Chez les étudiants, ce nouvel examen et les sanctions qui l'accompagnent en cas d'échec — ultimement, l'exclusion du programme — ne sont pas très bien accueillis.
Chez les étudiants, ce nouvel examen et les sanctions qui l'accompagnent en cas d'échec — ultimement, l'exclusion du programme — ne sont pas très bien accueillis.

Un examen de français qui fait suer les futurs profs

Daphnée Dion-Viens
Daphnée Dion-Viens
Le Soleil
Le nouvel examen national de français donne du fil à retordre aux futurs profs. Dans certains programmes, à peine 25 % des étudiants obtiennent la note de passage, ce qui cause bien des maux de tête aux facultés et aux départements d'éducation.
Depuis cet automne, tous les étudiants en éducation doivent se plier au même examen, le Test de certification en français écrit pour l'enseignement (TECFEE), qui vise à rehausser la maîtrise de la langue de Molière chez les futurs profs. Les étudiants doivent réussir cet examen avant leur troisième stage, qui survient généralement pendant la troisième année de leur baccalauréat de quatre ans. Le seuil de réussite est fixé à 70 % et les étudiants ont droit à deux reprises. En cas d'échec, l'étudiant est suspendu du programme pour une durée d'un an. Au terme de cette année, il a droit à une seule et ultime reprise. Un autre échec entraîne son exclusion du programme d'enseignement.
Passeriez-vous le test?
La majorité des universités ont fait passer l'examen pour une première fois à leurs étudiants cet automne. À l'Université Laval, le taux de réussite est de 60 % pour le baccalauréat en enseignement préscolaire et primaire, alors qu'il est de 70 % en enseignement secondaire. Les résultats varient par ailleurs selon les programmes enseignés au secondaire, le plus bas score étant de 39 % pour les étudiants au baccalauréat en éducation physique.
Le doyen de la faculté des sciences de l'éducation de l'Université Laval, Marcel Monette, considère que les résultats «ne sont pas si catastrophiques que ça. On donne aux étudiants énormément de mesures de soutien pour qu'ils réussissent le test», dit-il. À Laval, tous les étudiants en enseignement doivent se plier à des cours de rattrapage en français s'ils échouent l'examen diagnostic qu'ils doivent passer lors de leur admission.
Cours obligatoire
À l'Université de Montréal (UdM), le taux de réussite global était de 51 % en mai, lorsqu'un premier groupe d'étudiants s'est frotté à l'examen. Il a chuté à 44 % cet automne. Tous les étudiants en enseignement de l'UdM suivent un cours obligatoire en français au début de leur formation. «Selon les indications que j'ai, les étudiants ici font relativement bien. J'imagine que ça peut être pire ailleurs», affirme Michel Laurier, doyen de la faculté des sciences de l'éducation.
Dans le Bas-Saint-Laurent, à l'Université du Québec à Rimouski (UQAR), les résultats sont en effet plus faibles. Les étudiants qui ont passé l'examen pour la première fois en septembre l'ont réussi à 50 % en adaptation scolaire, à 44 % en enseignement secondaire et à 25 % en enseignement préscolaire et primaire.
Il a été impossible d'obtenir les résultats des autres universités. Dans certains cas, les données n'avaient pas encore été compilées.
Pour expliquer les faibles résultats à l'UQAR, la coordonnatrice du Centre d'aide à la réussite, Élisabeth Haghebaert, rappelle que les exigences à l'admission sont probablement moins élevées en région. «Certaines universités peuvent se permettre d'être plus sélectives. Ce n'est pas le cas chez nous. On doit accepter des étudiants dont la cote R est faible. Il faut regarder d'où ils partent. Mais il ne faut pas paniquer parce que le taux d'échec est élevé. L'idée, c'est de pouvoir enfin repartir sur de meilleures bases», dit-elle.
Plusieurs étudiants de l'UQAR qui ont échoué à l'examen en septembre l'ont toutefois réussi lors de la première reprise, en janvier. De 25 %, le taux de réussite est passé à 47 % en enseignement préscolaire et primaire. Même scénario pour les deux autres programmes, où les résultats ont grimpé à 67 % en adaptation scolaire et à 69 % en enseignement secondaire.
«Il y a une bonne progression. On a bon espoir d'en sauver d'autres à la deuxième reprise. Ceux qui travaillent peuvent y arriver», affirme Mme Haghebaert. Plusieurs étudiants fréquentent le Centre d'aide à la réussite. Ce sont les questions de vocabulaire qui leur donnent souvent le plus de fil à retordre, ajoute la coordonnatrice.
Chez les étudiants, ce nouvel examen - et les sanctions qui l'accompagnent - n'est pas très bien accueilli. «On n'est pas encore rendu à voir les aspects positifs, même si on est d'accord pour dire que les profs doivent maîtriser le français», dit Nathan Béchard, de l'Association étudiante en enseignement secondaire de l'Université Laval.
Même si certains étudiants arriveront à s'en tirer lors de la première ou de la deuxième reprise, bon nombre d'entre eux seront forcément suspendus de leur programme d'études l'automne prochain. Un constat qui cause bien des inquiétudes. «Le cours de français qu'on offre aux étudiants fait une différence importante, lance Michel Laurier. Mais une fois qu'on a fait ça, qu'est-ce qu'on fait après avec eux?»