Le chef du Parti libéral, Philippe Couillard, joue au tennis de table, lors d'une visite dans une école de Saint-Agapit, mardi.

Les médecins de famille répliquent à Couillard

Les médecins de famille en ont assez de voir les candidats aux élections provinciales se faire du capital politique sur leur dos. Ils n’ont d’ailleurs pas tardé à réagir à la dernière sortie de Philippe Couillard, qui a promis lundi qu’un gouvernement libéral réélu sévirait contre ceux qui ne prennent pas assez de patients.

En conférence de presse, le chef libéral a dit avoir constaté que les efforts des médecins pour inscrire 85% de la population – le taux d’inscription avoisine actuellement les 80% - «semblent avoir diminué», pour atteindre «une sorte de plateau», depuis la suspension (par son gouvernement) des modalités coercitives de la loi 20.  

Pour rappel, la loi prévoyait l’application de sanctions financières aux médecins si le taux de 85% n’était pas atteint au 31 décembre 2017, mais ces dispositions ont été suspendues pour leur laisser plus de temps. 

«Il faut envoyer un signal très clair aux médecins [selon lequel] on compte sur une participation maximale à l’effort d’inscription des médecins», a dit lundi Philippe Couillard. «Les articles de loi sont toujours là, je n’aurais aucune difficulté à les mettre en vigueur, aucune hésitation, parce que je veux qu’on atteigne au moins l’objectif du 85%», a-t-il prévenu. 

À la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), on déplore que le premier ministre sortant se soit empressé, «dès le début de la campagne, à taper sur la tête des docteurs, alors qu’on sort de quatre années difficiles». «On dirait qu’il veut reprendre l’approche du ministre [Gaétan] Barrette, qui est d’intimider, d’avoir un discours contre-productif, très dévalorisant. On est vraiment déçus de voir qu’on repart encore sur ces bases-là», a commenté en entrevue au Soleil le vice-président de la FMOQ, le Dr Sylvain Dion.

Le Dr Dion craint les effets d’un tel discours sur l’attractivité de la médecine familiale. «On a des places en médecine familiale qui restent vacantes par dizaines année après année depuis que le ministre Barrette est là. Avec ce que le premier ministre vient de dire, je ne sais pas trop ce que les étudiants en médecine qui auront à faire un choix le printemps prochain vont penser de la situation…»

Selon lui, si les médecins de famille ne sont pas parvenus à inscrire 85% de la population, c’est parce qu’ils ne sont pas suffisamment nombreux. 

«Les médecins ont fait ce qu’ils pouvaient en fonction de leur marge de manœuvre […]. Ils ont inscrit 1,1 million de Québécois. On est passé de 68% de taux d’inscription à 80%. Là où le bat blesse, c’est que depuis deux ou trois ans, avec tout ce qui se passe dans notre environnement médiatique, tout le discours négatif sur les médecins et toutes les contraintes administratives qui ont été mises en place, les plus vieux médecins qui se rapprochaient de leur retraite ont accéléré leur retraite. On s’est donc retrouvé avec davantage de départs, et on ne comble pas nos places en médecine familiale. Alors qu’on s’attendait à un ajout net de 250 ou 260 nouveaux médecins de famille par année, on s’est retrouvé avec moins de 100 pour les deux dernières années», explique le Dr Dion.

Appréhendant le recours par certains candidats à «un discours populiste dénigrant pour l’ensemble de la profession médicale», le président de la FMOQ, le Dr Louis Godin a publié pas plus tard que vendredi un éditorial dans la revue Le Médecin du Québec dans lequel il fait allusion au «raccourci couramment utilisé depuis quelques années pour tenter de marquer des points dans l’opinion publique». 

«Préjugés envers les médecins de famille»

Le Dr Godin réclame qu’on mette un terme «de manière urgente» à la «grande campagne de dévalorisation de la médecine familiale qui a cours à l’Assemblée nationale depuis 2014». «L’adoption de lois contraignantes à l’extrême et les discours approximatifs et teintés de préjugés envers les médecins de famille, contredits par les faits, doivent cesser», exhorte-t-il.

Pour le Regroupement des omnipraticiens pour une médecine engagée (ROME), la nouvelle sortie de Philippe Couillard est «incompréhensible et ridicule». Sur sa page Facebook, le regroupement rappelle que la loi 20 a «causé des ruptures de services en CHSLD, dans les urgences et à l’hospitalisation générale, en plus de mener à une augmentation du nombre de médecins de famille pratiquant au privé, hors assurance maladie». 

«Les médecins ont toujours seulement 24 heures dans une journée. Les obliger à inscrire des patients artificiellement (de façon comptable) n’augmente pas l’accès aux soins de santé. Ces politiques populistes et bureaucratiques ne font qu’augmenter les coûts (par les forfaits versés à l’inscription), diminuer l’accès aux patients lourdement malades (par la sélection de patients en bonne santé pour l’atteinte des quotas) et cause un triple exode» des médecins vers les spécialités, vers les autres provinces et vers le privé, résume ROME.

Le regroupement demande au chef libéral de «proposer autre chose que les mêmes vieilles recettes pour le système de santé». Il réclame une réforme «démocratique, décentralisée, progénéraliste et interdisciplinaire».