Éducation

Rentrée scolaire: financement stable et meilleures conditions, demandent les enseignants

MONTRÉAL — Alors que la rentrée scolaire se poursuit dans les écoles du Québec, les syndicats de l'enseignement aimeraient entendre, au-delà des annonces sur les maternelles 4 ans ou les lunches, un plan global pour l'éducation, comprenant un financement stable et une amélioration des conditions de travail du personnel.

«On manifeste beaucoup d'inquiétude, parce que puisqu'on est en campagne électorale, les partis s'en donnent à coeur joie pour courtiser les électeurs et faire des annonces à la pièce. Mais on n'a pas entendu encore aucun parti nous déployer un plan global sur sa vision de l'éducation pour le Québec», a critiqué la présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Sonia Éthier, au cours d'une entrevue mercredi.

La Fédération des commissions scolaires aimerait elle aussi entendre un autre discours sur l'éducation. «J'aimerais entendre beaucoup plus parler de réussite éducative, d'apprentissage, de réfection du programme de formation de l'école québécoise, de valorisation des enseignants que de mesures qui ont l'air un peu plus ponctuelles», a confié son président, Alain Fortier.

Pas juste à Montréal

Bien que les écoles montréalaises vivent avec plus d'acuité des phénomènes comme l'inscription de nouveaux arrivants et l'ajout de classes modulaires pour répondre à l'augmentation du nombre d'élèves, la situation existe aussi dans d'autres régions du Québec, a souligné Mme Éthier.

M. Fortier souligne que si dans certains cas il y a bel et bien pénurie d'enseignants, dans d'autres c'est au moment de trouver des suppléants que le problème se posera. «La marge de manoeuvre devient très mince», ce qui fait que certains accommodements, comme les semaines de travail de quatre jours, pourront plus difficilement être accordés.

Professionnels

Pour ce qui est de l'intégration des élèves handicapés ou en difficulté d'apprentissage, la problématique du manque de ressources est la même dans toutes les régions, a confié Mme Éthier, dont la centrale syndicale représente tant des enseignants du primaire et du secondaire que des professionnels de l'éducation et du personnel de soutien scolaire.

Oui il y a eu un ajout de ressources pour les professionnels, «mais on est loin d'avoir rattrapé le niveau qu'on avait auparavant. Le principal problème, c'est de les attirer dans le milieu scolaire, parce que les psychologues et les orthophonistes ne sont pas attirés par le travail dans les commissions scolaires, étant donné qu'ils doivent couvrir plusieurs établissements, manquer de temps pour faire de la prévention, du travail clinique aussi», explique-t-elle.

M. Fortier confirme que malgré les sommes qui ont été ajoutées pour ces professionnels, «le problème est toujours de trouver ces personnes-là», à cause de la compétition avec le réseau privé, notamment.

Épuisement

D'ailleurs, une étude de l'Institut de recherche et d'information sur la rémunération (IRIS) confirme que les dernières compressions sont venues alourdir la tâche du personnel, ce qui se traduit souvent par une surcharge de travail, voire de l'épuisement.

Mme Éthier signale que même dans les écoles où il n'y pas de pénurie d'enseignants présentement, le profil pourra changer durant l'année scolaire. «Il y a souvent des arrêts de travail pour épuisement et, au cours des cinq premières années de leur carrière dans l'enseignement, il y en a beaucoup qui délaissent la profession», rapporte la présidente de la CSQ.

En plus de ce plan global sur la vision de l'éducation, la CSQ revendique un financement stable de l'éducation et une amélioration des conditions de travail du personnel.

La Fédération autonome de l'enseignement, qui représente les autres enseignants du primaire et du secondaire, reproche aussi au gouvernement Couillard de «vouloir bien paraître pendant la campagne électorale et de faire oublier qu'il a imposé aux écoles publiques des compressions qui totalisent près de 1,5 milliard $». Mais «les profs ne sont pas dupes», a prévenu le président de la FAE, Sylvain Mallette.

Éducation

Lunchs offerts à l’école: attention au danger de déresponsabiliser les parents

Diane Miron, présidente de l’Association québécoise de la garde scolaire, craint que le Parti québécois ne déresponsabilise les parents en fournissant des lunchs santé à tous les enfants du primaire.

