En raison des compressions budgétaires, l'administration de l'Université Laval a dû annuler un congrès mondial sur la productivité prévu à l'automne.

Usage du français à l'Université Laval: brèches dans la politique linguistique?

Une nouvelle association étudiante vient de voir le jour pour agir en tant que «chien de garde» de la Politique sur l'usage du français à l'Université Laval. C'est en raison du «trop grand nombre d'infractions potentielles» à cette Politique que Dominique Beaulieu a fondé la branche lavalloise du Mouvement Québec français sur le campus.
Adoptée par le conseil d'administration de l'Université Laval en 2004, la Politique s'inscrit dans le prolongement des travaux réalisés par la Commission des États généraux sur la situation et l'avenir de la langue française au Québec. Elle est partie prenante d'une volonté de valorisation et de promotion de la langue française comme moyen de production, de diffusion et de rayonnement de la culture scientifique, artistique, littéraire et professionnelle.
Dans ce document tenant sur moins de deux pages, on précise que «le français est la langue d'usage à l'Université Laval. Il est la langue normale d'enseignement et d'apprentissage, la langue de communication et la langue de travail».
On y précise, entre autres, que les enseignants et les chercheurs ont la responsabilité de s'exprimer dans un français de qualité. Ceux-ci doivent également privilégier, «à qualité scientifique et pédagogiques égales, l'utilisation de manuels, de recueils de texte et d'outils didactiques en français», tout comme ils doivent utiliser, «à qualité scientifique et à portées égales, les canaux francophones pour la diffusion des résultats de leurs travaux scientifiques». Idem pour les étudiants, qui, de surcroît, doivent rédiger leur essai, leur mémoire ou leur thèse en français «à moins d'une autorisation spéciale de leur direction de programme».
Dominique Beaulieu et les six membres de son conseil d'administration considèrent que l'Université est trop laxiste quant à l'application de ladite Politique. «J'ai l'impression que les règles sont élastiques ou que les gens ne sont pas au courant de leur existence. Soit qu'ils ne sont pas informés, soit qu'ils s'en foutent», mentionne le doctorant en génie électrique, membre du Mouvement Québec français de la Capitale-Nationale et collaborateur ponctuel à Impératif français. Celui-ci préside la nouvelle association étudiante comptant une quinzaine de membres, qui en attend une dizaine d'autres pour être officiellement accréditée et reconnue par l'Université Laval.
Des exemples
Parmi les «infractions potentielles» titillant le plus M. Beaulieu, on note des sites Internet internes, tel celui d'ArcticNet - un réseau de scientifiques et de gestionnaires étudiant les impacts des changements climatiques dans l'Arctique canadien côtier - dont certaines sections ne sont disponibles qu'en anglais. «La version française sera disponible bientôt», peut-on lire sur une page diffusant une recherche sur «la région arctique de l'Ouest et Central [sic]», dirigée par Gary Stern et coordonnée par Ashley Gaden de l'Université du Manitoba. D'autres travaux, dirigés par les professeurs lavallois Louis Fortier et Steeve Côté, par exemple, ne présentent que des résumés en anglais.
Autre accroc soulevé par les défenseurs de la langue française est la publication d'articles rédigés en anglais dans des revues acceptant autant les propositions anglophones que francophones. C'est le cas notamment de Richard Marcoux et Mamadou Kani Konaté, de la Faculté des sciences sociales, qui ont publié dans la langue de Shakespeare un article portant sur la francophonie en Afrique dans la revue bilingue African Population Studies, acceptant aussi des textes en français.
Manque de leadership
M. Beaulieu y voit peut-être un certain manque de leadership de la part de l'institution, notamment lorsqu'il voit, sur le site de Rio+20, une courte présentation de l'Université Laval, accompagnée d'une photo du recteur Denis Brière, écrite uniquement en anglais. «D'autres universités, francophones ou hispanophones, ont fait le choix de parler de leurs projets de développement durable en français ou en espagnol, alors que l'Université Laval le fait en anglais. Une erreur inadmissible, d'autant plus que le français est une langue officielle à l'ONU [Organisation des Nations Unies]», fait valoir M. Beaulieu.
Jean-Paul Perreault, président d'Impératif français à Gatineau, observe depuis un certain temps «une dérive qui conduit les universités à s'éloigner de plus en plus de leur mission d'établissement de haut savoir de la francophonie». «Venant de la part de la plus vieille université francophone en Amérique du Nord, on pourrait s'attendre à un comportement exemplaire pouvant servir d'inspiration à l'ensemble des établissements», affirme celui qui, en janvier, a envoyé un courriel à la secrétaire générale de l'Université Laval pour officiellement porter plainte. Cette missive demeure à ce jour lettre morte.
Personne à la direction de l'Université Laval n'a pu donner suite à la demande du Soleil vendredi au sujet de la Politique sur l'usage du français.