [un spectacle en plein air, devant le musée, une fois par semaine]. Il avait compris le besoin de donner une tribune à des groupes régionaux et le désir des gens de les voir et de se rassembler. Comme directeur du Conseil de la culture, il avait embrassé les initiatives de toute la Gaspésie. Il voulait que tout fonctionne, partout», dit M. Galarneau.

La conjointe de Serge Arsenault, Monique Demers, souligne un autre coup de maître du disparu, son mandat à la tête du Fou du village, un bistro-bar ayant joué un rôle majeur dans la diffusion de spectacles à Bonaventure, notamment dans l’offre de styles musicaux variés pour les gens de la Baie-des-Chaleurs, dont les musiques du monde.

«Il avait la capacité de réunir les gens et de leur faire découvrir des choses, comme de la nouvelle musique». Monique Demers et Daniel Galarneau s’entendent pour dire qu’il avait la capacité de récréer «ce à quoi le parvis de l’église représentait à une autre époque, l’endroit où les gens discutaient».

Lutte énergique contre la maladie

Se sachant gravement atteint depuis la fin de l’hiver 2014, DJ Ridoo, le nom que Serge Arsenault avait adopté comme disc-jockey, a mené sa lutte avec une énergie qui a inspiré tous ses amis et bien des connaissances. Il a régulièrement partagé ses impressions sur sa page Facebook.

Ses amis ont ainsi pu suivre son invraisemblable voyage en Islande il y a un an, alors qu’il a réalisé son rêve d’assister au Iceland Airwaves Music Festival. Le propriétaire du gîte où il séjournait a signalé sa présence à un journaliste de Reykjavik, qui l’a interviewé. Après la parution de l’article, Serge Arsenault était reconnu un peu partout, ce qui lui a valu un laisser-passer pour l’ensemble des spectacles du festival, une invitation au palais présidentiel et des amis islandais qui pleurent aujourd’hui son départ, comme les Gaspésiens. «Ce voyage a été l’un des faits saillants de ma vie», disait-il à son retour.

«Son sens du timing a toujours été assez remarquable», note Antoine Audet, compagnon du dernier voyage de Serge Arsenault en Louisiane, en avril et mai, pour assister, «comme par hasard», à … deux festivals de musique!

Antoine Audet et un autre ami, Aurélien Bisson ont souvent pris la parole depuis le 1er novembre pour exprimer dans les médias la place qu’occupait Serge Arsenault dans la culture gaspésienne.

«Aurélien et Antoine ne le savaient pas mais Serge les avait choisis pour parler lors des funérailles. Il a une fois de plus montré son sens du timing», note sa conjointe Monique Demers.

Ce sens du timing, un humour acéré, la résilience démontrée durant sa maladie et sa façon de célébrer la vie dans l’adversité rendent le départ de Serge Arsenault un peu plus digérable pour ses proches.

En région

Pétrole et gaz: un pouvoir de zoner malgré les claims, dit Moreau

GASPÉ — Les municipalités et les MRC pourront mettre le holà à l’exploration pétrolière ou gazière même dans des territoires déjà couverts de claims. Le ministre Pierre Moreau, présent à Gaspé vendredi, a tenu à rassurer les maires sur cette question. Il n’a réussi qu’à moitié.

Les firmes Pétrolia et Junex détiennent des droits d’exploration, ou claims, sur la grande majorité du territoire gaspésien. Le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, qui est aussi responsable de la Gaspésie et des Îles, a réitéré que son gouvernement donnera le pouvoir aux MRC de soustraire des secteurs au développement des hydrocarbures.

«Le claim ne donne pas droit à l’exploration ou à l’exploitation. Chaque étape nécessite des autorisations […] Oui, il y a des droits acquis à l’égard des claims, mais lorsqu’on voudra passer à d’autres étapes, ces étapes seront balisées par la loi [sur les hydrocarbures et ses règlements]», a indiqué M. Moreau.

Pour les élus municipaux, «l’antériorité des droits acquis» est «une épée de Damoclès» et «tout le monde a un peu peur», a rapporté le maire de Gaspé, Daniel Côté. 

