Dans la circonscription Lac-Saint-Jean, le caquiste Éric Girard semble avoir la faveur des lecteurs de ce château fort péquiste depuis l’élection de Jacques Brassard en 1976.

La fin des «comtés sûrs»?

Parmi tous les signes qui montrent qu’il se passe «quelque chose» d’énorme dans la politique québécoise par les temps qui courent, celui-ci n’est certainement pas le moindre: dans le Québec francophone, il ne semble plus y avoir de «châteaux forts», de ces circonscriptions dont on sait à l’avance de quel côté elles vont pencher puisqu’elles votent de la même manière depuis des décennies. Et cela vaut tant pour les fiefs péquistes que pour les libéraux, d’après les données du sondeur Mainstreet.

Ce dernier fait un sondage quotidien à l’échelle nationale, et ajoute depuis peu des enquêtes plus petites (autour de 600 répondants, marge d’erreur d’environ 4 %) à l’échelle de certaines circonscriptions particulières, à raison de quatre par jour. Or si l’ouest de l’île de Montréal est parti pour demeurer fermement dans le giron libéral, rien ne va plus dans le Québec francophone, où il ne semble plus exister le moindre «comté sûr», qu’il soit bleu ou rouge.

Parmi les circonscriptions sondées au cours des derniers jours, on trouve les «châteaux forts» suivants, qui sont de toute évidence de moins en moins forts, et même de moins en moins des châteaux:

Lac-Saint-Jean (sondé le 31 août): péquiste sans interruption depuis que Jacques Brassard s’y est fait élire une première fois en 1976, a voté Oui à 73 % en 1995, a donné de fortes majorités de 5000 à 10 000 voix à son député actuel Alexandre Cloutier depuis 2012 et… penche maintenant pour la Coalition avenir Québec (CAQ) (40 %), devant le Parti québécois (PQ) (33 %).

Abitibi-Ouest (31 août): le député péquiste François Gendron se fait élire là-bas depuis 1976, le Oui l’a largement emporté en 1995 (62 %), mais la CAQ mène là aussi, par 31 % à 21 % pour le PQ. Le score péquiste ramène d’ailleurs le parti à égalité statistique avec les libéraux (20 %), c’est tout dire.

Richmond (30 août): le Parti libéral du Québec (PLQ) a gagné toutes ses élections dans Richmond depuis 1981 — bien que certaines furent assez serrées. Or non seulement la candidate libérale Annie Godbout tire-t-elle de l’arrière présentement sur la CAQ (largement en avance avec 46 % d’appuis), mais elle arrive aussi derrière le PQ (21 %), n’obtenant que 13 % des intentions de vote.

Marie-Victorin (30 août): péquiste depuis 1981, hormis un court intermède libéral à la suite d’une partielle, en 1984. L’ex-ministre Bernard Drainville y a décroché des avances de 3600 à 8000 voix, mais la circonscription semble maintenant vouloir pencher pour la CAQ, à 33,3 % contre 31,7 % pour le PQ — mais les deux partis sont à l’intérieur de la marge d’erreur.

Verchères (29 août): ancienne circonscription de Jean-Pierre Charbonneau et de Bernard Landry, péquiste depuis 1976, elle a donné des majorités de 5000 à 7000 voix au député actuel Stéphane Bergeron au cours des deux dernières élections. Mais cette fois-ci, c’est une autre paire de manches: 42 % pour la CAQ, 32 % pour le PQ.

Papineau: circonscription libérale depuis 1981. Certains scrutins passés furent serrés, cependant, et ce sera vraisemblablement le cas le 1er octobre, puisque le PLQ et la CAQ y sont à égalité statistique, à 32 % contre 29 % respectivement.

D’autres «fiefs» en danger

Mainstreet a fait paraître plusieurs autres résultats sur des «fiefs» traditionnellement acquis à un parti ou à un autre depuis le début de ses sondages quotidiens, à la mi-août. Ces résultats sont plus anciens, donc plus sujets à avoir changé, mais mentionnons tout de même que la CAQ était en avance ou pratiquement à égalité en tête dans les circonscriptions de Brome-Missisquoi (libérale depuis 1980), de Jean-Talon (libérale depuis 1966), de Chapleau (libérale depuis 1981) et de Joliette (péquiste depuis 1981, sauf deux brefs intermèdes adéquistes), où la vice-cheffe du PQ Véronique Hivon serait en difficulté.

Professeur émérite (et retraité) de l’Université Laval, Simon Langlois voit dans ces chiffres un signe supplémentaire que le vieil axe souverainiste-fédéraliste a cédé sa place à un clivage principalement linguistique.

«Le PQ reste associé à l’indépendance chez les anglophones et il a perdu tous ses appuis chez les immigrants et communautés culturelles. La CAQ quant à elle est perçue comme nationaliste et reçoit peu d’appuis chez les anglophones et assez peu chez les immigrants et communautés culturelles, notamment à cause de ses positions sur l’immigration [restreindre leur nombre, exigence du français, etc.]. Et Québec solidaire [QS] reçoit certains appuis chez les anglophones de gauche, malgré son penchant indépendantiste, mais ne ratisse pas très large. La polarisation linguistique est donc bien nette alors que la polarisation souverainiste-fédéraliste s’est estompée. Par contre, une certaine polarisation oppose maintenant la gauche et la droite, QS se démarquant devant les trois autres partis. Mais la gauche est numériquement plus faible, les Québécois votant plutôt au centre de l’échiquier politique», a analysé M. Langlois lors d’un échange de courriels avec Le Soleil.

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