Un premier «coup de semonce» à l'Université Laval

En conflit de travail pour la première fois en 35 ans avec ses employés de soutien, l'Université Laval a reçu jeudi un premier avertissement : un blocus de toutes les entrées du campus pendant l'heure de pointe matinale. Et les syndiqués promettent d'autres types de coups d'éclat si aucun signe positif ne leur parvient de la direction.
«On voulait essentiellement envoyer un message à la haute administration. C'est un coup de semonce. Si l'administration ne comprend pas, on répétera et ce seront des moyens encore plus lourds. On y va en gradation», a averti Éric-Yan Zubrzycki, conseiller syndical du Syndicat des employés et employées de l'Université Laval (SEUL).
Après avoir fait du piquetage entre 7h30 à 9h sur les routes menant au campus, les employés ont fait la grève jusqu'à midi, avant de reprendre le travail en après-midi. Impossible de savoir pour l'instant ce que préparent les employés pour une éventuelle prochaine journée de grève. 
Ce blocus a occasionné de nombreux maux de tête aux étudiants, automobilistes et professeurs de l'Université Laval, qui ont été coincés dans une congestion routière monstre sur le chemin Sainte-Foy, le boulevard Laurier et l'autoroute Robert-Bourassa. «Le moyen de pression qu'on a pris est quant à nous un moyen mesuré. Mais c'est sûr que ça amène un désagrément», a convenu M. Zubrzycki.
Plusieurs klaxons de conducteurs mécontents se sont fait entendre durant la période de piquetage, des étudiants ont dû stationner leur voiture plus loin et marcher jusqu'au campus, mais la police de Québec soutient qu'il n'y a eu aucune altercation ou arrestation. 
La majorité des cours ont commencé en retard ou ont été perturbés par l'absence de techniciens, l'Université Laval ayant décidé à l'avance de ne pas suspendre ses activités en cas de grève. 
Le SEUL espère que ce blocus fera bouger l'employeur, qui est resté sur ses positions lors du dernier blitz de négociations, en début de semaine. «Si on fait ça, après 35 ans sans conflit de travail, c'est qu'on juge qu'on se fait mépriser par l'Université Laval», lance M. Zubrzycki.
Le renflouement des régimes de retraite est l'un des points de discorde. Le SEUL dit avoir mis 12 millions $ sur la table, mais l'Université Laval lui en demanderait le double. «L'Université est extrêmement gourmande. Elle voudrait avoir le beurre et l'argent du beurre», croit M. Zubrzycki.
Les employés ne digèrent pas non plus les demandes de mobilité de l'employeur. «L'Université voudrait pouvoir mettre qui elle veut, où elle veut, quand elle veut, sans aucune règle», déplore le conseiller syndical. 
Réplique de Bauce
Ayant jusqu'à maintenant refusé de négocier sur la place publique, la haute direction a décidé de sortir de son mutisme en fin d'après-midi jeudi. Le vice-recteur exécutif Éric Bauce, responsable des négociations, a envoyé une déclaration écrite à la communauté universitaire. 
Il reconnaît que deux points achoppent, mais précise «qu'il n'est pas question, compte tenu des valeurs de l'Université Laval, de déplacer un employé au sein de l'organisation, que ce soit pour de courtes ou de longues durées, sans son accord.»
Pour ce qui est des régimes de retraite, la direction estime que «les retraités font partie de la solution» et qu'ils doivent contribuer, au nom de l'équité intergénérationnelle. «Nous pensons que le fardeau des déficits des régimes de retraite ne peut être exclusivement porté par les personnes présentement en emploi au sein de notre institution», écrit M. Bauce, qui dit vouloir respecter l'esprit de la nouvelle loi 13. 
La direction soutient que ce principe est partagé par tous les syndicats de l'Université, sauf le SEUL, qu'il invite de nouveau à «dialoguer».
Qui a levé le blocus?
Il était difficile jeudi de comprendre qui a réellement mis fin au blocus des entrées de l'université. Le SEUL indique que c'est de son propre chef qu'elle a libéré les routes. «On avait prévu faire une levée à 9h, afin de ne pas trop nuire aux étudiants», indique M. Zubrzycki. Pierre Poirier, porte-parole de la police de Québec, soutient pour sa part que les syndiqués se sont dispersés en raison de l'arrivée des forces policières. «Ils ont très bien collaboré, mais c'était à notre demande.» La police de Québec rappelle qu'il est illégal de bloquer une voie publique et que l'action des syndiqués causait des «enjeux de sécurité publique» sur les routes attenantes. L'Université Laval a quant à elle appelé la police en renfort, mais a laissé les gens libres de faire leur piquetage avant qu'elle se rende sur place. «Pour nous, le droit à la liberté d'expression est important», a souligné la porte-parole André-Anne Stewart.