Élie Belley-Pelletier, cofondateur de la Clinique d'orthophonie sociale de Québec, tient dans ses mains le jeu de cartes des 11 quartiers de Québec, un moyen de financer le nouveau camp de jour Stimuli.

Un premier camp d'orthophonie à Québec

Une trentaine d'enfants de 4 à 6 ans qui éprouvent des difficultés de langage pourront s'amuser l'été prochain sous la supervision d'une équipe d'orthophonistes. Débutant de façon modeste, le tout nouveau camp de jour Stimuli, unique au Québec, a de grandes visées.
«Ça va être un camp comme les autres, où on va au parc et à la piscine. Mais les orthophonistes sont capables de transformer tous les jeux en activité de stimulation du langage, alors le travail qui va être fait va passer inaperçu», explique Élie Belley-Pelletier, cofondateur et directeur général de la Clinique d'orthophonie sociale de Québec, qui fêtera sa première année d'existence en février. 
Située dans Limoilou, cette clinique nouveau genre, sans but lucratif, s'est donné deux missions : offrir des consultations en orthophonie à petit prix et réinvestir les profits dans des projets sociaux et communautaires afin de combler «les trous» du système public. 
Le camp Stimuli est un des premiers projets sociaux de la Clinique. Il vise la continuité des services aux enfants alors qu'ils ne sont pas à l'école. «On va accueillir des jeunes qui ont besoin d'un suivi en orthophonie de toute façon. Mais à cause des vacances, leur suivi s'arrête durant l'été et ils arrivent en septembre avec encore plus de retard par rapport aux autres enfants de la classe», souligne Sarah Bérubé-Lalancette, orthophoniste et cofondatrice de la Clinique. 
Les enfants seront placés en groupes de 10, selon leur âge, et seront référés par des écoles ou des centres de la petite enfance (CPE). «On a déjà des intéressés. Ce qui m'inquiète, c'est de ne pas avoir assez de place pour tout le monde», avoue Mme Bérubé-Lalancette. 
Projet-pilote
Les dirigeants de la Clinique tiennent toutefois à fonctionner sous la forme d'un projet-pilote pour la première année, quitte à accueillir plus d'enfants de différents âges les années suivantes. L'été prochain, le quart des places sera offert gratuitement à des jeunes dans le besoin, tandis que les autres seront vendues 850$ pour 7 semaines, ce qui est moins dispendieux que de combiner un camp de jour et des consultations privées en orthophonie durant l'été. 
Pour financer le camp Stimuli, qui devrait d'abord se déployer dans Limoilou, la Clinique d'orthophonie sociale a lancé une campagne de sociofinancement sur La Ruche l'automne dernier et a rapidement dépassé les 10 000$ demandés. «On a constaté que la cause touche beaucoup de gens et répond vraiment à un besoin», lance M. Belley-Pelletier.
La Clinique continue de recueillir des fonds pour le camp grâce à la vente d'un jeu de cartes de style UNO, baptisé «le jeu des 11 quartiers de Québec», illustré par la bédéiste Marie Lamonde-Simard (Bulle). 
Grands besoins
L'Ordre des orthophonistes et audiologistes du Québec calcule qu'environ 10 % de la population québécoise présente des troubles de langage divers (dysphasie, bégaiement, trouble de la voix, maladies neurodégénératives, etc.). Pourtant, autant les enfants que les adultes doivent s'inscrire sur de longues listes d'attente dans le système public pour avoir accès à des services. 
«Le langage, c'est vraiment la base. Pour réussir à l'école, ça vient avant la lecture et l'écriture», atteste Mme Bérubé-Lalancette. Pourtant, elle constate que les orthophonistes qui travaillent dans le système scolaire ne parviennent pas à répondre à tous les besoins et doivent souvent se concentrer sur les cas les plus lourds. D'où la nécessité de faire de la prévention et de la formation. 
«Il y a plein de gens qui travaillent avec les enfants qui gagneraient à être mieux formés sur les problématiques du langage. Par exemple, les éducatrices en milieu familial ou les moniteurs de camp de jour des villes. On travaille en ce moment sur différents projets pour élargir notre portée», indique Mme Bérubé-Lalancette. 
Depuis quelques mois, la Clinique travaille en collaboration avec le Centre de pédiatrie sociale de Québec. Elle a également reçu des appels d'orthophonistes de plusieurs régions du Québec intéressés à ouvrir des cliniques semblables dans leurs villes. «On n'a pas la mentalité de faire des succursales ailleurs. Par contre, même si notre clinique est très jeune, on est prêts à soutenir des gens qui voudraient adopter le même modèle que nous ailleurs», lance M. Belley-Pelletier.