Attaquée par les partis d’opposition pour avoir attribué des contrats de gré à gré, la candidate-vedette du PLQ dans la circonscription de Jean-Lesage a fait état samedi d’une situation «exceptionnelle», où ses mains étaient liées. L’ancienne patronne du CHU de Québec assure être restée dans les limites de la légalité.

Fractionnement au CHU de Québec: Bourdon se dit au-dessus de tout reproche

QUÉBEC — La candidate caquiste Geneviève Guilbault réclame une enquête sur le fractionnement de contrats reproché au Centre hospitalier universitaire de Québec sous la direction de Gertrude Bourdon — même si celle qui pourrait bien devenir ministre de la Santé dans un éventuel gouvernement libéral assure être au-dessus de tout reproche.

Attaquée par les partis d’opposition pour avoir attribué des contrats de gré à gré, la candidate-vedette du PLQ dans la circonscription de Jean-Lesage a fait état samedi d’une situation «exceptionnelle», où ses mains étaient liées. L’ancienne patronne du CHU de Québec assure être restée dans les limites de la légalité.

La candidate de la Coalition avenir Québec dans Louis-Hébert, Geneviève Guilbault, a néanmoins formellement demandé à l’Autorité des marchés publics (AMP) de faire enquête. Elle espère que cette entité, créée sous recommandation de la Commission Charbonneau, acceptera de faire la lumière sur les informations «troublantes» révélées par le Journal de Montréal vendredi matin.

Le quotidien montréalais fait état d’un rapport du Conseil du trésor selon lequel le CHU de Québec avait contrevenu aux règles en fractionnant des contrats de numérisation de dossiers médicaux pour en faciliter l’octroi à une entreprise spécifique.

L’entreprise en question, Iron Moutain, aurait obtenu un contrat de 925 000 $ et un autre de 860 000 $, alors qu’elle ne détenait pas l’autorisation de l’Autorité des marchés financiers pour accepter des contrats d’une valeur supérieure à un million de dollars.

Selon le rapport daté de novembre 2017, la démarche du CHU n’était «pas conforme au cadre normatif en gestion contractuelle puisque les contrats ont été fractionnés dans le but de conclure avec un contractant qui n’avait pas son autorisation de contracter de l’AMF (Autorité des marchés financiers)». Le rapport indiquait toutefois plus haut que «aucun fractionnement dans le but d’éluder l’obligation de recourir à l’appel d’offres public n’a été repéré».

Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, a ajouté son grain de sel.

«Mme Bourdon n’arrête pas d’embarrasser les deux partis qui la veulent comme candidate. J’ai dit assez tôt que cette personne n’était pas digne de confiance. Si la CAQ veut continuer à démontrer que M. Legault et son équipe ont manqué de jugement en voulant recruter quelqu’un qui n’est pas digne de confiance, je les laisse faire. L’Autorité des marchés publics a l’autorité pour déclencher ses propres enquêtes et lit les journaux».

Répondant aux questions insistantes des journalistes, il a ajouté qu’il applaudirait si l’AMP lançait une enquête. «J’aime toujours mieux qu’on aille au fond des choses. Cela me sourirait qu’elle le fasse», a-t-il dit.

«Pas à l’étape des vérifications»

Mme Guilbault a défendu la cour assidue faite par la CAQ à l’endroit de Mme Bourdon. Elle soutient que sa formation ignorait cette affaire lorsqu’elle a courtisé Mme Bourdon, avant que celle-ci ne se joigne aux libéraux.

«Si Mme Bourdon s’était rendue à l’étape de dire ‘’Oui, je souhaite me porter candidate’’, il y aurait eu un processus assez rigoureux et exhaustif de vérifications qui aurait été fait», a-t-elle souligné, en entrevue avec La Presse canadienne.

«C’est possible qu’à ce moment-là, des informations seraient ressurgies qui auraient pu mettre en cause la pertinence de sa candidature», a-t-elle suggéré.

Or, la Coalition avenir Québec se targue d’avoir questionné l’actuel ministre de la Santé, Gaétan Barrette, sur ces contrats il y a plus d’un an.

«On n’avait pas eu d’information qui nous permettait de confirmer ou d’infirmer nos soupçons», objecte Mme Guilbault, qui souligne que le ministre Barrette s’était alors porté «aveuglément» à la défense de la dirigeante du CHU de Québec.

«Ce n’est quand même pas anodin, le fractionnement illégal de contrats, insiste l’ex-porte-parole du Bureau du coroner. Ce qui est encore moins anodin, c’est la désinvolture de M. Barrette à l’endroit de ces agissements-là.»

«Dans la mesure où on nous fait miroiter que M. Barrette pourrait devenir président du Conseil du Trésor et que Mme Bourdon deviendrait ministre de la Santé, les citoyens pourraient faire face à une gestion potentiellement incestueuse des fonds publics», signale-t-elle.

Le premier ministre Philippe Couillard maintient pour sa part que «toutes les règles» avaient été suivies par sa candidate-vedette.