Les nouveaux pouvoirs accordés par Québec, «est-ce que ça va être aussi fort qu’un pouvoir de zonage? La réponse me semble être non. Je n’ai pas été 100% rassuré», a réagi M. Côté. 

À Gaspé, la firme Pétrolia a foré un puits à 350 mètres d’un quartier résidentiel du secteur Haldimand.

«Si on est capable d’agir rapidement, on pourrait peut-être empêcher que ça aille trop loin dans les secteurs où il y a des résidences comme Haldimand mais il faudrait que ça déboule vite. Honnêtement, c’est une machine gouvernementale et c’est long. Je suis quand même rassuré sur le moyen terme», a dit le maire de Gaspé.

Règlements

Le 20 septembre, Québec publiait quatre projets de règlement qui ont été critiqués par les élus municipaux. Ils encadrent notamment les forages «en milieu hydrique», c’est-à-dire dans les lacs et les rivières. Ils prévoient une distance minimale de 175 mètres entre un forage et une zone résidentielle, de 150 mètres s’il s’agit d’une maison isolée et de 275 mètres d’une école ou d’un hôpital. Les distances sont les mêmes si la firme veut fracturer.

«Je ne suis pas marié avec ces chiffres», a lancé le ministre Moreau. Ces distances sont «les plus sévères en Amérique du Nord» et «s’ajoutent les unes aux autres», a-t-il ajouté.

«Notre intention n’est pas d’aller creuser dans les lacs, les rivières et les fleuves», a aussi déclaré le ministre.

Pour ce qui est de la fracturation hydraulique, «il y a une difficulté au plan de l’acceptabilité sociale», a reconnu M. Moreau, qui ne s’est toutefois pas engagé à l’interdire. 

Ce sera aux élus locaux de déterminer si l’acceptabilité sociale est atteinte, a sous-entendu le ministre: «Les maires parlent au nom des gens qui les ont élus».

Depuis 2015, la Ville de Gaspé exige des audiences du BAPE sur le projet de Pétrolia à Haldimand. «Ce n’est pas à moi de décider», a réagi le ministre Moreau.

Actualités

Place aux jeunes en région reçoit 10,5 M$

Le gouvernement du Québec octroie près de 10,5 M$ sur trois ans au programme Place aux jeunes. L’annonce a été faite par le premier ministre Philippe Couillard, accompagné du ministre de la Famille et ministre responsable de la région de l’Estrie Luc Fortin et de l’adjointe parlementaire du premier ministre pour les dossiers jeunesse et députée de Richmond Karine Vallières, au Centre d’art de Richmond jeudi matin.

L’objectif de cette entente est d’améliorer la prévisibilité de la gestion de ce programme dédié aux diplômés âgés de 18 à 35 ans en région.

« La jeunesse représente la clé de notre avenir. Il est important de lui faire confiance et de lui donner les moyens de ses ambitions », affirme Philippe Couillard qui ajoute que la rétention des jeunes est d’autant plus importante en raison du manque de main-d’œuvre vécu dans les régions du Québec.

« L’annonce d’aujourd’hui en est une de stabilité. Avec un horizon de trois ans de financement, il ne sera pas nécessaire chaque année de passer par le gouvernement afin de savoir si l’argent reviendra l’année suivante », ajoute le premier ministre du Québec.

Une somme  de 2,95 M$ sur trois ans sera octroyée à l’organisme Place aux jeunes, tandis que 7,56 M$  seront réservés aux 52 partenaires-promoteurs du programme Place aux jeunes.

La députée de Richmond Karine Vallières voit d’un bon œil le partenariat entre le gouvernement et l’organisme. « Nous allons continuer de construire ensemble le visage de nos régions. Chacune d’elles a sa propre couleur, sa propre réalité et représente un arc-en-ciel d’opportunités. Cette annonce permet de mieux prévoir la façon d’administrer le programme. »

Elle ajoute que « l’an dernier, 5500 jeunes ont utilisé les services de Place aux jeunes en région, 1000 jeunes ont participé aux séjours exploratoires et de ce nombre, 760 se sont établis en région ».

