L’interchangeabilité…

COMMENTAIRE / Jamais dans une course électorale québécoise n’a-t-on vu les partis politiques présenter des engagements aussi semblables — interchangeables, presque.

Certes, les quatre principaux partis engagés dans la course électorale au Québec sont porteurs de projets de société différents. Ils possèdent des marqueurs politiques forts qui les différencient les uns des autres — et Québec solidaire évidemment encore plus que tous les autres.

Songeons par exemple à ce que proposent la Coalition avenir Québec (CAQ) et les libéraux au sujet de l’immigration. On est là dans des univers opposés. C’est d’ailleurs le cas depuis des années.

Mais, parallèlement, on ne compte plus, depuis le début de la campagne, le nombre de propositions soumises par le Parti libéral du Québec, le Parti québécois et la Coalition avenir Québec qui sont semblables. Ou, pour être plus exact, qui auraient pu être présentées par les uns ou par les autres.

Passons tout de suite par-dessus l’accès à l’Internet haute vitesse pour tous les Québécois, que tous ont promis, pour mieux noter que les mesures annoncées par chacun des partis pour les aînés auraient pu se retrouver dans le programme des autres — si ces autres y avaient songé.

Arrêtons-nous sur la journée de jeudi : la Coalition avenir Québec a annoncé la bonification de l’aide financière aux familles d’enfants handicapés, comme les libéraux l’avaient fait la semaine dernière. La CAQ s’est toutefois engagée à fournir plus d’argent qu’un éventuel gouvernement Couillard 2.

Comme la CAQ mercredi, le Parti québécois a annoncé qu’un gouvernement péquiste augmenterait la part des aliments québécois dans les assiettes des institutions publiques.

Le péquiste Jean-François Lisée a par ailleurs souligné que l’annonce du chef libéral Philippe Couillard sur le frein qu’il veut appliquer à l’accaparement des terres agricoles est semblable à ce que son parti a lui-même mis sur la table.

On a envie d’écrire «etc.».

La veille du déclenchement de la campagne, l’ex-premier ministre Jean Charest, qui déplorait ce jour-là l’éviction du député libéral François Ouimet, avait déclaré n’avoir «jamais vu ça […] C’est comme si tout était interchangeable». Il s’étonnait alors que les candidats magasinent les partis et que ceux-ci magasinent les candidats, résumait Le Soleil.

Il pourrait aujourd’hui élargir son propos à des pans entiers des plateformes électorales, à tous ces chapitres interchangeables qui n’ont jamais été aussi nombreux.

Répétons-le, toutefois : les marqueurs politiques des uns et des autres existent toujours bel et bien et personne ne pourrait sérieusement parler de «bonnet blanc, blanc bonnet». Le reste de la campagne le démontrera.

Tout n’est pas interchangeable.