Le maire de de L’Ancienne-Lorette, Émile Loranger (à droite) a tranché en votant contre une proposition qui aurait permis à la Commission des affaires municipales de faire enquête sur la plainte de harcèlement psychologique déposée contre lui au printemps.

Émile Loranger se fait juge et partie

Situation inusitée, mardi, au conseil de ville de L’Ancienne-Lorette alors que le maire Émile Loranger a tranché en votant contre une proposition qui aurait permis à la Commission des affaires municipales de faire enquête sur la plainte de harcèlement psychologique déposée contre lui au printemps.

La rencontre avait des airs de vaudeville, malgré le sérieux du sujet. Le théâtre municipal a débuté lorsque la mairesse suppléante, Sylvie Falardeau, a déposé un amendement à la résolution initiale qui aurait autorisé le conseil à faire une demande d’enquête auprès de la commission.

Selon elle, il était temps de mettre un terme à cette affaire qui a été conclue à automne par un règlement à l’amiable devant le tribunal du travail et dont les termes sont demeurés secrets.

Mme Falardeau explique ce changement de cap en raison des coûts associés à une nouvelle démarche administrative et à son désir de protéger la victime qui a déjà suffisamment souffert. Elle était appuyée par deux conseillers.

Gaétan Pageau est du trio de conseillers qui désire faire la lumière sur ce dossier. «Depuis plusieurs années, j’ai été témoin des sautes d’humeur du maire. Au printemps, j’ai été troublé par les faits portés à mon attention. Je veux aller au fond des choses. Voter pour qu’il n’y ait pas d’enquête, c’est cautionner un comportement inadmissible», a-t-il déclaré aux citoyens réunis, en évoquant les manquements éthiques et déontologiques du maire dans cette affaire.

Comme le vote était de trois contre trois, c’est le maire, à la surprise générale, qui a tranché l’affaire. Une situation qui a provoqué l’indignation dans l’assistance. Un citoyen a même quitté les lieux en invectivant M. Loranger.

En apparence, il y avait un vice de procédure lors du premier vote. Un second vote s’est donc déroulé avec le même résultat.

Après la rencontre, le maire ne paraissait pas troublé d’avoir pris part au vote d’une résolution dans lequel il est partie prenante.

Sylvie Falardeau et Émile Loranger

«À mon avis, j’ai tout à fait le droit. Je suis président d’assemblée. Que le dossier me concerne ou pas, j’ai le droit de donner mon opinion», a-t-il lancé aux médias.

À la fin de la séance, le conseiller Pageau ne semblait pas croire ce revirement de situation. «C’est M. Loranger qui tranche : «Non, il n’y aura pas d’enquête sur moi.» Je lui ai posé la question s’il était en conflit d’intérêts et ça ne semble pas le déranger. C’est irréel ce qui se passe», a-t-il dit, visiblement indigné.

Le conseiller Charle Guérard a tourné la situation en dérision en disant au maire «qu’il était comme le président Trump et qu’il pouvait se gracier lui-même».

M. Pageau ne perd pas confiance et croit que les événements de la soirée suffiront à convaincre la Commission des affaires municipales à faire enquête.

Le Soleil a tenté de savoir auprès d’un spécialiste des affaires municipales si le maire était dans son droit. Sous réserve, il semble que M. Loranger ne pouvait prendre part au vote et aurait même dû se retirer puisqu’il faisait l’objet de la résolution. Mais même sans vote, aucune résolution ne pouvait être adoptée parce que l’égalité subsistait entre les conseillers.

Gel de taxes

Les contribuables de L’Ancienne-Lorette jouissent d’un gel de taxes en 2019. Le propriétaire d’une résidence dans l’évaluation moyenne fixée à 289 000 $ paiera, comme l’an passé, 3026 $ pour tous les services. Seuls les propriétaires d’immeubles de six logements et plus devront payer davantage en raison d’un réajustement du taux de taxation obligé par la loi.

La Ville a présenté un budget 2019 équilibré de 32,2 millions de dollars, en hausse de 2,7 % sur le précédent budget. La quote-part versée à l’agglomération demeure le principal poste de dépense, représentant 47,6 % du budget total avec une somme de 15,9 millions $.

Bonne nouvelle, des admissions de la Ville de Québec faite en début d’année devant le tribunal dans le litige sur le versement des quotes-parts permettent à L’Ancienne-Lorette de faire des économies substantielles.

«Québec a admis nous avoir facturés en trop pour un montant de 4,5 millions $ au fil des ans. Nous avons eu un chèque. En 2019, cela devrait représenter une économie de 575 000 $», explique le maire Émile Loranger. Ces admissions sont en marge du litige de 38 millions $ qui oppose les deux villes. Québec interjette appel d’un jugement qui l’obligeait à rembourser quelque 20 millions $ à sa voisine.