Le chef libéral Philippe Couillard

Portrait de Philippe Couillard: relever le défi du second mandat

QUÉBEC — La scène se déroule durant la campagne électorale de mars 2014. Une femme saute au cou du chef libéral Philippe Couillard à la descente de sa caravane de campagne à Thetford Mines, sous le regard médusé des journalistes. Elle le remercie de lui avoir sauvé la vie. Les conseillers libéraux contemplent la scène et sourient, satisfaits.

C'était un des nombreux patients que le Dr Couillard a opérés au cours de sa carrière de neurochirurgien.

L'aura de médecin qui l'aura accompagné, voire aidé, dans sa vie politique, lui a pourtant fait de l'ombre au cours de son premier mandat à titre de premier ministre, et pourrait même lui nuire dans la campagne qui s'annonce, en raison notamment des démêlés avec les fédérations médicales.

Pourra-t-il décrocher un deuxième mandat ou succombera-t-il sous le poids d'un règne libéral quasi ininterrompu depuis 2003?

Philippe Couillard est né à Outremont le 26 juin 1957. Très tôt, il se montre doué: le petit Philippe a appris à lire sur les genoux de sa mère en parcourant des Tintin, comme il l'a confié à quelques reprises. Il en gardera notamment l'amour des lettres et de la lecture.

Il décroche son doctorat en médecine en 1979, à 22 ans, et son diplôme de neurochirurgie en 1985.

Après avoir pratiqué à l'Hôpital Saint-Luc, à Montréal, il part pour l'Arabie Saoudite, en 1991, où il cofondera le service de neurochirurgie de Dhahran, ce que ses adversaires ne manqueront pas de lui reprocher pendant le débat sur la laïcité.

À son retour en 1996, il devient professeur à la faculté de médecine de l'Université de Sherbrooke, puis chirurgien-chef et directeur du département de chirurgie du Centre hospitalier universitaire de l'endroit.

C'est alors que le député de Sherbrooke et chef libéral Jean Charest le recrute comme candidat pour la campagne de 2003, au cours de laquelle il espère mettre fin à près de neuf ans de règne péquiste.

À l'époque, le système de santé peine à se remettre des compressions et mises à la retraite massives imposées pour atteindre l'équilibre budgétaire à la fin des années 90.

Éliminer les listes d'attente

Jean Charest mise sur une réforme pour régler une fois pour toutes les problèmes du réseau, éliminer les listes d'attente en chirurgie, les débordements dans les urgences, etc. Il demande aux Québécois de faire confiance au Dr Couillard pour y arriver.

Pari remporté. Les libéraux forment le nouveau gouvernement et Philippe Couillard est élu pour la première fois dans la circonscription de Mont-Royal, une circonscription plutôt huppée, bastion du PLQ.

Ministre de la Santé, Philippe Couillard crée entre autres les agences régionales de santé et met sur pied un programme de procréation assistée. Néanmoins, les délais dans les urgences et les listes d'attente perdurent. Des tensions se profilent au sein même du gouvernement concernant l'emplacement du futur Centre hospitalier universitaire de Montréal (CHUM).

Réélu en 2007, cette fois dans Jean-Talon, à Québec, M. Couillard siège cette fois dans un gouvernement minoritaire. L'année suivante, en juin, il démissionne, pour se joindre, peu après, au Fonds d'investissement PCP, avec lequel il avait eu des rencontres auparavant. L'affaire fait grand bruit. Le Code d'éthique de l'Assemblée nationale sera même amendé par la suite pour empêcher cette pratique.

C'est l'éclipse politique qui commence. Cependant, en 2010, M. Couillard est nommé par Stephen Harper membre du Comité de surveillance des activités de renseignement de sécurité, à Ottawa, où il côtoiera un certain Arthur Porter, le grand patron du Centre universitaire de santé McGill, plus tard accusé de corruption et fraude.

Une fenêtre s'ouvre en 2012, après la défaite de Jean Charest et l'arrivée au pouvoir du gouvernement minoritaire du Parti québécois. Philippe Couillard se lance dans la course et l'emporte en 2013 sur Raymond Bachand et Pierre Moreau.

Les premiers pas comme chef de l'opposition ne sont pas aisés. Son style est tout autre que celui de son prédécesseur. Le PLQ est empêtré dans le débat sur la laïcité et hanté par des histoires occultes issues des années Charest. L'UPAC sonne même à la porte de M. Couillard un matin et perquisitionne au siège du PLQ.

Remontée du PLQ

Au déclenchement des élections en mars 2014, le Parti libéral tire de l'arrière dans les sondages et les péquistes de Pauline Marois espèrent remporter une majorité. Pourtant, après le poing levé du candidat péquiste Pierre Karl Péladeau en faveur de l'indépendance, leurs appuis s'écroulent et le PLQ remonte lentement, mais sûrement, en promettant de «s'occuper des vraies affaires».

La suite, on la connaît. Philippe Couillard forme un nouveau gouvernement libéral. Il donne un grand coup de barre pour revenir au déficit zéro et présente quatre budgets équilibrés consécutifs.

Néanmoins, la colère gronde dans le réseau de l'éducation, tandis que les réformes controversées du ministre de la Santé, un autre médecin, Gaétan Barrette, suscitent le mécontentement, tout autant que les augmentations accordées aux fédérations de médecins.

Un «gouvernement de médecins», l'accusation des partis d'opposition et de certains chroniqueurs fait mouche. Le PLQ est aussi empêtré dans le débat neutralité religieuse de l'État et confronté aux fantômes de l'époque Charest.

Mis sur la touche pour des raisons éthiques, l'ancien ministre Sam Hamad démissionne, ce qui libère un château-fort libéral, Louis-Hébert, que va rafler la Coalition avenir Québec (CAQ) en octobre l'an dernier. Depuis, le vent tourne. Le parti de François Legault menace de déloger les libéraux.

Philippe Couillard saura-t-il faire mentir les pronostics comme en 2014 ou deviendra-t-il le seul premier ministre libéral élu à n'avoir fait qu'un seul mandat depuis Adélard Godbout?

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PHILIPPE COUILLARD EN BREF

Né le 26 juin 1957 à Outremont

Docteur en médecine, diplômé en neurochirurgie

Conjoint de Suzanne Pilote. Ensemble, ils ont cinq enfants.

Élu pour la première fois le 14 avril 2003

Chef du Parti libéral depuis 2013

Premier ministre depuis le 7 avril 2014