Ministre et député sortant de la circonscription, M. Duclos a de son côté martelé les bons coups de son gouvernement depuis quatre ans, surtout en matière de pauvreté, son domaine de prédilection comme professeur d’économie à l’Université Laval avant son élection de 2015.

Débat des candidats dans Québec: les idées avant les enjeux locaux

Un débat électoral local à Québec sans parler du troisième lien ou de la peinture du pont? Ça se peut. C’est arrivé mercredi soir, au Cégep Garneau. Entre les voix des deux grands partis libéral et conservateur et celle distincte du Bloc québécois, le représentant du NPD s’est fait entendre le mieux.

Il y a à peine une semaine, Tommy Bureau n’avait même pas d’affiches électorales avec sa face sur les poteaux. Dans sa circonscription de Québec, les premières pancartes montraient juste le chef, Jagmeet Singh, et le chef adjoint, Alexandre Boulerice. Les intentions de vote du NPD au Québec sont à 10 %, deux élections seulement après les 59 députés sur 75 de la vague orange de 2011.

N’empêche qu’il a marqué des points auprès des quelque 150 spectateurs, en majorité des cégépiens, réunis dans l’auditorium du pavillon Jean-Baptiste-Cloutier pour cette soirée organisée par le Bureau d’action et d’information politique Garneau.

«En ce moment, au Canada, j’ai l’impression qu’on change les meubles de place sur un bateau qui est en train de couler», a frappé le représentant du Nouveau Parti démocratique, pour dénoncer l’alternance entre libéraux et conservateurs. «Oui, il y a un déficit, mais le déficit le plus important est celui de la biodiversité! Je ne comprends pas pourquoi on se limite encore à cette poutine-là, alors que la menace est là, dans notre face.»

M. Bureau a aussi marqué des points auprès de l’audience quand il a parlé d’une «méthode révolutionnaire» développée par le NPD en matière de commerce : «consulter la population!»

Un Débat pas si régional

On devait assister à un débat impliquant uniquement les candidats du comté de Québec, ce qui était le cas de M. Bureau, Jean-Yves Duclos (libéral), Bianca Boutin (conservateur) et Christiane Gagnon (Bloc). Le représentant du Parti vert, Luc Joli-Cœur avait toutefois cédé son siège à son collègue de Charlesbourg–Haute-Saint-Charles, Samuel Moisan-Domm. 

Le seul enjeu local a été soulevé par Mme Gagnon, le projet Laurentia d’agrandissement du Port de Québec. «On ne va pas laisser faire ça. C’est nocif pour notre environnement, pour la santé des gens et pour la circulation», a dit celle qui a été députée de la circonscription durant 18 ans, de 1993 à 2011. «Nous sommes des verts, mais des verts québécois!» a-t-elle ajouté, notant souvent l’importance de se concentrer sur les seuls intérêts québécois.

Mme Gagnon a souligné plusieurs similarités entre ses idées et celles du NPD et même des verts. Conservatrice et libéral, Boutin et Duclos, assis côte à côte, avaient souvent l’air acculés au pied du mur par leurs adversaires.

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Une révélation

Mme Boutin s’est présentée comme la pragmatique par excellence, parlant de mesures concrètes qui remettront «de l’argent dans les poches des Canadiens». Mais quand M. Bureau a accusé les conservateurs de vouloir sabrer les programmes sociaux, la candidate conservatrice y est allée d’une révélation.

«Je ne pensais pas pitcher ça ici ce soir, mais je suis une enfant de la DPJ. Alors j’ai bénéficié des services de l’État avec mes familles d’accueil. Je trouve donc dommage que vous disiez que les conservateurs veulent se débarrasser des services sociaux. Je vais me battre pour ces services-là jusqu’au bout», a assuré la jeune maman de 31 ans, qui n’a pas mal paru pour son premier débat en carrière.

M. Bureau a su répliquer de belle façon. «En tout respect pour Mme Boutin, je lui dirais qu’elle s’est trompée de parti! On l’a vu dans le passé, ce sont malheureusement des faits que je présente. Mais si jamais votre parti en vient à faire un virage à 180 degrés, peut-être même que vous pourrez me recruter?» a-t-il lancé, bon joueur.

Ministre et député sortant de la circonscription, M. Duclos a de son côté martelé les bons coups de son gouvernement depuis quatre ans, surtout en matière de pauvreté, son domaine de prédilection comme professeur d’économie à l’Université Laval avant son élection de 2015. Il était bien sûr souvent placé en position défensive par ses rivaux.