Stéphane Laroche

Legault savait que Stéphane Laroche avait commis deux infractions

SAINTE-CLOTILDE-DE-CHÂTEAUGUAY — Le chef caquiste François Legault savait que son candidat dans Saint-Jean, Stéphane Laroche, avait enfreint la loi en laissant entrer des mineurs dans son bar. Mais il avait passé l'éponge, s'appuyant notamment sur le témoignage d'un policier qui affirmait que les fausses cartes des jeunes «étaient très bien faites».

«Il y a eu deux infractions (dont) j'étais au courant, dont une où les policiers ont dit: “La fausse carte du jeune était vraiment très bien faite”, a-t-il déclaré en marge d'une annonce sur l'agriculture à Sainte-Clotilde-de-Châteauguay, mercredi. Il y a des jeunes qui deviennent très habiles à fabriquer des fausses cartes. Je ne pense pas que ces deux infractions-là méritaient que je le refuse comme candidat.»

La CAQ a montré la porte à Stéphane Laroche mardi soir, après que La Presse canadienne eut divulgué des informations sur le passé du candidat.

Le propriétaire du bar O'Bock s'est fait taper sur les doigts trois fois par la Régie des alcools, des courses et des jeux (RACJ) dans les dernières années, en plus d'enfreindre la Loi sur l'équité salariale.

Il a tenu des activités douteuses dans son bar, à commencer par la «Nain-Jean-Baptiste» en 2015 et 2016, et une fête de la Saint-Valentin durant laquelle les clients étaient invités à porter un bracelet vert, jaune ou rouge selon leur désir d'avoir ou non des relations intimes avec les autres clients.

La CAQ avait d'abord défendu son candidat mardi («Le nain a été bien traité et il a été payé», avait insisté l'attaché de presse de la CAQ, Mathieu St-Amand), avant de changer de discours complètement et de le larguer en soirée, parce qu'il avait «manqué de transparence».

Cette décision a été applaudie par un adversaire politique, le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, mercredi. «(M. Legault) a bien agi parce que les infractions qui sont reprochées sont avérées», a-t-il dit.

Stéphane Laroche a refusé des demandes d'entrevue et a plus tard affirmé sur sa page Facebook que l'article de presse était «truffé de mensonges et d'exagérations».

«J'aurai l'occasion, un jour, de corriger les faits. Ce qui est important pour moi ce soir, c'est de réitérer ma confiance inébranlable en cette merveilleuse équipe que je laisse se battre sans moi. Des amis, des collègues, des frères et des soeurs d'armes à qui je m'excuse d'avoir apporté, sans le vouloir, de l'ombre à l'immense travail qu'ils et elles accomplissent», a-t-il écrit.

«Avez-vous mis quelqu'un à la porte sur des mensonges et des exagérations?», a demandé un journaliste à M. Legault en conférence de presse.


« Il y avait de l'information que je n'avais pas, pis ça, je n'aime pas ça. Je n'étais pas content de ne pas être au courant de toutes les questions d'équité, des pratiques douteuses avec les bracelets, de la troisième infraction. »
François Legault, chef de la Coalition Avenir Québec

«Non, a répondu celui-ci, catégorique. Il y avait de l'information que je n'avais pas, pis ça, je n'aime pas ça. Je n'étais pas content de ne pas être au courant de toutes les questions d'équité, des pratiques douteuses avec les bracelets, de la troisième infraction.

«J'ai pris la décision qui s'imposait, je pense que le candidat aurait dû nous informer», a-t-il tranché.

M. Legault se désole par ailleurs qu'un parti politique doive se fier en grande partie à la bonne foi des candidats. Au final, les partis, selon lui, demeurent à risque et vulnérables.

«On ne peut pas savoir tout ce qui est arrivé, si ça n'a pas été puni par un tribunal», s'est défendu le chef caquiste.

Les détails divulgués par La Presse canadienne sur les démêlés de M. Laroche avec l'État étaient facilement disponibles. Entre autres, la décision de la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité au travail (CNESST), lui reprochant de ne pas s'être «acquitté de ses obligations en matière d'équité salariale», est toujours en ligne.

Pourtant, lors de l'élection partielle dans Louis-Hébert, l'année dernière, François Legault avait affirmé que c'était «tolérance zéro» dans son parti, et que le processus de sélection des candidats serait resserré, avec des vérifications renforcées.

M. Legault a assuré mercredi avoir un bon jugement. «Dans ma vie, à 61 ans, je pense que les gens peuvent faire confiance en mon jugement. Je l'ai montré, je n'ai pas hésité dans le cas entre autres de deux députés (Daniel Ratthé et Claude Surprenant) à qui j'ai demandé de quitter le parti», a-t-il déclaré.