Militant libéral de longue date, Abdulkadir Abkey a participé à la campagne victorieuse de Gilles Lehouillier comme député libéral de Lévis en 2008.

Le troisième lien à l’est, croit le candidat libéral dans Lévis

Abdulkadir Abkey, candidat libéral dans Lévis, croit fermement que le troisième lien routier doit être construit à l’est, «parce que sinon, il faut que j’exproprie des maisons de l’autre bord», à Québec.

M. Abkey fait de la construction d’un troisième lien entre les deux rives la «priorité» de sa campagne qui débute. Plus résolu que son chef Philippe Couillard, qui évoquait en mai dernier que «beaucoup d’arguments militent», du côté de l’est, M, Abkey croit qu’il s’agit de l’endroit qui va de soi. «Je pense de plus en plus que c’est vers l’est» qu’il faut le construire.

Parce que selon les derniers scénarios présentés par le bureau de projet, quatre tracés sur cinq sont situés à l’est des ponts actuels. M. Abkey refuse toutefois de choisir le tracé tout de suite et veut laisser les experts travailler. «Je pense pas qu’on devrait fermer des possibilités» immédiatement. 

En entrevue au Soleil, M. Abkey raconte qu’il fait partie des automobilistes qui vivent à Lévis et travaillent à Québec. Père de trois enfants, l’homme de 40 ans doit passer par la garderie avant de prendre le pont Pierre-Laporte le matin, à l’heure de pointe, pour rejoindre son cabinet d’avocat situé sur Grande Allée. Il reconnaît que les automobilistes sont coincés dans ce fer à cheval. «C’est frustrant.»

S’il veut être «le porteur de ballon» du troisième lien au sein de son parti, il ne veut pas faire comme la Coalition avenir Québec (CAQ) et promettre que les travaux débuteront dans quatre ans. «Tout le monde veut l’avoir demain matin. Moi même j’aurais voulu l’avoir demain matin.» Mais M. Abkey croit plutôt qu’il faut livrer «un projet impeccable».

Ami de Lehouillier

Militant libéral de longue date, M. Abkey a participé à la campagne victorieuse de Gilles Lehouillier comme député libéral de Lévis en 2008. «C’est un ami, je le connais très bien», lance M. Abkey. Aujourd’hui maire de Lévis, M. Lehouillier est reconnu pour critiquer ouvertement le Parti libéral du Québec (PLQ), qui tarderait selon lui à mettre en branle le projet de troisième lien. 

«J’ai un point de vue différent que le sien» indique le candidat Abkey, ce qui n’empêcherait pas selon lui qu’il ait «une excellente relation» avec le maire Lehouillier s’il est élu. 

M. Lehouillier «n’a pas tourné le dos [au PLQ]. Je pense que c’est un gars de conviction et je ne pense pas que demain matin, il va porter les couleurs de la CAQ.»

Le candidat tentera de déloger François Paradis, le député caquiste bien connu qui représente Lévis depuis 2014 et que les sondages favorisent. M. Abkey reconnaît qu’il s’agit d’un défi, mais martèle qu’«en politique, tout est possible». 

Il y a quatre ans, M. Abkey souhaitait être candidat pour le PLQ. Mais le parti lui a préféré la conseillère municipale Janet Jones, qui a perdu contre M. Paradis. Il est content aujourd’hui de pouvoir tenter sa chance. «Un Abdulkadir, qui est un peu plus chocolat, est-ce qu’il peut être candidat à Lévis? Moi, je crois profondément que les gens de Lévis sont beaucoup plus à l’aise aujourd’hui avec ce genre de personnage là», dit-il en parlant de lui-même. 

M. Abkey affrontera également le péquiste Pier-Gilles Morel, un ingénieur civil de 27 ans, de même que le solidaire Georges Goma, chargé de cours au campus de Lévis de l’UQAR, qui fait lui aussi partie de la diversité culturelle. 

Envoyé en Ontario?

Né en Somalie, M. Abkey a fui la guerre civile avec ses cinq sœurs alors qu’il avait 14 ans. La famille de réfugiés a atterri en Grande-Bretagne, où le jeune Abdulkadir a tout de suite goûté à la politique. À 17 ans, il a fait du porte-à-porte avec les conservateurs pour la réélection du premier ministre anglais John Major, qui a subi une cuisante défaite. 

Tombé en amour avec une Lévisienne qui étudiait en Angleterre, M. Abkey a décidé d’immigrer au Québec au début des années 2000. Jeune avocat, il a travaillé pour l’ex-ministre de la Sécurité publique Jacques Dupuis. «C’est lui qui a été un peu mon mentor.»

En Angleterre comme au Québec, celui qui parle aujourd’hui six langues a fui les ghettos où se retrouvaient les Africains, essayant plutôt de s’intégrer le plus possible à sa société d’accueil. Il a rapidement obtenu un emploi à Lévis, même si son français laissait à désirer au départ. «Je me suis toujours senti chez moi ici.»

C’est pourquoi M. Abkey ne digère pas le test des valeurs et de français que la CAQ souhaite faire passer aux immigrants, trois ans après leur arrivée au Québec. Celui qui se fait appeler Abdi — c’est plus facile à prononcer —, croit qu’il ne l’aurait pas réussi au départ, en raison de son français. «Je suis sûr que François Legault m’aurait dit : “Ontario, on vous envoie Abdi.”»

Le candidat croit qu’on doit laisser le temps aux gens de s’intégrer, parce que celui qui est d’origine musulmane se considère aujourd’hui très Québécois. «Je mange le bacon, je bois l’alcool, je fête Noël.»