Objectif : augmenter la population

CARLETON ET GASPÉ — Les candidats du Parti libéral dans Bonaventure et Gaspé, François Whittom et Alexandre Boulay, veulent augmenter de 4700 personnes la population de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine d’ici 2024 s’ils sont élus le 1er octobre, mais la formation qu’ils représentent a coupé jusqu’à 95 % du budget d’attraction et de rétention de la main d’œuvre depuis 2014.

Entre 2014 et 2016, le programme d’austérité du gouvernement de Philippe Couillard a d’abord amputé 50 % du budget de la Stratégie d’établissement durable, l’organisme moteur de recrutement et de rétention de main d’œuvre en Gaspésie et aux Îles. Ce budget est passé de 900 000 $ à 450 000 $ par an.

En 2017, la Stratégie d’établissement durable a été presque limitée à sa plus simple expression, le budget passant de 450 000 $ par an à 45 000 $, pour une compression totale de 95 %. Le personnel est passé de trois employés à temps complet à une personne travaillant à temps partiel.

Deux autres organismes s’occupant de recrutement et d’accompagnement, Place aux jeunes et les Services d’accueil des nouveaux arrivants, ont vécu dans l’intervalle de la fragilité financière et beaucoup d’incertitude.

Dévoilées en février 2017, les données du recensement 2011-2016 ont de plus constitué un net recul pour la Gaspésie et les Îles-de-la-Madeleine. Selon Statistique Canada, la région a alors perdu 4 % de sa population, soit 3768 personnes, de 94079 à 90311 habitants.

Lors du quinquennat 2006-2011, la région avait nettement mieux performé, ne perdant que 257 personnes, soit 14 fois moins qu’entre 2011 et 2016. La Gaspésie et les Îles avaient à l’époque constitué la première région du Québec à afficher un solde migratoire positif chez les 25 à 35 ans.

Alors qu’il venait d’exprimer sa fierté du bilan du gouvernement Couillard, le candidat libéral dans Bonaventure, François Whittom, a indiqué, ne pas pouvoir «m’exprimer énormément» sur l’enjeu des compressions budgétaires en recrutement soulevé par Le Soleil.

Il a parlé de «décisions difficiles». Ayant travaillé pour l’ex-ministre responsable de la Gaspésie et des Îles, Sébastien Proulx, M. Whittom a indiqué que le gouvernement «consulte les milieux […] On préfère sabrer à un endroit pour replacer ailleurs, pour gérer plus efficacement».

Il n’a toutefois pu dire où les fonds coupés à la Stratégie d’établissement durable, 1 745 000 $ de 2014 à 2017 inclusivement, avaient été redéployés pour recruter de nouveaux citoyens, mais il a parlé d’une «situation pas parfaite».

Dans Gaspé, Alexandre Boulay a souligné que depuis 22 ans, la région Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine a perdu un nombre d’habitants qui est presque «l’équivalent de la ville de Gaspé».

Ambassadeurs

Pour augmenter la population régionale de 90311 à 95000 personnes, il propose notamment de mieux financer les organismes d’aide au rétablissement, de mettre sur pied un réseau d’ambassadeurs de la Gaspésie à travers le Québec, de rembourser les déplacements des candidats qui viennent passer une entrevue dans la région.

La presse lui a rappelé les compressions imposées depuis 2014. «Je ne peux répondre des décisions prises ces derniers mois, ces dernières années», a réagi M. Boulay. Il affirme que «les circonstances ont complètement changé « par rapport à 2014, et que la pénurie de main-d’œuvre frappe le Centre de santé et de services sociaux et les usines de transformation de produits marins, notamment.

Selon l’Institut de la statistique du Québec, la Gaspésie et les Îles-de-la-Madeleine ont gagné 122 habitants entre 2016 et 2017, un gain de 0,13 %. C’est encore loin des 700 personnes par an qu’il faudra compter en sus pour atteindre l’objectif d’une population totale de 95000 personnes des candidats libéraux Whittom and Boulay. Tous deux souhaitent l’implantation d’un pôle universitaire dans la région pour contribuer à l’atteinte de leur but.

Entretemps, la Stratégie vivre en Gaspésie, son nouveau nom, a regagné un budget significatif, pouvant compter sur 1,1 million $ cette année. Ce rattrapage partiel de 200 000 $ par rapport à l’époque pré-Couillard laisse tout de même un trou de 1 545 000 $ dans le budget de recrutement de population, considérant les coupes de 2014 à 2017.