Éric Bauce, vice-recteur exécutif et au développement, Guy-Aume Descôteaux, président de la CADEUL, Geoffroy Boucher, vice-président finances de la CADEUL, et Denis Brière, recteur

Université Laval: les étudiants géreront la cafétéria du Desjardins-Pollack

L'Université Laval octroie à ses étudiants de premier cycle la gestion de la cafétéria d'un de ses gros pavillons, le Alphonse-Desjardins-Maurice-Pollack. Une entente conclue sans appel d'offres qui fera gonfler le chiffre d'affaires annuel de leur association de quelque 2,5 millions $. La CADEUL gérera donc presque 10 millions $ de cotisations et de revenus d'entreprise.
L'autorité universitaire a signé un accord de gré à gré avec la Confédération des associations d'étudiants et étudiantes de l'Université Laval (CADEUL). «Il n'y a pas eu d'appel d'offres», confirme le vice-recteur exécutif et au développement, Éric Bauce. La pratique serait tout à fait légale puisque l'établissement n'a pas donné de «contrat». Elle a plutôt négocié un bail de cinq ans pour la location de la cafétéria, dit-il. Le loyer? Environ 12 % des revenus bruts, avec un minimum de 295 000 $ par année à verser au propriétaire.
Cette transaction fera engraisser la CADEUL. «C'est sûr que c'est un gros morceau!» convient d'ailleurs le président, Guy-Aume Descôteaux. Les étudiants ont néanmoins aiguisé leurs dents avant d'obtenir ce nouveau contrat : ils exploitent le Pub du campus, un dépanneur ainsi que trois cafés. Le chiffre d'affaires administré tourne autour de 7 millions $, montant auquel il faudra additionner les revenus de la cafétéria.
«On est habitué de gérer des entreprises de cette taille-là», commente le vice-président aux finances de la CADEUL et président de toutes les filiales marchandes, Geoffroy Boucher. Ce modèle de gestion des commerces par les étudiants peut créer la surprise parce qu'il est moins répandu dans les universités francophones, selon lui. «Mais c'est quelque chose de très, très commun dans la culture anglophone.»
Vendredi, en conférence de presse, le recteur Denis Brière était aux anges. On multipliait les qualificatifs joyeux : «Une grande annonce», «Une excellente nouvelle», «Un projet d'envergure»... Le grand patron de l'Université se félicite surtout de pouvoir compter sur un nouveau lieu de formation où les étudiants pourront travailler et mettre en pratique leurs apprentissages théoriques. Son bras droit, Éric Bauce, parle d'un «super laboratoire vivant».
Les étudiants soulignent, en outre, que leur approche de «développement durable» sera plus au diapason du milieu. Avant les profits, ils entendent négocier un «virage santé» puis favoriser l'achat local équitable ainsi que la récupération et la valorisation des déchets.
Voilà un an que la CADEUL tente de décrocher ce contrat. Elle a réuni la communauté universitaire dans une campagne de lobbyisme «Cuisine campus» qui lui a permis de récolter des appuis et de développer son concept. «Nous avons su relever le défi!» célèbre un des porteurs de ballon, le vice-président finances, Geoffroy Boucher.
Les étudiants avaient essuyé une défaite amère en 2005. Ils avaient alors tenté de déloger la multinationale Sodexo qui exploite des cafétérias et des casse-croûte dans sept autres pavillons du campus de la capitale. La CADEUL sera-t-elle tentée d'offrir ses services dans un an, à l'échéance de ce contrat? «C'est beaucoup plus gros», souligne Guy-Aume Descôteaux, le président. Les étudiants vont digérer la grosse bouchée du Desjardins-Pollack et verront ensuite s'ils ont encore faim.
La CADEUL recevra les clés de la cafétéria le 1er juin. Elle entend profiter de l'été pour réaménager le lieu. Le «bail» de cinq ans est renouvelable pour cinq années supplémentaires.