Accompagné des candidats Gertrude Bourdon et Paul Busque, le chef du Parti libéral Philippe Couillard en discussion avec des étudiants en soins infirmiers, à Saint-Georges-de-Beauce, jeudi.

Le PLQ promet d’être «plus ferme» avec les médecins

Un gouvernement libéral réélu exigera une reddition de compte concernant les frais de cabinet des médecins, a annoncé jeudi Philippe Couillard, qui a également réitéré ses menaces de pénaliser financièrement le corps médical s’il ne respecte pas ses engagements.

Depuis les années 80, les médecins qui pratiquent en clinique voient leur rémunération majorée d’environ 30% pour compenser les frais de cabinet, le loyer représentant la plus grande part de ces frais. 

En mai, le Soleil rapportait que peu importe que ce que leur coûtent leurs frais de pratique, les médecins sont toujours compensés à hauteur de 30 %, et qu’il est à peu près impossible de savoir si cet argent sert véritablement au financement de l’organisation clinique, comme à l’embauche de personnel supplémentaire. 

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Un omnipraticien à qui nous avions parlé nous avait expliqué que de plus en plus de propriétaires de cliniques «non-médecins», notamment des promoteurs, arrivent à attirer des médecins en leur offrant des loyers peu chers. «Sur le 30 % de majoration qu’il reçoit pour ses frais de cabinet, le médecin peut en réalité payer entre 8 % et 12 %, en moyenne. La différence, il la garde, ça ne va pas à la clinique», nous avait-il dit.

Dans notre reportage, le ministère de la Santé convenait que «compte tenu des augmentations significatives récentes de la rémunération des médecins, il serait justifié de procéder à une mise à jour globale de cette composante [les frais de cabinet]», tout en soulignant que cette mise à jour ne pouvait se faire qu’à la table de négociations, avec les fédérations de médecins. 

Le sujet avait rebondi à l’Assemblée nationale, alors que la péquiste Diane Lamarre avait reproché au ministre de la Santé, Gaétan Barrette, de ne pas exiger de reddition de compte «pour savoir à quoi sert ce 30 %». «Au moment où chaque dollar compte, est-ce que le ministre va faire la lumière sur l’utilisation réelle du supplément de 30% versé aux médecins dans leur rémunération», avait demandé la députée de Taillon.

Le ministre Barrette n’avait pas répondu directement à la question, mais il avait néanmoins convenu que «chaque dollar qui vient des impôts et des taxes payées par les citoyens et citoyennes du Québec doit être dépensé judicieusement».

Jeudi, le Parti libéral du Québec (PLQ) a annoncé qu’une «reddition de compte concernant les frais de cabinet» serait mise en place advenant sa réélection.

Le PLQ s’est également engagé à ce que 900 000 Québécois de plus aient accès à un médecin de famille au terme d’un deuxième mandat. Il croit que d’ici quatre ans, sans mettre plus d’argent sur la table, 90% de la population devrait avoir accès à un médecin. Le taux d’assiduité des médecins auprès de leurs patients devrait quant à lui atteindre 95%. La cible d’assiduité, fixée à 80% par la Loi 20, a été largement atteinte, atteignant aujourd’hui 84%.

Menaces de sanctions

Le PLQ a du reste réitéré ses menaces de sanctionner financièrement les omnipraticiens et les spécialistes qui ne respectent pas les cibles prévues à leur entente avec le ministère de la Santé. 

Au 30 juin 2018, environ 80 % de la population avait accès à un médecin de famille. Un gouvernement libéral sévira si les médecins n’atteignent pas un taux de prise en charge de 85% à la fin de la présente année.

Il s’agissait du plancher fixé à la fin de la dernière année, mais la cible a été repoussée. «On ne va pas continuer à remettre cela de six mois en six mois et que cela [l’atteinte des cibles] n’arrive pas», a souligné en conférence de presse, en Beauce, Philippe Couillard, qui était accompagné de sa candidate dans Jean-Lesage, Gertrude Bourdon.

 En vertu de la Loi 20, les médecins fautifs pourraient être visés par des sanctions pouvant atteindre jusqu’à 30 % de leur rémunération annuelle.

«Je veux être clair, il ne sera pas question de régler cela à coup de primes, a prévenu M. Couillard. Les conditions de rémunération ont été bonifiées pour les médecins, on le sait tous. Il y a assez de médecins pour couvrir les besoins, y compris jusqu’à 90%. On ne demande pas cela dans six mois», a martelé Philippe Couillard. 

À la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), on pense qu’une cible de 90% de la population inscrite à un médecin serait facilement atteignable d’ici quatre ans. «Mais un objectif de 95% comme taux d’assiduité, ça, c’est complètement ridicule. Ça voudrait dire que le patient dont le médecin habite loin ne pourrait pas voir un autre médecin ou se rendre à l’urgence quand il en a besoin, il faudrait toujours qu’il voit juste son médecin. Voyons donc! Ça ne tient pas la route!» a réagi le président de la FMOQ, le Dr Louis Godin.

Le Dr Godin en a «assez» que les médecins de famille soient la cible préférée des libéraux pendant la campagne. «C’est drôle qu’on entende pas parler des cibles qui ont été demandées aux spécialistes. [...] Les spécialistes devaient prendre 20% de lits d’hospitalisation de plus, pis ça n’a pas été fait. C’est drôle, je n’entends pas parler de ça!» 

Le président de la FMOQ pense qu’on devrait se rapprocher de la cible de 85% d’ici le 31 décembre, mais il n’est pas sûr qu’elle sera atteinte. «On est dans la même situation qu’il y a quatre ans: on travaille autant à l’hôpital, et les médecins qu’on devait avoir net ne sont pas là parce que les étudiants ont boudé la médecine familiale et que des médecins ont devancé leur retraite à cause du climat» négatif, rappelle le Dr Godin. 

Encore des millions

Le PLQ a par ailleurs pris l’engagement d’allonger 200 M $ de plus pour l’embauche de personnel soignant, infirmières et préposés aux bénéficiaires.

M. Couillard a dit qu’il fallait recruter au moins 1000 préposés aux bénéficiaires pour bonifier l’effectif d’environ 40 000 personnes. Une campagne «massive»» de recrutement sera mise de l’avant, et un programme de formation en alternance travail-études sera mise en place dans toute les régions du Québec.

Le PLQ compte également poursuivre l’embauche de 2000 infirmières-praticiennes spécialisées d’ici 2024-2025 et dit vouloir collaborer avec les ordres professionnels afin d’assouplir les règles encadrant leur pratique. Avec La Presse canadienne