Depuis vendredi, la ministre Hélène David refuse d’accorder des entrevues sur la situation à la TÉLUQ parce qu’une enquête est actuellement en cours.

TÉLUQ: explications d’Hélène David réclamées

Certains se réjouissent de son départ, d’autres pas. Les tuteurs et les professeurs de l’Université TÉLUQ s’entendent toutefois pour réclamer des explications sur la surprenante destitution de leur directeur général, Martin Noël.

Vendredi soir dernier, la ministre de l’Enseignement supérieur, Hélène David, a relevé provisoirement M. Noël de ses fonctions, en raison de «sérieuses anomalies» dans sa gestion de l’université qui offre 100 % de ses cours à distance. Une enquête est présentement en cours, mais rien n’a encore filtré sur le type de faute qu’il aurait commise. 

«On est en état de crise», lâche Denis Robichaud, président du Syndicat des professeurs et professeures de la Télé-université (SPPTU). M. Robichaud a convoqué une réunion d’urgence de ses membres mardi, à laquelle la moitié des 95 professeurs de la TÉLUQ ont répondu présents. 

«On est en plein développement actuellement, et là, les gens sont inquiets», raconte-t-il. Surtout qu’il s’agit de la deuxième crise que vivent ses membres en moins de trois ans. À l’automne 2015, la dg Ginette Legault avait quitté précipitamment son poste alors que le gouvernement Couillard songeait à tout simplement abolir la TÉLUQ. 

M. Robichaud ne comprend pas le geste de Mme David, à qui il demande des explications rapidement. Certainement avant la rentrée, en septembre. «Qu’elle nous laisse pas dans le brouillard comme ça et dans l’incertitude […]Mme David, on ne veut pas la brusquer ou lui lancer des roches. Sauf que, il y a une question de la crédibilité de la TÉLUQ qui est importante», commente M. Robichaud. 

Denis Robichaud, président du Syndicat des professeures et professeurs de la Télé-université, ne comprend pas que la ministre David ait relevé de ses fonctions le directeur général de l’institution.

Du jamais-vu

Selon lui, le geste de la ministre David constitue du jamais-vu dans le milieu universitaire québécois. Aucun ministre de l’Enseignement supérieur n’a fait rouler la tête d’un dirigeant universitaire de cette façon avant, croit M. Robichaud. En 2015, l’ex-rectrice de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) Nadia Ghazzali a été forcée de démissionner, mais seulement après l’enquête de la vérificatrice général du Québec sur ses pratiques de gestion. Elle n’a pas été suspendue pendant le processus.

Sous le couvert de l’anonymat, un employé de la TÉLUQ raconte que des étudiants appellent, inquiets quant à leur choix de poursuivre leur formation dans cette université. 

Depuis vendredi, la ministre David refuse d’accorder des entrevues sur la situation à la TÉLUQ parce qu’une enquête est actuellement en cours. 

Caroline Quesnel, présidente de la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ-CSN), se réjouit quant à elle du geste posé par Mme David. «C’est le résultat de pressions qu’on a mis sur elle», soutient Mme Quesnel, qui représente les tuteurs de la TÉLUQ. 

Depuis des mois, le syndicat des tuteurs dénonce les pertes d’emplois qui affectent ses membres et le contrat que la TÉLUQ a signé avec l’Institut MATCI, qui s’occupe d’accompagner des immigrants étudiant à la TÉLUQ.

Mme Quesnel s’inquiète toutefois du manque de transparence entourant l’opération et réclame aussi des explications de la ministre avant le mois de septembre. «Il plane un doute énorme sur tout ce qui se passe là-bas. Ça entache l’établissement, ça entache le travail des gens.»

La présidente la FNEEQ comprend que Mme David veut être prudente à l’aube de la campagne électorale provinciale, sauf «qu’elle a des obligations envers la population et envers les étudiants», plaide-t-elle. 

Avare de commentaires, le service de communications de la TÉLUQ a simplement publié un communiqué lundi pour rassurer ses 20 000 étudiants. «La situation actuelle n’a pas d’impact sur le trimestre en cours ou ceux à venir», écrit-il.

Un directeur général par intérim sera nommé par l’Assemblée des gouverneurs du réseau de l’Université du Québec mercredi.