Terres des Soeurs de la Charité dézonées: le PQ et QS contre, la CAQ et le PLQ prudents

Des quatre principaux partis, seuls le Parti Québécois (PQ) et Québec solidaire (QS) ont affiché leurs couleurs au sujet de l’éventuel dézonage des terres agricoles des Sœurs de la Charité, où la Ville de Québec et la Communauté métropolitaine de Québec (CMQ) veulent permettre le développement d’un vaste projet résidentiel géré par le groupe Dallaire. La Coalition avenir Québec (CAQ) et le Parti libéral du Québec (PLQ) préfèrent se tenir à bonne distance de l’épineux dossier.

Cette semaine, le groupe Voix citoyenne, qui promeut une vision écologique et environnementale du développement urbain, et l’Union des producteurs agricoles (UPA) de Québec, Jacques-Cartier ont dénoncé l’intention des élus municipaux d’aller de l’avant avec le dézonage de 200 hectares de terres agricoles.

Les terres en question ont été vendues par les Sœurs de la Charité à la Fondation Jules Dallaire, qui veut y construire 6500 unités d’habitation. Jeudi, la présidente de l’UPA Québec, Jacques Cartier, Luce Bélanger, disait dans nos pages s’attendre à ce que le prochain gouvernement bloque le dézonage de ces terres de «super qualité».

Le PQ, qui s’est souvent dit favorable au maintien de la vocation agricole de ces terres situées dans le secteur de Beauport, a réitéré jeudi matin son engagement de bloquer le développement immobilier du groupe Dallaire s’il est porté au pouvoir en octobre. Il utilisera pour ce faire l’article 96 de la Loi sur la protection du territoire et des activités agricoles, qui permet de se saisir d’une demande à la Commission de protection du territoire agricole (CPTAQ).

QS s’oppose lui aussi au changement de vocation. «On va augmenter le trafic dans Beauport, alors qu’on parle de mettre en place un Réseau structurant de transport en commun pour diminuer le nombre de voitures sur les routes. On va détruire d’excellentes terres agricoles tout près du centre-ville, alors qu’on installe le Grand Marché de Québec à Expocité, à quelques kilomètres de là seulement. C’est incohérent de procéder à ce dézonage si on veut ramener Québec dans le XXIe siècle», a écrit mercredi sur sa page Facebook le candidat solidaire dans Jean-Lesage, Sol Zanetti.

La CAQ, elle, refuse de prendre position. «Nous respectons les autorités compétentes au dossier. Nous nous en remettons à la Ville de Québec, à la CMQ et à la CPTAQ. Un gouvernement de la CAQ respectera l’autonomie municipale, qui a la compétence du zonage, et le mandat de la CPTAQ, qui est chargée de “décider des demandes d’autorisation qui lui sont soumises en vertu de la Loi […] relativement à l’utilisation à des fins autres qu’agricoles”», rappelle simplement Sébastien Lépine, conseiller politique au cabinet du chef de la CAQ, dans une déclaration écrite transmise au Soleil.

Lorsque nous lui avons demandé si un gouvernement caquiste déposerait un décret pour exclure les 200 hectares de terres de la zone agricole advenant une décision de la CPTAQ défavorable au dézonage (comme ça s’est vu pour le projet Rabaska), M. Lépine a eu cette réponse : «Nous ne répondrons pas à une question hypothétique. Nous ne pouvons pas présumer de la décision à venir ni de ce que contiendra le rapport de la Commission, qui doit pouvoir faire son travail sans ingérence du gouvernement.»

Le processus de la loi

Même prudence au PLQ, qui rappelle aussi que le processus doit obligatoirement passer par la CPTAQ. «Nous avons annoncé aujourd’hui [jeudi] que nous allions moderniser la Loi» sur la protection du territoire et des activités agricoles pour la rendre plus simple et plus efficace, a brièvement mentionné Anne-Marie Dussault, attachée de presse de la candidate libérale dans Jean-Lesage, Gertrude Bourdon. «Un gouvernement libéral va respecter le processus de la loi», a-t-elle ajouté.

En avril dernier, alors qu’il était questionné en commission parlementaire par le péquiste André Villeneuve, le ministre de l’Agriculture sortant, Laurent Lessard, avait refusé de dire si son gouvernement était prêt à s’engager à utiliser l’article 96 de la Loi pour bloquer le projet du groupe Dallaire. Il s’était cependant montré confiant que les terres des Sœurs de la Charité maintiennent leur vocation agricole.

M. Lessard avait rappelé que le maire Régis Labeaume «lancera le plus grand chantier d’agriculture urbaine que le Québec n’ait jamais connu». «Je comprendrais mal que ces terres ne servent pas à ça», avait-il dit.