Les moments forts du débat des chefs

Un débat sage, somme toute, mais les deux meneurs dans les intentions de vote, François Legault et Philippe Couillard, se sont particulièrement écorchés l’un et l’autre lors du premier débat des chefs, jeudi soir. Ils ont aussi dû essuyer les tirs du péquiste Jean-François Lisée et de la solidaire Manon Massé.

• En colère, François Legault a exigé des excuses à Philippe Couillard pour les propos de son candidat dans Taillon, Mohammed Barhone. Celui-ci avait soutenu mercredi que les femmes portant le hijab ne pourraient plus recevoir de services de l’État sous un gouvernement de la CAQ. Refusant de montrer la porte à son candidat, qui s’était déjà excusé, M. Couillard a tenté d’expliquer son comportement. «Pourquoi il y a des gens qui réagissent comme ça? Parce que vous leur faites peur», a-t-il lancé à M. Legault. «On parle d’expulser des gens qui ne sont pas encore citoyens», avait dit ce dernier un peu plus tôt.

• Raymonde Chagnon, de Mirabel, a donné le ton à la soirée en répondant du tac au tac aux chefs que non, qu’elle n’était «pas tellement» plus éclairée après avoir entendu leurs réponses. Elle n’avait pas l’air de croire que la vie de son mari de 83 ans en CHSLD allait être améliorée. 

• Pour le péquiste Jean-François Lisée et le caquiste François Legault, la situation dans les CHSLD est une honte. Elle illustre «le bilan des 15 années libérales», a insisté M. Legault. «Vous n’avez pas le monopole de la compassion», a lancé M. Couillard à M. Lisée dans le même segment; une allusion au célèbre «monopole du cœur» qui a marqué l’histoire des débats télévisés des chefs politiques en France.

• L’Ontario, l’Ontario, l’Ontario. Le nom de la province voisine a été prononcé de nombreuses fois lors du débat. On a comparé les salaires des médecins, des infirmières, le niveau d’impôt, etc!

• «Sur quelle planète vous vivez ?», a demandé François Legault à Jean-François Lisée en lui rappelant que l’on vit dans une société capitaliste, «que vous le vouliez ou non». «Ce n’est pas Doug Ford, le premier ministre de l’Ontario, qui va décider combien on paye les médecins au Québec», a répliqué le chef péquiste.

• Le «test des valeurs» existe ailleurs, a tenu à dire le caquiste. Il a nommé une liste de pays qui en administrent en insistant sur le fait que ceux-ci ne sont pas intolérants. M. Legault l’assure : les Québécois sont «tannés d’avoir un donneur de leçons comme M. Couillard». Pour le premier ministre sortant, la bonne nouvelle est que la CAQ ne pourrait aller de l’avant sans l’aval du gouvernement fédéral.

• Les quatre chefs s’entendent sur la façon de réduire le temps d’attente aux urgences: diriger les patients ailleurs. Tellement qu’ils en ont profité pour donner des conseils aux téléspectateurs: Manon Massé a soutenu que les «petits bobos» n’avaient pas leur place à l’urgence avant que M. Lisée n’ajoute: «Si ça saigne juste un peu, si vous voyez pas l’os, allez pas à l’urgence.» 

• «Ces messieurs ne rêvent pas!», a déploré Manon Massé à propos du salaire minimum qu’elle veut augmenter à 15$ rapidement. «Quel manque d’ambition!», a quant à lui asséné François Legault à ses trois adversaires au sujet de la création de classes de maternelle quatre ans. 

• Lisée à Legault: «Vous avez dit qu’il n’avait pas de… quelque chose qui ressemble à Couillard.»

• Sur l’environnement, tous ont utilisé des mots assassins. Philippe Couillard a attaqué le PQ en soutenant qu’il «voulait carrément détruire l’île d’Anticosti», alors que Mme Massé croit qu’un projet comme le troisième lien entre Québec et Lévis, «ça tue notre planète».

• «Moi, j’aime la Gaspésie, mais j’aime pas le gaspillage.» En parlant cette fois d’énergie éolienne, François Legault a recyclé sa formule du débat de 2014.

• Philippe Couillard a reproché à François Legault de ne pas avoir été présent à l’Union des producteurs agricoles pour s’opposer avec les autres chefs à toute ouverture du système de gestion de l’offre. «Vous voulez vraiment parler de ça, M. Couillard?», a dit le caquiste en se moquant du fait que son adversaire prenne un tel angle.

• «Excusez-moi, des fois je vous mêle», a lâché M. Lisée en prononçant le nom de M. Legault au lieu de celui de M. Couillard.

• François Legault et Philippe Couillard à l’unisson sur un élément! La gestion de l’offre est le plus mauvais argument pour mousser l’option souverainiste. «Jean Chrétien, sors de ce corps», a décoché Jean-François Lisée au caquiste.

• Un gouvernement libéral baisserait les taxes et les impôts si des «marges supplémentaires» apparaissaient. Un gouvernement caquiste, lui, réduira le fardeau fiscal, entre autres en baissant les taxes scolaires. Un gouvernement péquiste ne viserait pas cet objectif.

• Les chefs ont rivalisé de propositions sur l’éducation. Il faut un «Comité urgence ‘garçons’» pour lutter contre le décrochage scolaire, a dit Jean-François Lisée — jamais en manque de nouvelles formules. La solidaire Manon Massé s’est distinguée de ses adversaires en réitérant l’engagement de son parti de mettre fin aux subventions aux écoles privées.