Admettant qu’on ne peut forcer les nouveaux arrivants à s’installer en région, la candidate de la Coalition avenir Québec, Geneviève Guilbault, indique «qu’on peut certainement les inciter». S’il est élu, son parti abaissera dès 2019 le seuil annuel d’immigration de 50 000 à 40 000 personnes.

La CAQ entend «inciter» les immigrants à venir à Québec

Même si la Coalition avenir Québec (CAQ) a l’intention de réduire le nombre global d’immigrants que recevra le Québec, des incitatifs seront déployés pour que la région de Québec en accueille davantage.

Autant le chef François Legault que la candidate dans Louis-Hébert Geneviève Guilbault ont commencé à lever le voile jeudi sur leur stratégie de régionalisation de l’immigration. Mme Guilbault a reconnu «la pénurie de main-d’œuvre tellement criante», qui «se fait surtout sentir dans les régions».

«En ce moment, les immigrants ne sont pas régionalisés, ils sont montréalisés», déplore-t-elle. Et après 10 ans, 26 % des nouveaux arrivants accueillis au Québec décident de plier bagage et de quitter la province.

Sans pouvoir forcer les nouveaux arrivants à s’installer en région, Mme Guilbault indique «qu’on peut certainement les inciter». Son parti aura des propositions précises à dévoiler à ce sujet, qui devraient «intéresser» le maire de Québec Régis Labeaume, qui réclame que 10 % de l’immigration de la province atterrisse dans sa ville.

M. Legault a justement proposé une immigration proportionnelle à la population dans chaque ville québécoise. Selon lui, Montréal devrait accueillir un maximum de 50 % des immigrants, puisqu’elle représente la moitié de la population du Québec.

«Le grand Montréal, ça représente 50 % de la population, mais il y a plus de 75 % des nouveaux arrivants qui décident de s’installer à Montréal», a-t-il dénoncé.

«Les libéraux, qui sont là depuis 15 ans, n’ont pas réussi à ce qu’une partie proportionnelle des immigrants s’installe à Québec, à Sherbrooke, à Lévis, en Abitibi, dans les différentes régions où il y a des pénuries de main-d’œuvre», a-t-il renchéri.

La candidate péquiste dans Taschereau, Diane Lavallée, a quant à elle soutenu que son parti «sait très bien que l’enjeu majeur de la région de Québec, c’est la pénurie de main-d’œuvre et l’immigration». Le PQ n’a pas fixé de nombre précis d’immigrants à accueillir, mais il souhaite puiser davantage dans le bassin des francophones et faciliter l’apprentissage de la langue, «parce qu’au Québec et à Québec, ça se passe en français».

Mieux intégrer

Si elle accède au pouvoir, la CAQ abaissera dès 2019 les seuil annuel d’immigration, le faisant passer de 50 000 à 40 000 personnes.

La CAQ martèle qu’en admettant moins d’immigrants, le Québec pourra mieux les intégrer et ainsi empêcher qu’ils quittent la province en trop grand nombre.

La diminution de 10 000 immigrants se ferait donc à travers toutes les catégories d’immigrants, soit l’immigration économique, la réunification familiale et les réfugiés, a annoncé M. Legault mercredi, soit «20 à 24 %» de réduction dans chaque catégorie.

Or, le Québec exerce seulement un contrôle sur la catégorie des migrants économiques, de sorte qu’une négociation avec Ottawa s’imposerait dans les deux autres domaines.

«Absurde», dit Couillard

«Bonne chance», a commenté le chef du Parti libéral, Philippe Couillard, au sujet d’éventuelles négociations avec le gouvernement fédéral.

Il serait «surpris» que le premier ministre du Canada Justin Trudeau acquiesce à la demande.

«Je pense qu’on a besoin de plus de travailleurs au Québec, notamment des travailleurs qui viennent d’ailleurs. Alors de prétendre diminuer ça, en partant, c’est une erreur économique très grave. […] Je ne comprends pas que quelqu’un […] propose une chose aussi absurde», a-t-il argué.

Selon le chef libéral, M. Legault agit «quasiment comme un extraterrestre» en ignorant la pénurie de main-d’œuvre au Québec pour abaisser les seuils d’immigration, en plus de vouloir imposer un test de valeurs qui expose celui qui l’échoue à l’expulsion.

Le chef libéral pourrait maintenir les seuils d’immigration à 50 000, mais il a entrouvert la porte cette semaine à une augmentation au cours d’un prochain mandat.

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VIBRANT PLAIDOYER NATIONALISTE

Les Québécois doivent gérer la grande majorité des dossiers d’immigration, sans l’apport d’Ottawa, sans quoi ils perdront leur identité et verront s’éteindre le français, affirme François Legault. 

Dans un vibrant plaidoyer nationaliste, il a déclaré jeudi que le Québec devait notamment se voir confier le programme de réunification familiale, afin de «protéger son identité».

«Quand on regarde la partie réunification des familles, il n’y a aucune exigence concernant l’apprentissage du français, aucune exigence concernant le respect de nos valeurs, a-t-il dit. «À 50 000 [immigrants accueillis au Québec] par année, c’est un demi-million au bout de 10 ans, c’est sûr que si ces gens-là n’apprennent pas le français, [...] il y a un risque [...] que nos petits-enfants ne parlent plus français. «Je ne voudrais pas avoir à me reprocher ça», a-t-il lâché.  La Presse canadienne