«C’est une idée intéressante, qui peut donner un coup de pouce aux parents. Il faut faire attention par contre que le gouvernement ne vienne pas prendre leur place. Ça leur appartient de bien nourrir leurs enfants», commente-t-elle.

L’Association québécoise de la garde scolaire explique qu’une telle mesure serait réalisable, mais engendrerait une réorganisation importante dans les écoles. «On ne peut pas juste donner un lunch aux enfants et qu’ils aillent s’asseoir n’importe où pour le manger.» 

Les nouvelles écoles primaires disposent d’une cafétéria, mais pas les plus anciennes, qui composent la majorité du parc scolaire québécois. Ainsi, plusieurs jeunes enfants doivent manger à l’intérieur des classes. 

Mme Miron soutient que la proposition semble inspirée de l’une des recommandations du Sommet de la famille, qui s’est tenu à la mi-mai à Saint-Hyacinthe, et auquel la vice-chef du PQ Véronique Hivon a assisté. 

Une annonce du PQ

Le PQ a annoncé mercredi qu’il s’engage à implanter un service de repas sains à faible coût dans les écoles primaires du Québec.

Affirmant que «le Québec est mûr pour une petite révolution des lunchs», le PQ estime que la mesure coûtera à terme 37,9 millions $ et profitera à plus de 250 000 enfants. Elle sera implantée en quatre ans, d’abord en milieu défavorisé.

Les repas seraient offerts au coût de 1 $ pour les familles à faible revenu (moins de 35 000 $). Celles dont les revenus se situent entre 35 001 $ et 65 000 $ devraient débourser 3 $, alors que le prix serait fixé à 5 $ pour les familles de la classe moyenne dont les revenus dépassent 65 000 $.

La députée Carole Poirier a précisé que le modèle de service de dîners ne serait pas unique et qu’il serait plutôt déterminé selon les besoins spécifiques de chaque école et les infrastructures en place.

Elle note également que les repas servis seraient sains et confectionnés à partir de produits locaux. Les parents qui le souhaitent auraient par ailleurs toujours l’option de préparer les lunchs eux-mêmes.

En conférence de presse, Jean-François Lisée a expliqué que le PQ s’était demandé comment dégager du temps pour les familles, soulignant que de nos jours, en général, les deux parents travaillent.

«Il y a plein d’activités, il y a le sport, il y a les activités parascolaires, les bouchons... Alors on s’est dit, on va commencer par les lunchs, avec une mesure qui va permettre aux parents, ceux qui le désirent, de se décharger de cette tâche-là», a-t-il annoncé.  Avec La Presse canadienne

Éducation

Pères Maristes: sonnés par le «lynchage» de leurs fils expulsés

«J’ai l’impression d’avoir laissé mon enfant se faire piétiner.»

Les parents des garçons expulsés cette semaine par le Séminaire des Pères Maristes n’ont jamais donné leur version des faits ni publiquement ni à la direction de l’école en raison de l’enquête sur les allégations de partage, par leurs fils, de photos à caractère sexuel de trois jeunes étudiantes. L’enquête est maintenant terminée; le dossier doit être transmis cette semaine au procureur de la Couronne de la Chambre de la jeunesse qui décidera si des accusations de possession et distribution de pornographie juvénile doivent être portées.

Le Soleil a rencontré mercredi trois parents, que nous appellerons Julie*, Luc* et Daniel* pour préserver l’anonymat de leurs fils, âgés de 13 ans.

Ces parents ont l’impression que leur silence a nui à leur enfant. «Ceux qui ont crié le plus fort ont tout eu», estime Julie, en contenant difficilement ses larmes. «Moi, je m’en veux, j’ai le sentiment d’avoir laissé une machine le piétiner.»  

Les parents des garçons affirment qu’ils ne banalisent aucunement les allégations faites par les jeunes filles. «Je ne dis pas que mon gars est parfait, insiste Luc. S’il a fait les choses alléguées, il sera puni par la justice!»

Les parents ne nient pas non plus la peine et le stress vécus par les étudiantes. Les mères des plaignantes ont témoigné à Radio-Canada cet été de la détresse des filles. L’une d’elles a été hospitalisée durant quelques semaines en pédopsychiatrie avant de pouvoir revenir à l’école. 

