Maxime Bernier

Maxime Bernier à la conquête du vote populiste

OTTAWA — L’homme a survécu aux caricatures inspirées par une distribution de petits gâteaux et par l’épisode Julie Couillard. Il est passé de ministre à député d’opposition. Il a subi une défaite crève-cœur dans la course à la chefferie du Parti conservateur du Canada.

À travers tout ça, à Ottawa depuis 2006, Maxime Bernier s’est toujours montré affable et souriant. Et le voilà qui lance des attaques sur Twitter à sa droite et, surtout, à sa gauche jusqu’à reprocher son autisme à une adolescente qui veut sauver la planète.

Qui est cet homme qui tweete des attaques contre Greta Thunberg et qu’on ne reconnaît plus?

«Je n’ai pas changé», assure M. Bernier, assis à son bureau de député dans un local bien exigu, signe de sa dégringolade dans la hiérarchie de la colline parlementaire.

«Je suis le même gars qui défend les valeurs de liberté, de responsabilité, d’entrepreneurship, les valeurs beauceronnes qui sont en fin de compte les valeurs de la société occidentale», ajoute le chef du Parti populaire du Canada (PPC).

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Presque un an plus tôt, le 14 septembre 2018, il fondait son nouveau parti et promettait un «populisme intelligent».

«Pour moi, c’était un de mes meilleurs jours en politique», confie-t-il, penché vers le micro devant lui. «Faire de la politique différemment, sans aucun compromis», dit-il, racontant qu’il se sentait «soulagé». Il allait enfin pouvoir tout dire.

Alors toutes ses prises de position qui font sursauter la toile sont, et ont toujours été, il insiste, ses convictions profondes. Il ne les sort pas d’un chapeau pour attirer un certain vote.

«Ce n’est pas basé sur un calcul politique. C’est basé sur une idéologie. Et si certains disent que Maxime est un idéologue, bien, pour moi, je le prends comme un compliment», note-t-il en se lançant dans de longues tirades pour justifier ses déclarations sur la péréquation, les changements climatiques, l’immigration.

C’est là qu’il se choisit un allié pour défendre sa position contre ce qu’il appelle «l’immigration de masse».

«Certaines gens ont osé dire que Bernier était raciste. On a fait la même chose avec M. [François] Legault lorsqu’il a dit qu’il voulait 10 000 immigrants de moins au Québec. Au début, on a dit ça. Mais il a gagné ses élections et M. Legault est un politicien respectable. Moi, au fédéral, je dis la même chose», plaide-t-il.

Là pour longtemps

À peine s’il prend le temps de respirer entre deux idées, encore moins de laisser les deux journalistes en face de lui glisser une question; il est pressé de tout dire.

Il ne ralentit son débit que lorsqu’il doit parler de l’après 21 octobre. «Si vous ne m’aimez pas, ricane-t-il, vous allez devoir m’endurer pour un petit bout de temps. «Je suis là pour le long terme», crâne-t-il. «On bâtit un parti politique et ça a pris quelques années avant que le Parti réformiste soit l’opposition officielle», rappelle-t-il.

Il citera d’ailleurs à quelques reprises l’ancienne formation de Preston Manning. «Ça leur a pris six ans à bâtir leur parti. Et nous, on a fait ça en 11 mois», se vante-t-il, estimant que les «deux, trois ou cinq pour cent» que son parti obtient dans les sondages, c’est «un succès».

Après avoir dit, sûr de lui, que son parti et lui sont là pour rester, il se corrige. «Je veux être là pour le long terme, mais c’est les Beaucerons qui vont décider de mon avenir politique», se souvient-il.

Il fera donc campagne en Beauce où les sondages prédisent une chaude lutte avec son adversaire conservateur, l’ex-maire Richard Lehoux. Et s’il ne reçoit pas d’invitations aux débats des chefs, il fera, de toute manière, un débat en Beauce. Il promet, à cette occasion comme ailleurs, de ne pas avoir «une langue de bois».