L’Université Laval a accueilli le premier débat régional officiel, mardi. Les participants sont restés respectueux, presque amicaux pendant les échanges.

Beaucoup de questions, plusieurs réponses et un peu d’amour au débat régional

Après quatre ans au pouvoir, les libéraux sont dans la mire de tous leurs adversaires. C’était le cas mardi lors du premier débat régional officiel, où le ministre sortant et candidat dans la circonscription de Québec, Jean-Yves Duclos, a dû répondre à la grande majorité des questions de ses cinq rivaux et des spectateurs.

On a cité René Lévesque et John F. Kennedy. Parlé de libre-échange, de PIB, de crise climatique, de gestion de l’offre, de corrosion des oléoducs, des GAFA, de commerce éthique en Afrique, des Territoires occupés, de la Chine, de l’Arabie Saoudite, de l’Amazonie.

On s’est même entendu pour dire que les échanges commerciaux «sont essentiels pour l’économie, mais aussi pour la paix dans le monde», dixit le député sortant et candidat conservateur dans Louis-Saint-Laurent, Gérard Deltell.

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Tenu à l’Université Laval à l’heure du dîner, le débat sur les enjeux commerciaux internationaux auxquels fait face le Canada était organisé par le Centre d’études pluridisciplinaires en commerce et investissement internationaux (CEPCI) de l’École supérieure d’études internationales de l’UL.

Sous la supervision de l’animatrice d’un jour et chroniqueuse émérite du Soleil Brigitte Breton, les six candidats se sont montrés très respectueux et disciplinés, tout comme les quelque 200 spectateurs assis sagement dans le petit amphithéâtre du pavillon Desjardins.

Il y a de l’amour dans l’air!

On devinait quand même le camp où logeaient certains membres du public. Dont une délégation du Bloc québécois venue appuyer leur débatteur, Gabriel Ste-Marie, député sortant et candidat dans Joliette. Nouveau Parti démocratique, Parti vert et Parti populaire étaient aussi représentés sur la tribune. Des six participants, quatre occupaient un siège de député fédéral à la récente dissolution de la Chambre des communes, il y a une semaine.

Tellement de respect qu’on aurait presque cru de l’amour! Mais il ne faut pas s’y tromper. Quand M. Deltell a demandé au représentant libéral comment il expliquait la baisse de certains indicateurs économiques depuis quatre ans, chiffres à l’appui, M. Duclos a répondu avec une touche d’humour.

«Monsieur Deltell, vous savez que je vous aime beaucoup! Mais je connais aussi bien votre capacité à limiter les données et à prendre seulement les chiffres qui font votre affaire», a rétorqué M. Duclos, apportant ses statistiques sur quatre ans à la faveur de son parti.

Et quand M. Duclos a placé M. Deltell devant les contradictions du projet de corridor national de l’énergie des conservateurs, c’est-à-dire la corrosion hâtive des oléoducs albertains que causeraient les lignes à haute tension de l’hydro-électricité québécoise, l’ancien animateur de télé se l’est joué idéaliste. «Ce sera un défi technologique? Eh bien, tant mieux! Tout le génie canadien sera mis à profit!» a-t-il répliqué.

GAFA: pas comme la France

Quant au principe de taxer les géants du numérique tels Google, Amazon, Facebook et Apple (GAFA), cause première de la crise des médias écrits, MM. Duclos et Deltell s’entendent que la voie à suivre ne réside pas dans la tentation de procéder au plus vite, comme vient pourtant de le faire la France.

«Le Canada est un leader de l’OCDE [Organisation de coopération et de développement économiques] et nous avons avantage à avancer dans des actions coordonnées avec d’autres pays. Le secrétaire général de l’OCDE me disait d’ailleurs récemment que la France n’est pas l’exemple à suivre, qu’en avançant trop vite, ça devient plus difficile pour les autres pays d’agir correctement», a commenté M. Duclos, qui a présidé aux côtés d’Angel Gurria le Forum et la Réunion ministérielle de l’OCDE sur les politiques sociales, en mai, à Montréal.

À noter que le format sans réplique du débat permettait un déroulement ordonné, mais donnait aussi l’occasion aux participants d’éluder la question en tout ou en partie et de servir la réclame de leur parti.

Les Chambres de commerce de Québec et de Lévis tiendront un débat commun sur l’économie le 9 octobre.