Les parents des garçons constatent que, alors que l’enquête policière n’était même pas terminée, leurs fils ont été victimes d’un lynchage «digne du Far West», jette Luc, dégoûté.

Pendant des semaines, sur les réseaux sociaux, les garçons ont été associés à la culture du viol et traités d’agresseurs sexuels. Plus de 2800 personnes ont signé une pétition en ligne pour exiger leur départ de l’école.

Confiance trahie

Après la dénonciation des jeunes filles, les six garçons ont été arrêtés le 18 avril. La direction du Séminaire des Pères Maristes avait averti les parents que la sanction serait sévère pour envoyer un message aux 650 élèves sur l’usage des photos et des téléphones cellulaires. «On était très d’accord avec une sanction sévère, dit Julie. Mais la direction nous a aussi dit : “Rassurez-vous, jamais on ne va les expulser. On ne transfère pas le problème aux voisins”».

Les six adolescents ont été suspendus deux semaines à la maison, puis ont suivi leurs cours pendant deux semaines dans un pavillon voisin du pavillon principal. Pour être certains de ne jamais croiser les plaignantes, ils devaient arriver après et quitter avant les autres élèves.

Devant l’incertitude de la situation, les parents cherchent d’autres écoles pour leurs garçons. Ils reçoivent des offres d’autres établissements privés. «Certains professeurs nous l’ont un peu reproché, signale Julie. Ils nous disaient : “lâchez-nous pas!”»

Le 21 juin, la direction du Séminaire des Pères Maristes annonce par écrit à tous les parents que les six garçons seront réintégrés à la rentrée 2018-2019. Les sanctions imposées sont qualifiées d’appropriées dans les circonstances. 

Les parents des garçons partent en vacances, sûrs que leurs fils retrouvent leur milieu scolaire à l’automne. «J’avais eu l’assurance de l’école qu’on reprenait mon garçon sauf si un ordre de la cour venait interdire les contacts avec les plaignantes», explique Luc.

Aucun ordre n’est venu; les engagements liés à une promesse de comparaître sont même tombés le 1er août.

National entre en scène

Tout l’été, les parents assistent à un crescendo de pression sur l’école de Sillery. Plusieurs chroniqueurs dans les médias, partout au Québec, critiquent la décision de réintégrer les garçons. Le collectif Québec contre les violences sexuelles lance sa pétition. Le mot-clic #pèressexistes commence à circuler. Des rumeurs de chaînes humaines à la rentrée devant les Pères Maristes se mettent à courir.

Le Séminaire des Pères Maristes embauche la firme de relations publiques National pour obtenir des conseils sur la gestion de ce qui est devenu une tempête médiatique. 

Le directeur François Sylvain (qui a refusé notre demande d’entrevue mercredi) a demandé à rencontrer tous les parents impliqués, filles et garçons, la semaine dernière pour sonder leurs intentions. Cinq des six garçons veulent rester. Le sixième s’est déjà inscrit ailleurs. Une seule des trois jeunes filles reviendra. 

«C’était la volonté de mon garçon de rester à l’école, explique Daniel. Il a la même gang de sportifs depuis le primaire, il est connu de tout le monde.»

Julie considérait aussi que les Pères Maristes restait le meilleur milieu pour son plus jeune fils parce qu’il y a toujours été bien accueilli et entouré. 

Samedi dernier, les parents se font dire de rester disponibles pour connaître l’issue d’une décision du conseil d’administration. En après-midi, ils reçoivent un appel du directeur leur annonçant que le contrat de services éducatifs de leur enfant est résilié. «On ne nous a jamais donné les motifs, affirme Luc. On nous laissait jusqu’à 18h pour confirmer si on retire nos garçons de nous mêmes ou si le conseil d’administration va de l’avant avec sa décision.»

Deux des cinq garçons décident de quitter l’école. Julie, Luc et Daniel mandatent leur avocat pour discuter avec l’avocat du Séminaire des Pères Maristes afin de trouver une solution respectueuse pour tous.