C’est le cas de Stéphanie Delorme qui a retrouvé ses racines à Saint-Denis-de-Brompton. « J’ai parcouru plusieurs parties du monde pour trouver la place où m’installer et réaliser mon rêve. C’est dans la maison de mon père à Saint-Denis que tout s’est enclenché », explique la propriétaire de Libella-Yoga sur le Lac. « Place aux jeunes m’a permis de découvrir ma région. »

Pour Christian Perreault, originaire de Montréal, Place aux jeunes a facilité son intégration en région. « Ma conjointe et moi voulions élever notre famille en région pour l’équilibre travail-famille qui, selon nous, est plus facile à atteindre. »

Le ministre de la Famille Luc Fortin a souligné qu’il est « primordial d’attirer les jeunes puisqu’on a besoin d’eux en région et surtout de faire en sorte qu’ils y demeurent. À l’extérieur de Montréal, l’Estrie est la seule région où les jeunes peuvent étudier dans les deux langues jusqu’à l’université. »

Le programme Place aux jeunes est issu de la Stratégie d’action jeunesse 2016-2021 qui relève de la Politique québécoise de la jeunesse 2030. Il facilite la migration et le maintien des diplômés de 18 à 35 ans en région en les aidant à s’intégrer dans leur milieu.

En région

Massif du Sud: le maire de Saint-Philémon furieux

«Le principe, c’est que c’est une personne qui ne prend pas ses responsabilités!»

Le maire de Saint-Philémon, Daniel Pouliot, digère mal la sortie médiatique de l’homme d’affaires Alain Contant, propriétaire du Massif du Sud. Et il souhaite remettre les pendules à l’heure.

Mercredi, M. Contant énumérait dans Le Soleil plusieurs embûches qu’il avait vécues au cours des dernières années dans le secteur avec la municipalité ainsi que les MRC de Bellechasse et des Etchemins, notamment une injonction en 2013 de la Corporation d’aménagement et de développement du Massif du Sud.  M. Pouliot tient à rappeler que sa municipalité et le gouvernement ont injecté 9,2 millions $ en 2009 afin de soutenir les projets du promoteur. Et que ce dernier a entamé des poursuites contre la ville pour «environ 4,1 millions $». 

«Cela a été rejeté en 2015 par la cour, car il n’y avait rien de vrai. Il voulait poursuivre la municipalité, car il ne voulait pas payer ses taxes», indique le patron de Saint-Philémon, qui n’a pas l’intention de se mêler du dossier de la vente du Massif du Sud. «C’est une entreprise privée, il peut faire ce qu’il veut», poursuit-il. 

Parmi les reproches de M. Contant, l’homme d’affaires affirmait avoir injecté 100 000 $ dans un processus en 2010 pour vendre la station touristique aux MRC de Bellechasse et des Etchemins. M. Pouliot confirme qu’il a déjà eu des pourparlers en ce sens, mais qu’il s’agissait «d’une situation de dernier recours».

Depuis 2013, M. Contant était visé par la municipalité pour ne pas avoir payé ses taxes sur ses 57 terrains invendus. La semaine dernière, il a finalement versé près de 600 000 $. Le montant en souffrance s’élevait à 850 000 $. «Nous lui avons donné trois ans pour payer ces taxes, nous n’avons jamais fait ça pour personne. Pour une municipalité comme nous, 850 000 $, c’est énorme. Il a essayé par tous les moyens de ne pas payer», affirme M. Pouliot.

Le maire assure également qu’il n’y a jamais eu de dynamitage à l’insu de l’entrepreneur pour le développement du parc éolien. Quant à l’achat des terrains du Massif du Sud qui ont été vendus mardi au groupe Thirion-Beauregard, M. Pouliot stipule que M. Contant cherchait à acquérir ces terrains sans débourser d’argent.  

En région

Pas d’eau... pas de fromages à la fromagerie de l’Île-aux-Grues

La sécheresse de cet été dans le Bas-Saint-Laurent aura donné une bonne frousse à la Fromagerie de l’Île-aux-Grues qui a été contrainte de cesser momentanément sa production.

