L’auteur-compositeur-interprète Jamil ne sera pas candidat du Parti vert dans Maskinongé.

Parti vert: la candidature de Jamil retirée

Trois-Rivières — L’auteur-compositeur-interprète et gérant d’artistes bien connu Jamil Azzaoui, connu sous le nom d’artiste Jamil, ne décolère pas contre le Parti vert du Québec. Alors qu’il avait déposé sa candidature pour porter les couleurs du parti dans la circonscription de Maskinongé, le chef du parti lui a finalement retiré sa candidature moins de 72 heures après s’être porté candidat, essentiellement parce que l’artiste entretient une amitié avec l’auteure Djemila Benhabib.

Jamil ne s’en cache pas: lorsqu’il a déposé sa candidature, ce n’était pas dans le but de faire campagne, mais bien d’être un candidat poteau pour permettre à l’organisation d’amasser des sommes pour poursuivre ses combats et ses aspirations politiques. «Mon slogan aurait été: je ne suis pas un politicien, je suis un citoyen en colère», signale Jamil, qui dit avoir été motivé par la démission très médiatisée du ministre de la Transition écologique et solidaire de France, Nicolas Hulot, lui qui cherchait alors un moyen de faire bouger les choses.

L’artiste dit avoir opté pour la circonscription de Maskinongé car il a beaucoup d’affinités avec la région, où il a de nombreuses connaissances et où il s’est souvent produit en spectacle, notamment du côté de Saint-Élie-de-Caxton.

Or, dès qu’il s’est porté candidat, Jamil a eu des contacts avec Djemila Benhabib et le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, ce qui a grandement déplu au Parti vert. «Je les connais depuis longtemps. Ils étaient à la base des fans, et ce sont devenus mes amis. Quand j’ai annoncé ma candidature, M. Lisée m’a contacté pour me demander si c’était une blague. Quant à Djemila, nous devions nous rencontrer. J’en ai avisé le parti avant pour m’assurer que c’était correct, histoire de montrer patte blanche», raconte Jamil.

Lorsque le chef du Parti vert, Alex Tyrrell, l’a contacté pour en discuter, il semblait clair que le parti ne voulait pas être associé à l’auteure. Puis, 25 minutes plus tard, le candidat recevait une lettre dans laquelle on lui annonçait que sa candidature était retirée. «Il est évident que nous ne voulons pas être associés à certaines personnes qui ne reflètent pas exactement nos valeurs», était-il écrit, faisant référence à Djemila Benhabib.

«Ça frôle le discours d’extrême droite. On ne peut pas demander à quelqu’un de ne plus avoir de contact avec sa famille ou ses amis quand il se lance en politique, simplement parce que la personne ne partage pas 100 % de nos opinions», s’exclame Jamil, se disant toutefois peiné pour certains candidats du parti, des jeunes qu’il qualifie de personnes de qualité et avec qui il a bien connecté.

«Je ne veux pas viser les candidats. C’est le chef qui déconne. Je vais mettre ça sur le compte de l’inexpérience, mais c’est ridicule de ne pas vouloir s’asseoir et discuter. Nous sommes en démocratie, pas en guerre», mentionne l’artiste.

Appelé à réagir, le chef du Parti vert, Alex Tyrrell, a en effet convenu que la possible rencontre entre son candidat et Djemila Benhabib posait problème pour son parti qui prône l’égalité des droits indépendamment du sexe, de la race, de la religion, de la classe sociale, de l’origine ethnique ou nationale, dit-il.

«Lorsqu’il nous a parlé de cette rencontre, il était question que ce soit pour aller chercher l’appui de Mme Benhabib. Or, nous n’en voulons pas de son appui. C’est une personne qui a des positions très pointues à l’égard de certaines minorités au Québec, et dont le point de vue a souvent trouvé écho auprès de groupes d’extrême droite, dont La Meute. Ça ne reflète pas les valeurs de notre parti. Alors si le premier geste que le candidat pose au nom du Parti vert est d’aller chercher l’appui de cette personne, ça pose problème pour nous», relate Alex Tyrrell, qui ajoute que l’attitude condescendante que Jamil aurait adoptée auprès de certains membres du parti n’aura pas aidé sa cause.

Bien que la communication avec Jean-François Lisée soit citée dans la lettre de renvoi, Alex Tyrrell reconnaît que c’est davantage l’association avec Mme Benhabib qui n’a pas passé. Il soutient d’ailleurs que même si la volonté de Jamil n’était que de permettre au parti de récolter des fonds pour poursuivre sa mission, le maintien des valeurs du parti valait plus que les montants d’argent qui pourraient être apportés par une candidature.

Le Parti vert a d’ailleurs déjà trouvé une nouvelle candidate pour Maskinongé, soit Amélie Saint-Yves, 22 ans, récemment diplômée comme biologiste de l’UQTR et qui œuvre pour l’organisme Bassin Versant Saint-Maurice.

Quant à Jamil, son expérience de quelques heures en politique s’arrêtera là. «Disons que ça m’a refroidi. Je pense que je ferais mieux de retourner écrire des chansons», confie-t-il en riant.