Même s’il ne devait plus y avoir d’incidents de blackface, il est peu probable que le chef libéral arrête d’en parler, et de s’en excuser, pendant un moment.

Les électeurs se souviendront-ils des «blackfaces» de Trudeau le 21 octobre?

OTTAWA — La campagne libérale a pris un virage inattendu au jour 8, mercredi soir, lorsque des médias ont commencé à publier, après vérifications, des images de Justin Trudeau le visage grimé en brun ou en noir. Il est toutefois très difficile de prévoir ce qui restera de cette affaire dans l'esprit des électeurs le 21 octobre - dans un mois.

Il est encore bien tôt

Un mois, en politique, c'est long, comme le veut l'adage. Au début de la semaine, les médias parlaient essentiellement de ce que les libéraux et les conservateurs voulaient faire pour alléger le fardeau fiscal des familles. On parle maintenant de M. Trudeau qui doit s'excuser pour s'être peint le visage en brun ou en noir, plus d'une fois, dans un passé pas si lointain, alors que le premier ministre canadien était jusqu'ici généralement salué dans le monde entier comme le contrepoint progressiste de Donald Trump. (Le président américain n'a d'ailleurs pas manqué de «s'étonner», vendredi, des errances de son voisin.) Mais les électeurs ne sont peut-être pas au bout de leurs surprises.

Les coups de théâtre

D'autres photos ou vidéos de M. Trudeau en blackface pourraient bien surgir. Lorsque les journalistes lui ont demandé mercredi soir s'il l'avait déjà fait plus d'une fois, le chef libéral a dû admettre qu'il s'était grimé le visage en noir, au collège Brébeuf, pour chanter du Harry Belafonte lors d'un spectacle étudiant. Or, le lendemain matin, Global News publiait un nouveau blackface. Selon le chef libéral, il s'agissait d'une journée costumée, dans les années 1990, lorsqu'il était moniteur de rafting sur la rivière Rouge, au Québec. M. Trudeau a soutenu qu'il ne s'était souvenu de cette affaire qu'après sa publication, c'est pourquoi il n'exclut pas la possibilité qu'il y ait d'autres images semblables quelque part dans les archives.

Mea culpa, mea maxima culpa

Même s'il ne devait plus y avoir d'incidents de blackface, il est peu probable que le chef libéral arrête d'en parler - et de s'en excuser - pendant un moment. En plus des excuses publiques présentées au cours des derniers jours, M. Trudeau s'est également entretenu en privé avec des candidats, des leaders de communautés culturelles, son équipe de campagne et d'autres personnes qui auraient pu être blessées ou déçues de ses gestes passés. Le chef libéral a également indiqué vendredi qu'il aimerait s'entretenir avec le chef néo-démocrate. Jagmeet Singh, un sikh qui porte le turban, est le premier membre d'une minorité visible à la tête d'un grand parti politique fédéral canadien. «Je crois qu'il s'excusera à compter de maintenant et jusqu'au 21 octobre à chaque fois que la question sera soulevée - et peut-être encore au-delà», estime Jim Armour, qui a été membre du personnel politique conservateur et qui est maintenant vice-président de la firme Summa Strategies.

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Un nouveau chef?

Les Canadiens votent pour le député de leur circonscription et non pour le premier ministre du pays. Par conséquent, si M. Trudeau démissionnait à cause de cette controverse, il s'agirait techniquement de remplacer le candidat libéral dans Papineau, à Montréal, ou de laisser son nom sur le bulletin de vote et de nommer un chef intérimaire. Les chances que cela se produise en milieu de campagne sont toutefois pratiquement nulles. Il est déjà arrivé qu'un chef de parti promette aux électeurs de ne pas demander un autre mandat s'il était réélu. L'ex-premier ministre britannique David Cameron l'avait fait en 2015, ce qui a permis ensuite à son Parti conservateur de remporter une victoire inattendue. Lorsqu'on a demandé cette semaine à M. Trudeau s'il démissionnerait, il a répondu que les Canadiens devront décider si son parti doit rester au pouvoir.

Vont-ils cesser de se lancer de la boue?

Les libéraux ont déployé beaucoup d'efforts, au cours de la première semaine de campagne, pour exposer au grand jour les points de vue controversés de candidats conservateurs glanés sur les réseaux sociaux et ailleurs dans les archives, ce qui a éloigné Andrew Scheer de son discours. Maintenant que M. Trudeau doit s'excuser à répétition pour ses blackfaces, qu'il qualifie lui-même de gestes «racistes», certains se demandent si la campagne libérale prendra une nouvelle direction. «La dernière chose que souhaite faire la cellule de crise des libéraux, c'est de laisser croire que (M. Trudeau) est sourd» aux critiques, a déclaré Greg MacEachern, ancien conseiller libéral devenu vice-président principal de la firme Proof Strategies.