Lundi avant-midi, une journaliste de TVA est devant l’établissement de Sillery. L’avocat des trois parents se fait dire qu’il a 20 minutes pour que ses clients acceptent de retirer volontairement leur garçon avant que la station de télé annonce leur expulsion. «C’est National qui gère la patente et National veut sortir la nouvelle», écrit l’avocat. Les parents n’auront jamais le temps de faire le retrait volontaire. 

Ces derniers jours, la direction du Séminaire des Pères Maristes a reçu près de 300 lettres appuyant la réintégration des garçons de la part de parents et d’anciens étudiants.

Les parents d’un des garçons expulsés ont reçu un message d’un membre influent du conseil d’administration, qui s’inquiète de l’issue du dossier. «Je me questionne beaucoup sur ce qui se passe au sein de notre école et à l’extérieur, écrit l’administrateur. J’en suis rendu à me demander ce qui prime dans notre société : les valeurs ou ce que les médias transmettent.»

Julie, Luc et Daniel cherchent une école qui accueillera leur fils dans quelques jours. Julie a essuyé un refus d’une école privée qui avait pourtant accepté son fils à la fin juin. «On nous dit qu’il n’y a plus de place.»

* Noms fictifs

Éducation

Le compte de taxe scolaire dégonfle dans la région de Québec

Quelques propriétaires l’ont déjà en main et ont probablement fait un saut en l’ouvrant. Les autres recevront leur compte de taxes scolaires à la fin du mois, ou début septembre. Et constateront à leur tour que la facture a maigri, parfois dramatiquement.

À la Commission scolaire des Premières-Seigneuries, les lettres ont été postées la semaine dernière… Des contribuables ont appelé au siège social pour savoir s’il y avait une erreur, raconte le directeur des ressources financières, Louis Dandurand. Il faut dire que la décrue y est notable : autour de 40 % de moins à payer.

Pour ceux qui n’auraient pas été attentifs quand le gouvernement a donné sa leçon de taxation scolaire au début du printemps, M. Dadurand rappelle qu’une loi a été adoptée fin mars. Depuis, le taux d’imposition de chaque région doit être le même que le plus bas facturé par les commissions scolaires du coin. L’idée, c’est d’éliminer les disparités.

À Québec, la «riche» commission scolaire des Découvreurs se démarquait par une facturation moindre que ses voisines. Louis Dandurand explique notamment que la valeur foncière des immeubles de l’ouest de la cité, dont plusieurs centres commerciaux et bureaux, est élevée. Le taux de taxe exigé pour chaque tranche de 100 $ d’évaluation pouvait donc être inférieur.

Toutes les autres commissions scolaires de la Capitale-Nationale doivent donc adopter le taux des Découvreurs, cette année. Résultat, tous les contribuables observent un rétrécissement du paiement exigé… sauf ceux des Découvreurs. 

En fait, il y aura une petite réduction pour eux aussi, mais elle sera sans commune mesure. Car la nouvelle formule de calcul prévoit également que la première tranche de 25 000 $ de la valeur foncière d’un bâtiment ne compte plus dans le calcul ce qui permet de réduire légèrement le compte.

La situation est la même pour les résidents du secteur géré par la commission scolaire des Navigateurs, en Chaudière-Appalaches. «Il n’y a pas de baisse du taux de taxes dans notre cas parce que nous étions les plus bas. Les autres commissions scolaires s’arriment avec notre taux parce que nous étions les plus bas», observe la coordonnatrice du service des communications, Louise Boisvert.

Les commissions scolaires périphériques connaîtront cependant une diminution significative.

Compensation

La baisse des comptes de taxes résulte-t-elle en des pertes pour les commissions scolaires? «On ne perd rien. C’est compensé à 100 %», assure Mme Boisvert. Les services aux élèves ne devraient pas en pâtir, selon elle.

«Pour la commission scolaire, ça se fait à coût nul», indique à son tour Louis Dandurand, des Premières-Seigneuries. Le «manque à gagner» — quelque 30 millions $ dans son cas — est épongé par le gouvernement. 

Ce qui est retranché sur le compte de taxe scolaire est récupéré dans l’autre poche, en somme.

Pour avoir un aperçu du compte à recevoir, visitez www.taxescolaire.gouv.qc.ca. Suffit de choisir votre région, puis votre commission scolaire.