Le chef caquiste François Legault était en visite mardi dans une résidence pour aînés pour annoncer «la première politique nationale des proches aidants de l’histoire du Québec».

Plus d’argent et de répit pour les proches aidants, promet la CAQ

La Coalition avenir Québec (CAQ) propose un plan de 93 millions $ pour soutenir les proches aidants. Elle s’engage notamment à doubler le crédit d’impôt auquel ils ont droit et à créer 20 maisons Gilles-Carle pour leur offrir du répit. Des engagements qui laissent le Regroupement des aidants naturels du Québec (RANQ) sur son appétit.

Comparant les proches aidants à des «héros», le chef François Legault a énuméré mardi en conférence de presse les mesures que son parti s’engage à mettre de l’avant s’il est porté au pouvoir en octobre. 

Il a notamment promis d’augmenter le crédit d’impôt aux proches aidants, faisant passer le montant maximal de 1176 $ à 2500 $. 

La CAQ contribuerait également à la construction de 20 maisons Gilles-Carle pour offrir du répit aux proches aidants dans les différentes régions du Québec. Il y en a actuellement une à Cowansville, et une deuxième est sur le point d’ouvrir à Boucherville.

Comme promis, la CAQ s’engage à adopter «la première politique nationale des proches aidants de l’histoire du Québec». 

«On va le faire en consultant les groupes communautaires, le Regroupement des aidants naturels du Québec, les spécialistes, les chercheurs… Il y aura aussi une équipe de coordonnateurs qui sera déployée dans chaque région pour faire le suivi des mesures de cette politique nationale», a précisé François Legault.

La CAQ veut en outre implanter un plan d’intervention (dossier médical) pour les proches aidants et créer un observatoire pour les aînés. Elle s’est également engagée à financer, à hauteur de 15 millions $, le Fonds de soutien pour les proches aidants après 2021, année où prend fin l’entente conclue entre le gouvernement du Québec et Sojecci II ltée (Famille Lucie et André Chagnon). 

«Ça fait 15 ans que les libéraux sont au pouvoir, ils n’en ont pas fait assez pour les proches aidants», estime François Legault.

Un plan imprécis, selon le RANQ

Pour la coordonnatrice générale du RANQ, Mélanie Perroux, il est difficile de dire si un montant de 93 millions $ pour soutenir les proches aidants est suffisant, compte tenu qu’on «ne dispose pas de données exactes sur les besoins». 

Quant au Fonds de soutien pour les proches aidants, Mélanie Perroux rappelle qu’il est destiné exclusivement aux personnes qui s’occupent d’un aîné. 

«Les proches aidants d’un conjoint atteint d’un cancer ou de sclérose en plaques, par exemple, ou les proches aidants d’un enfant handicapé n’ont pas accès à ce fond-là. [...] C’est important de savoir comment ce fond-là va être utilisé, s’il va être élargi à d’autres proches aidants pour s’assurer qu’on ne crée pas d’inéquités», souligne Mme Perroux, selon qui les engagements de la CAQ sont imprécis à ce sujet.

Si elle se réjouit de la promesse de la CAQ d’ouvrir 20 maisons Gilles-Carle, la coordonnatrice générale du RANQ souligne qu’il s’agit d’«une seule offre de répit qui répond à un seul type de besoin». 

«Pour les proches aidants, un autre répit qui est quotidiennement nécessaire, c’est le répit à domicile. Il y a beaucoup de proches aidants qui se lèvent 5, 10, 15 fois par nuit pour répondre aux besoins de leur proche. Ils ont besoin que quelqu’un vienne la nuit s’occuper du proche pour qu’ils puissent dormir, ou que quelqu’un vienne une heure ou deux le jour pour qu’ils puissent faire des courses ou du ménage, par exemple», illustre Mélanie Perroux. 

Au-delà du répit, les proches aidants ont besoin d’un soutien psychosocial, observe encore Mme Perroux. «Être proche aidant, c’est un rôle très difficile à endosser. Il y a beaucoup d’épuisement et de détresse psychologique. Et actuellement, il n’y a pas grand-chose en soutien qui est fait pour ça», note-t-elle. 

Mme Perroux souligne que le dossier médical qui est proposé pour les proches aidants, «c’est un outil pour évaluer les besoins, ce n’est pas une fin en soi». «Une fois que les besoins sont identifiés, est-ce qu’il y aura une réponse à ces besoins? Malheureusement, ce n’est pas dit nulle part» dans les propositions de la CAQ, constate-t-elle. 

Autre déception : la CAQ ne propose pas d’allocations pour les proches aidants, comme le réclame le Regroupement depuis plusieurs années «pour compenser la perte de salaire des proches aidants». 

Propositions des autres partis

Au Parti libéral du Québec (PLQ), on s’est engagé au neuvième jour de la campagne à soutenir 10 000 enfants handicapés de plus par l’entremise d’un programme d’aide financière intermédiaire. Les enfants handicapés inaptes à l’emploi recevront un revenu de base dès l’âge de 18 ans.

Le PLQ veut également offrir du répit aux familles vivant avec une personne handicapée en leur donnant accès à 1000 places supplémentaires en centre de jour. Il s’est aussi engagé à ce que 1800 familles en attente de soutien bénéficient du Programme de soutien d’aide aux familles; toutes les familles admissibles recevront près de 300 $ de plus par année.

Ces engagements représentent des investissements additionnels de 70 millions $ par année, calcule le PLQ, qui fera d’autres annonces sur les proches aidants dans les prochains jours. 

On sait du reste que le gouvernement Couillard a annoncé dans le budget 2018-2019 une bonification du soutien aux aidants naturels de 100 millions $ d’ici 2023, qu’il a élargi l’admissibilité aux crédits d’impôt pour les proches aidants et qu’il a réduit le nombre d’heures pour en bénéficier. 

La récente réforme de la Loi sur les normes du travail reconnaît par ailleurs le statut de proche aidant, donnant droit aux aidants naturels à deux congés payés par année. 

Au Parti québécois (PQ), on s’engage à mettre en place une politique pour les proches aidants qui prévoirait notamment huit heures de répit par semaine. On propose également de «mieux financer les organismes communautaires offrant du soutien et du répit aux proches aidants» et d’«étendre le réseau public de soutien à domicile en s’appuyant aussi sur les entreprises d’économie sociale». Le plan du PQ fait état d’une augmentation du financement du soutien à domicile d’au moins 100 millions $ par année pendant cinq ans.

Chez Québec solidaire (QS), on s’est engagé mardi à injecter 250 millions $ par année en services et en aide financière pour les proches aidants. Dans un communiqué diffusé en fin de journée, QS précise que cette somme «servira à bonifier le crédit d’impôt pour maintien à domicile des aînés, le crédit d’impôt pour les aidants naturels d’une personne majeure, le supplément pour enfant handicapé ainsi qu’à étendre les crédits aux personnes non couvertes». 

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LES PROCHES AIDANTS EN CHIFFRES

Selon Statistique Canada, un quart de la population était proche aidante en 2012.

Près du tiers des proches aidants consacrent plus de cinq heures hebdomadaires à cette fonction depuis plus de quatre ans, et 57 % cumulent le rôle d’aidant et un emploi rémunéré.

Remplacer ces millions d’heures effectuées par les proches aidants coûterait entre 4 et 10 milliards $ par année au gouvernement du Québec.

Source: Regroupement des aidants naturels du Québec