Trois déclarations des chefs sous la loupe

Jean-François Cliche
Jean-François Cliche
Le Soleil

• L’affirmation

«Une personne sur trois ont laissé leurs jobs en santé […] parce que leurs conditions de travail sont exécrables», lancé la chef solidaire Manon Massé.

• Les faits

La manière dont Mme Massé a formulé sa phrase laisse entendre que l’ensemble des corps de métier du réseau de la santé perd le tiers de ses effectifs, mais ce n’est certainement pas le cas. D’après le Portrait de la relève infirmière 2016-2017 de l’Ordre des infirmières du Québec, «plus de 80 % des infirmières et infirmiers de la relève embauchés de 2007-2008 à 2011-2012 […] exerçaient toujours dans la même région cinq ans plus tard.» Et c’est sans compter ceux qui restent dans la profession, mais dans une autre région.

Cependant, il est vrai que beaucoup de préposés aux bénéficiaires, dont il a été beaucoup question lors de ce segment du débat des chefs, abandonnent le métier. Des données de 2016 présentées récemment par un spécialiste de la question de l’Université du Québec en Outaouais, François Aubry, indiquent un taux de rétention catastrophique de seulement 38 % après cinq ans. Dans une lettre ouverte parue cette année dans Le Devoir, M. Aubry souligne que les conditions de travail y sont pour beaucoup : grande précarité, salaires bas, rythme de travail effréné, etc.

• Le Verdict

Pas clair, mais en partie vrai. L’affirmation ne s’applique pas à autant de gens que sa formulation le laisse entendre, et la proportion ne semble pas la bonne, mais il est vrai qu’il y a un taux d’abandon catastrophique des préposés aux bénéficiaires au Québec.

Le chef du Parti libéral Philippe Couillard et son épouse Suzanne Pilote

• L’affirmation

«Le taux de diplomation s’améliore», a lancé le premier ministre Philippe Couillard lors du segment sur l’éducation.

• Les faits

Le taux de diplomation avant 18 ans était de 64 % au Québec en 2015 dans le réseau public, d’après une étude récente de l’Institut du Québec, associé aux HEC et au Conference Board. En 2008, ce taux était de 65 %, ce qui n’est évidemment pas une amélioration.

Cela n’implique toutefois pas que ceux qui ne diplôment pas à cet âge sont des décrocheurs et/ou qu’ils ne décrocheront jamais de diplôme. La définition officielle du décrochage est un jeune qui sort de la formation générale au secondaire sans diplôme et qui n’est pas inscrit à l’école l’année suivante. Selon cette définition, le taux de «sorties sans diplôme ni qualification» est en baisse au Québec, étant passé d’environ 22 % en 2000 à 15,5 % en 2014.

En outre, un rapport de l’Institut de la statistique du Québec montre que 13,5 % des 25-64 ans n’avaient aucun diplôme en 2012, ce qui est beaucoup moins qu’en 1990 (38 %).

• Le Verdict

Surtout vrai. Le taux de diplomation dans un délai à peu près «normal» (avant 18 ans) fait du sur place au Québec, mais quand on fait abstraction de l’âge et qu’on regarde l’ensemble de la société, la diplomation progresse.

Le chef du Parti québécois Jean-François Lisée et son épouse Sandrine Perrot

• L’affirmation

«En Ontario, les garderies coûtent 50 $ par jour», a déclaré le chef péquiste Jean-François Lisée.

• Les faits

Une étude commandée par le ministère de l’Éducation de l’Ontario et publiée cette année indique que les prix de garderie dans cette province «varient de 42 à 66 $ par jour pour les bambins [0-2 ans] et de 38 à 52 $ par jour pour les enfants d’âge préscolaire [3-4 ans].»

• Le Verdict

Vrai.