En septembre, les puits de l’entreprise étaient à sec et le procédé pour produire du fromage nécessite de l’eau. Une première dans l’histoire de l’établissement qui fabrique plus de 200 000 kilos de fromage par année.

«Nous nous sommes rendu compte de cette problématique le vendredi. Nous avons été en mesure d’opérer de peine et de misère jusqu’à mardi avant de fermer durant quelques jours, soit jusqu’à samedi», raconte le directeur général, Daniel Leduc. L’établissement, qui compte une vingtaine de travailleurs, est reconnu à travers la province et il est prisé des touristes pour ses cheddars et ses produits à pâte molle comme le Riopelle de l’Isle et le Mi-Carême.

Le patron de l’entreprise artisanal ne le cache pas. Cette situation aurait pu entraîner d’importantes conséquences financières si la pénurie d’eau avait duré plusieurs semaines. Ce qui n’a pas été le cas.

«Il y a des enjeux à la fromagerie de l’Île-aux-Grues, entre autres insulaire. Sur l’île, nous dépendons de la nappe phréatique avec nos puits», explique-t-il. Ce dernier estime avoir minimisé les impacts pour son entreprise et la région. «Les producteurs laitiers de l’île ont obtenu les autorisations pour expédier du lait à l’extérieur afin qu’il n’y ait pas de gaspillage et nous avons travaillé fort pour identifier des camions-citernes disponibles pour aller chercher de l’eau potable pour approvisionner notre unité de fabrication», poursuit-il.

Les importantes pluies des dernières semaines ont permis au directeur général de pousser un soupir de soulagement. Le niveau d’eau est de retour à la normale ou presque. Afin d’éviter une autre situation similaire, l’entreprise a récemment instauré des mesures de contingence, notamment un réservoir d’eau de secours a été installé sur le site pour permettre d’opérer une journée de production. 

Quant à l’impact financier de cet événement, M. Leduc n’est pas en mesure de fournir de chiffres au Soleil. Il affirme toutefois que l’inventaire de la compagnie permettra d’atténuer les ecchymoses. 

«Je ne dirais pas qu’à la fin on va finir avec des pertes financières. On va être capable de se reprendre en terme de production», avance-t-il. «Nous avons des inventaires importants. Si on regarde pour rattraper notre production, au cours des prochains mois, on va peut-être valoriser davantage un produit. Si nous avions été fermés durant un mois, cela serait une autre histoire», poursuit-il.

Défis de production

Ce n’est pas la première fois que la fromagerie, une propriété de la Société coopérative agricole de L’Isle-aux-Grues, doit relever des défis pour sa production. Il y a cinq ans, un producteur laitier de l’île avait perdu ses installations dans un incendie. Il avait par la suite changé de vocation. Il y a quelques années, après un accident de travail, un autre producteur à cesser sa production. 

Mentionnons que pour une question de coût et de caractérisation du produit, l’établissement ouvert en 1977 doit s’approvisionner sur l’île.

«Nous avons un plan pour assurer la pérennité laitière pour les prochaines années. Dans le contexte, on vit avec le lait que nous avons. On travaille de plus en plus à valoriser des produits», explique M. Leduc, assurant que son entreprise ne manque pas de lait pour l’instant. «Il y a trois ans, la structure de la fabrication a été remaniée en fonction de la capacité laitière. Il y a des choix qui ont été faits. Certains produits ne sont plus fabriqués, comme le fromage en grains, et nous avons accéléré le développement pour d’autres», ajoute-t-il.

La Fromagerie de l’Île-aux-Grues produit quatre fromages fins ainsi que des cheddars vieillis, soit de 6, 12 ou 24 mois. Elle enregistre un chiffre d’affaires de 3 à 5 millions $.

Mercredi, l’entreprise a appris avoir remporté pour son Riopelle de l’Isle la première place dans la catégorie fromage à pâte molle, brie et camembert Royal Agriculture Winter Fair, à Toronto. Et le cheddar fort de l’entreprise — 1 an — a remporté la deuxième place dans sa catégorie. «Dans la vie, on ne peut pas juste avoir des problèmes», conclut avec humour le patron.