La haute direction de la FQM, représentée par Jonathan Lapierre, Jacques Demers et Yvon Soucy, demandent aux formations politiques de penser au développement rural. Ils dénoncent notamment le fait que Québec et Montréal se soient approprié 70 % des 10 000 nouveaux emplois dans la fonction publique, contre 30 % dans les municipalités rurales.

«Réflexe région» demandé par la Fédération québécoise des municipalités

La Fédération québécoise des municipalités (FQM) s’adresse aux formations politiques à qui elle demande d’avoir un «réflexe région» en cette veille de campagne électorale. L’accès à Internet haute vitesse et l’immigration sont au nombre de ses priorités.

«Il y a aux îles une entreprise multimédia qui, jusqu’à tout récemment, envoyait par transport du contenu sur une clé USB parce que c’était plus rapide que de transférer des fichiers en pesant sur “enter”».

L’exemple du vice-président de la FQM, Jonathan Lapierre, maire des Îles-de-la-Madeleine et président de la communauté maritime des Îles-de-la-Madeleine, illustre la difficulté pour les régions à convaincre les citoyens et les entreprises à s’établir sur leur territoire.

«Les agents d’immeubles me confirment que l’accès à Internet haute vitesse est la première question que les familles posent avant de s’établir», ajoute le président de la Fédération, Jacques Demers, maire de Sainte-Catherine-de-Hatley et préfet de la MRC de Memphrémagog.

«On demande au prochain gouvernement de présenter dans ses 100 premiers jours au pouvoir une stratégie pour connecter le Québec. C’est devenu un service essentiel», explique pour sa part Yvon Soucy, préfet de la MRC de Kamouraska, au sujet de cette demande d’accessibilité à un réseau internet et cellulaire maintes fois faites au cours des dernières d’années.

Selon les trois hommes, c’est la base du développement des collectivités rurales pour contrer la baisse du nombre d’emplois disponibles en région qu’ils observent depuis cinq à six ans. «On a des avantages concurrentiels dans nos régions au chapitre de la qualité de vie. On est capable de tirer notre épingle du jeu, mais on veut pouvoir obtenir les mêmes outils que les grands centres», renchérit M. Soucy.

Au chapitre des emplois, l’immigration doit aussi être au cœur de la préoccupation d’un prochain gouvernement, clament-ils en cœur, lors de leur passage dans les bureaux du Soleil.

Structures d’accueil

Actuellement, seulement un immigrant sur dix s’installe en région. Une réalité attribuable, selon eux, à la déficience des structures d’accueil. «Au lieu d’avoir un seul endroit centralisé à Montréal, pourquoi ne pas avoir plusieurs bureaux d’accueil dans diverses régions pour intégrer les immigrants? C’est le second pilier dont on a besoin pour notre développement. Nous aussi vivons la pénurie de main-d’œuvre», soutient le président.

Selon M. Demers, le gouvernement doit également faire sa part pour le développement des régions. Selon les chiffres avancés, seulement 30 % des 10 000 emplois les plus récents créés dans la fonction publique l’auraient été dans les municipalités rurales. Québec et Montréal ont accaparé les 70 % autres. «On veut 50 % des nouveaux emplois créés. Nous représentons 10 000 municipalités et 87 MRC, totalisant 77 % de la population du Québec», rappelle-t-il.

«Qu’est-ce que fait à Québec le ministère de l’Agriculture et des pêcheries», se questionne le maire Lapierre, qui demande au prochain gouvernement d’avoir le «réflexe région», conclut-il.

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UNE POLICE COÛTEUSE

La FQM veut revoir à la baisse sa quote-part en matière de sécurité publique. «On paie actuellement 53 % de la facture de la Sûreté du Québec et on n’a pas un seul mot à dire sur les conditions de travail et le déploiement sur le territoire», regrette le président de l’organisme, Jacques Demers. La note est d’autant plus salée que les critiques fusent sur la qualité du service. «Les gens se plaignent souvent qu’ils ne voient pas assez les policiers», rapporte l’élu. La FQM voudrait ramener son pourcentage à 50 %, précise -t-il, rappelant que c’est une promesse qui avait pourtant été faite par le passé.

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UNE VRAIE POLITIQUE DES RÉGIONS

Le prochain gouvernement devrait se doter d’une véritable politique d’occupation du territoire, plaide la FQM. Idéalement, les municipalités rurales auraient leur propre ministre des régions. Pour la fédération, il est devenu difficile de concurrencer les grandes villes comme Québec et Montréal. «Est-ce qu’on veut tous aller vivre dans deux villes au Québec», questionne le président Jacques Demers. Un «véritable politique» des régions passe notamment par des assouplissements à la loi sur la Commission de protection du territoire agricole, qui empêche plusieurs municipalités de faire du développement sur leur territoire, avance-t-on. La FQM milite aussi pour des solutions adaptées au besoin de chaque région plutôt que des politiques mur-à-mur. 

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UNE LONGUE LISTE

Transport en région, maintien du développement de la filière éolienne et équité fiscale. La FQM a une longue liste de demandes aux partis politiques. Les dossiers prioritaires sont nombreux pour assurer la survie des régions, estiment les élus rencontrés. Les multiples problèmes ne datent pas d’hier: fermeture d’école, exode des jeunes et fermetures de commerces de proximité. La dévitalisation doit cesser, insistent-ils. Une des solutions consiste, selon la fédération, à reconnaître les compétences des MRC. «On a réussi à obtenir des leviers économiques qui nous permettent d’orchestrer notre développement. Dans les faits, ce n’est pas intégré partout dans l’appareil gouvernemental», soulève le maire des Îles-de-la-Madeleine, Jonathan Lapierre qui souhaite, comme ses collègues, plus de latitude dans l’application de certaines normes pour favoriser leur développement, notamment en matière de schéma d’aménagement.