Alexandre Iracà est député libéral de Papineau depuis 2012.

Qui peut ébranler les libéraux dans Papineau?

La campagne électorale n’est pas commencée, mais c’est tout comme. Autour des BBQ, des candidats s’activent dans certaines circonscriptions particulièrement chaudes. Les journaux du Groupe Capitales Médias vous proposent chaque dimanche d’ici la fin août six luttes qui feront jaser dans tout le Québec. Aujourd’hui: Papineau, en Outaouais

Fief libéral depuis 37 ans, Papineau est l’un des comtés en Outaouais où la lutte pourrait être parmi les plus serrées le 1er octobre, lorsque les Québécois seront conviés aux urnes.

Créée en 1922, la circonscription de Papineau, un mélange d’urbain et de rural, a subi plusieurs transformations territoriales au fil des ans, la plus récente datant de 2011. Papineau s’étend aujourd’hui sur 3648 kilomètres carrés et regroupe la totalité des 24 municipalités de la MRC de Papineau, les municipalités de Notre-Dame-de-la-Salette et L’Ange-Gardien (MRC des Collines-de-l’Outaouais), de même que les secteurs Buckingham et Masson-Angers de la ville de Gatineau. Tout près de 58 000 électeurs étaient inscrits lors de la dernière élection générale du 7 avril 2014. 

Depuis sa création, cette circonscription a été majoritairement teintée de rouge. L’Union nationale de Duplessis y a régné de 1935 à 1970 et le péquiste Jean Alfred a brièvement fait une incursion dans le portrait, l’instant d’un mandat, entre 1976 et 1981, mais pour le reste, ce fut l’affaire du Parti libéral du Québec (PLQ).

Des cinq circonscriptions de la région administrative 07, Papineau est celle qui est passée le plus près, dans l’histoire récente, de basculer aux mains d’une autre formation politique que le PLQ. C’était en avril 2012, lorsque le libéral Alexandre Iracà a été chauffé par le candidat péquiste Jean-François Primeau. M. Iracà avait été élu avec à peine 167 bulletins de majorité.

Yves Destroismaisons défendra les couleurs du Parti québécois lors de la campagne dans Papineau.

Remise en contexte

Si ces données peuvent servir à alimenter les boules de cristal électorales, les résultats de 2012 doivent être remis en contexte, souligne le professeur en science politique à l’Université du Québec en Outaouais (UQO), Thomas Collombat. À l’époque, Alexandre Iracà arrivait sur la scène politique comme dauphin de l’ancien poids lourd libéral Norman MacMillan, qui avait régné sur le comté de 1989 à 2012.

« Alexandre Iracà était peu connu du public et tous les candidats libéraux de l’Outaouais avaient connu une baisse importante, conséquence du Printemps érable et de la défaite à l’échelle nationale », rappelle le professeur Collombat. D’ailleurs, à l’élection suivante en 2014, M. Iracà avait littéralement soufflé ses adversaires avec une majorité de 9300 voix et des poussières.

Si on ferme cette parenthèse, la circonscription de Papineau possède malgré tout certaines caractéristiques qui en font un champ de bataille électoral qui sera intéressant à surveiller cet automne.

La CAQ dans le rétroviseur des libéraux

Habituellement reléguée au troisième rang lors des scrutins précédents, la Coalition Avenir Québec (CAQ) est désormais la formation politique la plus susceptible de menacer les bastions libéraux en Outaouais, selon M. Collombat, comme en font foi les récents résultats de sondages favorables à la troupe de François Legault. 

Bien que la CAQ n’ait pas besoin de faire des gains en Outaouais pour obtenir une majorité à l’Assemblée nationale, note le politologue, ce parti devra adapter un plan de match particulier pour séduire l’électorat de la région. 

La proximité immédiate de l’Outaouais avec Ottawa et la thématique nationaliste-fédéraliste sont des éléments qui reviennent toujours à la surface lorsque des élections générales ont lieu au Québec, note le professeur.

« Pour aller chercher le vote libéral en Outaouais, il faut ramener sur le devant de la scène la question nationale. Nous sommes probablement la région au Québec où cette question-là a encore une importance assez grande. La CAQ doit se présenter comme étant l’alternative fédéraliste. C’est ce discours qu’ils doivent avoir s’ils veulent espérer mettre en danger les libéraux », mentionne-t-il.

Dans cette même ligne de réflexion, Papineau représente un comté intriguant pour la suite des choses, puisque ses composantes cadrent davantage avec les visées nationales de la CAQ.

« Des circonscriptions de l’Outaouais, Papineau est celle qui est la plus éloignée de la capitale fédérale. Il y a une grande partie rurale qui va plus vers les Laurentides et vers des régions périphériques de Montréal. Le taux de personnes parlant anglais est très bas, si on compare avec Pontiac, Hull et Gatineau. Le marché de l’emploi dépend moins du gouvernement fédéral que dans d’autres régions. On peut penser que Papineau pourrait se distinguer et être plus en phase avec la stratégie nationale de la CAQ », soutient M. Collombat.

Il ne faut toutefois jamais sous-estimer le PLQ, peu importe les résultats des coups de sonde, rappelle le politologue. « Malgré la faiblesse actuelle du Parti libéral au niveau national, les réseaux libéraux sont encore très puissants en Outaouais, ce qui va être un gros déterminant le jour du vote. La machine du PLQ est encore la plus efficace dans la région, quels que soient les candidats. Ils ont une infrastructure et une connexion dans les élites locales », fait valoir M. Collombat, qui précise que la campagne électorale sera de toute évidence déterminante pour le futur échiquier politique québécois.

Quant au Parti Québécois, ses chances de percer dans Papineau — et dans l’Outaouais au grand complet — demeurent très faibles, croit le professeur de l’UQO. Yves Destroismaisons est celui qui défendra les couleurs du PQ lors de la campagne. Ancien organisateur communautaire, celui-ci a œuvré comme travailleur social en santé mentale et en prévention de suicide au CLSC de la Petite-Nation pendant de nombreuses années.

« De toute évidence, le PQ présente dans Papineau un candidat (Yves Destroismaisons) qui est un peu à l’image de sa candidate dans Hull, soit quelqu’un de plus social-démocrate qui vient du milieu de la santé. On sent vraiment que le PQ cherche davantage à sauver ses assises dans la région. On va y aller avec des gens qui représentent notre enracinement dans un certain nombre de milieux communautaire, associatif et syndical, et qui de toute évidence n’iront pas avec la CAQ », indique le politologue.

Seuls le PLQ et le PQ ont annoncé l’identité de leur candidat pour ce comté.

+

RÉSULTATS 2014

Alexandre Iracà (PLQ): 18330 votes (50,35%)

Jean François Primeau (PQ): 8975 votes (24,65%)

René Langelier (CAQ): 5860 votes (16,10%)

Marc Sarazin (QS): 2432 votes (6,68%)

Christine Gagné (PN): 498 votes (1,37%)

Jonathan Beauchamp (ON): 309 votes (0,85%)