Blessée à un genou en septembre 2018, Micheline Giguère a pris part au projet-pilote mis en place à l’IRDPQ afin qu’elle puisse retrouver son travail. Depuis décembre 2019, la préposée aux bénéficiaires est de retour à temps plein à l’Hôpital général, a recommencé à faire de longues promenades avec son chien et s’est même mise aux cours de mise en forme et de danse.

En pleine pénurie de main-d’œuvre, le CIUSSS investit dans la réadaptation

En arrêt de travail pendant plusieurs mois après s’être sérieusement blessée à un genou, Micheline Giguère n’avait plus de qualité de vie, tant la douleur la faisait souffrir. La préposée aux bénéficiaires a participé au nouveau programme de son employeur, le CIUSSS de la Capitale-Nationale, qui a mis l’Institut de réadaptation en déficience physique de Québec (IRDPQ) au service de ses employés blessés afin de favoriser des retours au travail rapides et durables. «Un succès», à en croire Micheline Giguère, qui a pu retourner graduellement auprès des bénéficiaires de l’Hôpital général au bout de seulement sept semaines.

En septembre 2018, Micheline Giguère a fait une chute dans sa salle de bains qui lui a valu une déchirure d’une partie du ménisque de son genou droit. Fini le travail de préposée en CHSLD, fini les promenades avec le chien, fini le magasinage… Des gestes simples comme marcher, s’asseoir et se lever étaient devenus un supplice pour l’énergique femme de 52 ans, qui a payé de sa poche 1000 $ de traitements de physiothérapie, en vain. 

Mme Giguère a tenté un retour au travail au début de l’année 2019, mais elle a dû réarrêter, même si elle était affectée à des tâches administratives. En septembre 2019, alors qu’elle venait de reprendre des tâches de bureau, on lui a proposé de participer au projet-pilote mis en place à l’IRDPQ afin qu’elle puisse retrouver son travail auprès des bénéficiaires du CHSLD, un travail qu’elle aimait et qu’elle aime toujours, raconte la volubile quinquagénaire en entrevue au Soleil.

Physiothérapeute, kinésiologue et ergothérapeute ont été mis au service de Mme Giguère, qui a notamment appris à renforcer ses muscles à l’aide de différents exercices. Au bout de sept semaines de réadaptation intensive, la préposée a recommencé graduellement à travailler auprès de ses bénéficiaires en compagnie de l’ergothérapeute, qui lui a montré à mettre en pratique les «bons mouvements». 

«Je travaille de nuit, et l’ergo est venue avec moi de nuit! Elle se déplace dans notre milieu de travail et dans notre quart de travail, c’est merveilleux!» applaudit Mme Giguère, qui a aussi pu compter sur une psychologue de l’IRDPQ qui l’aurait «beaucoup motivée» dans sa réadaptation.

Depuis décembre 2019, la préposée aux bénéficiaires est de retour à temps plein à l’Hôpital général, a recommencé à faire de longues promenades avec son chien et s’est même mise aux cours de mise en forme et de danse. «J’ai zéro douleur. Ce programme-là m’a vraiment ramené une qualité de vie que je n’avais plus», témoigne Micheline Giguère, reconnaissante.

De projet-pilote à programme permanent

Au CIUSSS de la Capitale-Nationale, on explique que le programme a été mis sur pied en mai 2019 sous la forme d’un projet-pilote. Quelque 270 000 $ ont jusqu’ici été investis par le CIUSSS dans ce programme volontaire, qui deviendra permanent à partir du 1er avril, vu son succès et compte tenu de la pénurie main-d’œuvre qui sévit actuellement dans le réseau. Le CIUSSS veut «prendre soin de [son] monde», explique-t-on. 

L’établissement prévoit consacrer un demi-million $ par année à ce programme de réadaptation spécialisé et intensif, qui privilégie une approche «globale» pour améliorer la condition des employés blessés et favoriser des retours au travail rapides et durables. En moyenne, les employés qui participent au programme reprennent le travail à temps complet en trois mois, précise Annie Plamondon, chef en réadaptation au CIUSSS de la Capitale-Nationale. 

«Quand on les évalue la première fois, le pronostic est en moyenne 39 semaines d’absence [additionnelles]. En 12 à 14 semaines, ils sont tous retournés à leur poste», compare Mme Plamondon, précisant que le programme de l’IRDPQ s’adresse seulement aux employés pour qui les traitements de première ligne n’ont pas permis de se réhabiliter, ceux dont la condition «stagne» ou ne s’améliore plus.

Jusqu’ici, 18 employés ont participé au programme; 12 l’ont terminé «avec succès», c’est-à-dire qu’ils ont tous réussi leur retour au travail à temps complet, et six sont toujours en processus de réadaptation. Annie Plamondon prévoit que 25 employés se seront prévalus du programme d’ici le 1er avril. «Notre objectif, c’est une cinquantaine d’employés par année», précise Mme Plamondon, selon qui le programme connaît «un vif succès» grâce au bouche-à-oreille à l’interne. 

«Bonne» réponse

«La réponse est très bonne. Tous ceux à qui on propose le programme embarquent. On n’a vraiment pas de problèmes de recrutement», se réjouit Mme Plamondon. «C’est sûr qu’on voit les gains potentiels sur l’assurance-salaire, mais à la base, l’idée était vraiment de mettre l’expertise de l’IRDPQ au service des ressources humaines» et d’aider les employés à retrouver leurs capacités et leur qualité de vie, dit-elle.

Selon le CIUSSS, la population n’est pas pénalisée par cette offre de réadaptation intensive destinée aux employés dans la mesure où l’établissement a prévu la création de sept nouveaux postes à l’IRDPQ à partir du budget dédié au développement des ressources humaines. «Le projet ne touche pas au budget attitré aux soins et aux services offerts à la population», assure-t-on. 

Le CIUSSS s’attend par ailleurs à ce que le programme s’autofinance grâce aux économies réalisées en assurance-salaire.