Université Laval: six diplômes sur dix remis à des femmes

Les toges noires ont la cote cette fin de semaine et la fin de semaine prochaine à l'Université Laval alors que des milliers d'étudiants recevront un diplôme qui marque, pour la plupart, la fin de leur parcours universitaire. À cette occasion, l'UL a relevé les faits saillants de cet événement d'envergure. Alors qu'en 1975, les hommes étaient presque deux fois plus nombreux à obtenir un diplôme que les femmes, 42 ans plus tard, les données sont inversées. Aujourd'hui, 6 diplômes sur 10 sont remis à des femmes. Que révèle cette statistique? Le Soleil a fait le point sur quelques aspects de la diplomation à l'Université Laval.
En 2017, 61,8 % des diplômes ont été décernés à des femmes (6955) et 38,2 % à des hommes (4294).
Les femmes sont généralement plus nombreuses sur les bancs d'université et plus nombreuses à obtenir un diplôme partout au pays, indique Andrée-Anne Stewart, conseillère en relations avec les médias à l'Université Laval. «L'UL n'est pas une université à part. Nos chiffres suivent ce qui se passe ailleurs.»
S'agit-il donc d'une bonne nouvelle sur toute la ligne? Pas tout à fait, croit la professeure au Département de management et titulaire de la Chaire Claire-Bonenfant, Hélène Lee-Gosselin. Le nombre élevé de femmes qui obtiennent un diplôme de premier cycle est certes encourageant, puisqu'il témoigne que l'éducation supérieure leur est accessible. Le hic, c'est que les femmes seraient inscrites en proportion beaucoup moins élevée aux cycles supérieurs que les hommes. 
«Plus tu montes dans l'échelle académique, plus le pipeline a des trous. La question est préoccupante. Comment se fait-il que la probabilité qu'une fille passe du premier au deuxième cycle est moins bonne que le taux de passage des gars?» demande Mme Lee-Gosselin.
Selon la professeure, certains pensent à tort qu'il est de la responsabilité de l'étudiante de choisir ou non de poursuivre des études graduées. Elle constate toutefois que les femmes anticiperaient négativement une carrière en recherche en raison des «rapports genrés entre les niveaux d'éducation». 
«Si, dans le corps professoral, tu as une majorité de gars, est-ce que c'est imaginable que la majorité puisse avoir une tentation à engager du monde brillant qui leur ressemble un peu? Il y aurait une plus grande propension pour les hommes à recruter des hommes, et une plus grande propension pour les femmes à recruter des femmes», souligne Mme Lee-Gosselin, qui précise que les corps professoraux sont en majorité composés d'hommes. 
La socialisation des jeunes filles et des garçons aurait une part de responsabilité dans le fait que les femmes aient tendance à considérer des domaines axés sur «le fait de prendre soin des autres» une fois le temps de choisir un domaine d'études.
«Pourquoi t'orienterais-tu nécessairement vers la médecine familiale si tu es une fille alors que tu pourrais faire de la chirurgie ou aller en gynécologie [des spécialités souvent associées aux hommes]?» questionne l'experte. 
Hélène Lee-Gosselin nuance donc cette statistique porteuse, au premier coup d'oeil, d'une bonne nouvelle: «Il faut célébrer les filles, mais il ne faut pas passer sous silence que les filles sont moins présentes aux niveaux supérieurs.»
Du nombre total de diplô­mes décernés, 7876 sont des diplômes de 1er cycle, 2836 de 2e cycle et 345 de 3e cycle.
L'Université Laval enregistre une hausse de 5,3 % sur cinq ans du nombre de diplômes remis. Il s'agit cependant d'une donnée préliminaire puisque d'autres diplômes seront remis à ceux qui terminent leurs études cet été.
Si on constate une hausse du nombre de diplômes, ce chiffre ne signifie pas la même chose que le nombre de diplômés, prévient Andrée-Anne Stewart, alors que des étudiants peuvent obtenir plus d'un diplôme lors d'une même collation des grades. 
La tendance est peut-être à la hausse, mais l'UL ne peut prédire avec certitude si celle-ci se maintiendra au cours des prochaines années. «Nous n'avons pas de boule de cristal. On travaille très fort au recrutement et pour enrichir notre offre de formation», commente Mme Stewart. L'université du troisième âge ainsi que la formation continue élargissent l'offre de formation. 
En 2017, 10,6 % des diplômés sont des étudiants étrangers ou résidents permanents. 
Les diplômés étrangers étaient un peu plus nombreux cette année en comparaison avec les années précédentes. Cette tendance à la hausse risque de se poursuivre. «C'est clair que c'est une priorité de miser à l'international, autant en terme de recrutement qu'en terme de partenariat», avance Mme Stewart. L'institution recrute des étudiants dans tous les pays du monde, précise-t-elle, et déploie beaucoup d'efforts dans la francophonie. 
La nouvelle rectrice Sophie D'Amours a récemment reconnu que l'UL devra composer avec des défis de recrutement. Le recrutement étranger ferait partie de la solution pour compenser les effets négatifs du creux démographique qui est observé.