L’histoire de Eunice et Delphine Banza, réfugiées congolaises débarquées à Québec en 2014 sans leurs parents, avait touché plusieurs lecteurs du Soleil. Élèves finissantes de l’école secondaire Vanier de 17 ans et 18 ans, les sœurs sont empêtrées dans les dédales de l’administration fédérale.

Voyage scolaire en péril: «On a annoncé aux filles qu’elles ne viendraient pas»

«Nous avons annoncé aux filles aujourd’hui [lundi] qu’elles ne viendraient pas avec nous. Nous sommes dévastés. On va avoir le cœur gros de les laisser à Québec.»

L’histoire de Eunice et Delphine Banza, réfugiées congolaises débarquées à Québec en 2014 sans leurs parents, avait touché plusieurs lecteurs du Soleil. Élèves finissantes de l’école secondaire Vanier de 17 ans et 18 ans, les sœurs sont empêtrées dans les dédales de l’administration fédérale.

Résumons : depuis un an et demi, elles amassent des fonds avec une quinzaine d’autres élèves pour un voyage humanitaire au Costa Rica. Elles avaient déjà participé à un séjour aux États-Unis avec l’école, sans embûches majeures; leur statut de résidente permanente suffisait pour franchir la douane de Donald Trump.

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Mais le Costa Rica est plus exigeant. Dès l’été 2018, elles ont donc entrepris les démarches pour obtenir leur citoyenneté canadienne, ce qui permettait ensuite de mettre la main sur le passeport canadien exigé par le pays d’Amérique centrale. 

Leur oncle, qui a déposé sa demande en même temps qu’elles, a décroché le sésame. Pas les sœurs Banza. 

Leur dossier de citoyenneté a tourné en rond. La tante et tutrice des Banza a mal compris les directives, a rempli un premier formulaire en tant que mère. Puis a recommandé en cochant la case «tutrice». Mais le mal était fait, le dossier venait de déraper. 

Le bureau du député-ministre Jean-Yves Duclos est intervenu. Sans le succès espéré.

Intervention de la consule

Les profs ont alors interpellé Le Soleil et ICI Radio-Canada dans l’espoir de secouer les autorités. 

Il y a eu des échos jusqu’à l’ambassade du Costa Rica à Ottawa. La consule au Canada a tenté d’intercéder en faveur des élèves de Québec, a tenté de leur obtenir un passe-droit. Sans succès. «Jeudi, on a reçu un message de la consule», raconte l’enseignant de sciences, Martin Ouellet. «La réponse est : “Non”.»

Lundi donc, à deux semaines du départ, les trois professeurs accompagnateurs ont dû se rendre à l’évidence. Avec les vaccins à recevoir, le passeport manquant, les achats à faire avant de fermer la valise et les autres préparatifs, il était temps de faire cesser le suspense. Ils ne voulaient pas entretenir de faux espoirs. 

«On a annoncé aux filles, qu’à moins d’un miracle, c’était impossible», laisse tomber avec émotions Martin Ouellet. «On a tout tenté ce qui était à notre portée.»

«Je suis extrêmement déçu», témoigne-t-il. «On avait juste 15 élèves avec trois accompagnateurs; le groupe était soudé serré.»

Lundi, Delphine et Eunice ne se sont pas présentées au cours d’espagnol hebdomadaire avec les autres. Les sœurs ne pouvaient pas supporter. «Les filles sont très déçues.»

«Ça fait un an et demi qu’on travaille sur ce voyage-là», répète l’enseignant, choqué. Les jeunes ont investi chacune plusieurs centaines de dollars en plus d’en amasser environ 2700 $ pour participer à l’aventure. Sommes qui pourraient être perdues.

Résilience

Néanmoins, au-delà du dépit, les sœurs Banza ont fait preuve de résilience, note M. Ouellet. L’école prépare un autre séjour, à Boston celui-là. Pendant la relâche, pendant que leurs amis seront au Costa Rica, elles ont dit aux profs qu’elles vont travailler pour amasser les sous nécessaires au voyage chez l’oncle Sam.