Sophie D'Amours, première rectrice de l'UL

Pour la première fois de son histoire, l'Université Laval compte une femme à la tête de son comité de direction. Sophie D'Amours, ex-vice-rectrice à la recherche et à la création, a été élue rectrice, mercredi matin, dès le premier tour - une autre première - avec 50,7 % des voix du collège électoral. Elle a coiffé au fil d'arrivée le vice-recteur exécutif Éric Bauce (42,1 %) et le doyen de la Faculté d'administration Michel Gendron (7,1 %).
En entrevue au Soleil, à l'issue de sa victoire, Mme D'Amours, 51 ans, a expliqué qu'elle avait senti sur le campus une volonté de changement pendant la campagne électorale, amorcée à la mi-février. Son style de gestion «différent» de son prédécesseur, Denis Brière, a de toute évidence influencé le vote du collège électoral, composé de 145 personnes. Cinq n'ont pas pris part au scrutin.
«J'apporte un modèle de gestion plus ouvert, collaboratif. Je suis dans une dynamique de travail d'équipe. Mon thème de campagne était ''L'avenir ensemble''. Dans ma façon de faire, j'ai beaucoup compté sur l'expertise des gens et je vais continuer de le faire.
«Ç'a été une campagne de terrain, poursuit-elle. J'ai mangé le midi dans les cafétérias avec les étudiants et les collègues. On a beaucoup discuté. J'ai bien saisi leurs messages, leurs ambitions, leur envie de contribuer.»
Sophie D'Amours, qui a commencé sa carrière comme professeure au Département de génie mécanique en 1995, entrera en fonction le 1er juin. Dans un premier temps, la nouvelle élue compte présenter ses collaborateurs au conseil d'administration de l'établissement. Elle lancera ensuite, «dans les premiers mois», un plan de planification stratégique, composé entre autres d'un volet numérique et d'internationalisation de l'université, «deux gros morceaux».
La nouvelle rectrice a réitéré son engagement d'abolir les bonis d'après-mandat des hauts dirigeants de l'université qui avaient défrayé la manchette il y a deux ans. «Tout le monde a bien saisi que la façon d'organiser la rémunération globale des hauts dirigeants n'avait pas d'acceptabilité sociale. Le message a été bien entendu.»
Grand honneur
Mme D'Amours a qualifié de «grand honneur» d'être la première femme à présider aux destinées de la plus vieille université francophone d'Amérique du Nord, fondée en 1852. Vingt-cinq hommes avaient été élus avant elle. «On prend ça bien humblement. C'est beaucoup d'émotions. Je suis fière de porter le message aux femmes, de leur montrer que ces postes leur sont accessibles.»
Fille de l'ex-président du Mouvement Desjardins Alban D'Amours, la nouvelle rectrice avait été nommée l'automne dernier coprésidente du comité-conseil sur la Stratégie québécoise de la recherche et de l'innovation. Elle est également présidente du conseil d'administration du Centre de recherche industrielle du Québec.
François Blais, ex-doyen de la Faculté des sciences sociales, aujourd'hui ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale, a salué sa victoire. «C'est une femme brillante, dynamique, qui peut apporter un souffle nouveau à l'université. Je suis bien content pour elle.»
Gendron se rallie, Bauce discret
Michel Gendron, qui a terminé en troisième position au scrutin, s'est immédiatement rallié à son adversaire. Son discours ne renfermait aucune animosité. «Je lui offre tout mon appui. Sophie fera une excellente rectrice. J'ai confiance qu'elle va faire un bon travail. Elle a fait une excellente campagne, bien structurée. Elle possède une équipe rompue à l'administration universitaire. Elle représente le changement. Je suis très heureux de la façon dont ça se termine.»
M. Gendron, 60 ans, compte retourner à son poste de doyen de la Faculté des sciences de l'administration.
Le vice-recteur exécutif Éric Bauce n'a pas retourné l'appel du Soleil. Avec la collaboration de Patricia Cloutier.
Moment charnière
Sophie D'Amours, qui a commencé sa carrière comme professeure au Département de génie mécanique en 1995, entrera en fonction comme rectrice le 1<sup>er</sup> juin.
La Confédération des associations d'étudiants et d'étudiantes de l'Université Laval (CADEUL) qualifie de «moment charnière» l'élection d'une nouvelle dirigeante à la tête de l'établissement. Dans un communiqué, le président Samuel Rouette-Fiset indique «qu'un message clair de la place des étudiants et étudiantes pour cette nouvelle administration doit être envoyé dès maintenant» (...) Il est temps de passer de la parole aux actes.» Les relations de l'institution avec la Ville de Québec, la qualité de l'enseignement, la place des technologies, le rayonnement international sont les autres thèmes débattus pendant la campagne que la CADEUL compte avoir à l'oeil dans les cinq prochaines années.  Normand Provencher
Labeaume salue le «très gros changement» à venir
Le maire de Québec prévoit «un très gros changement» pour l'Université Laval avec l'élection de Sophie D'Amours. Un changement pour le meilleur, selon Régis Labeaume, qui n'a pas manqué de décocher quelques flèches au recteur sortant, Denis Brière.
«J'adore que ce soit une femme comme Sophie. Pas juste parce qu'elle est une femme, mais parce que c'est une fille qui a travaillé énormément dans la valorisation de la recherche», a commenté le M. Labeaume qui connaît la nouvelle rectrice «depuis un bon moment».
Le maire de Québec a aussi reconnu mercredi le travail du candidat défait et vice-recteur Éric Bauce. «J'ai adoré le travail qu'Éric a fait. Je pense qu'il souffre du règne de son patron. J'ai toujours dit : "Éric, si tu perds, ce ne sera pas de ta faute"», a ajouté le maire de Québec.
Il a en effet pas manqué de critiquer l'administration du recteur sortant, Denis Brière.
Lors qu'il a rencontré les trois candidats dans la course au rectorat, le maire a évoqué les relations entre son administration et l'institution d'enseignement.
«Je leur ai dit que ça ne se peut pas que l'Université Laval et la Ville ne travaillent pas ensemble plus étroitement. C'est le blâme que j'ai sur l'ancien règne. On a des fonds d'investissement, on fait du développement économique. Le coeur de l'avenir économique à Québec, moi je pense que c'est l'Université Laval. Sophie, elle pense exactement comme ça.»
Régis Labeaume est aussi revenu sur la gestion de la crise dans la foulée des agressions sexuelles survenues en octobre dans un pavillon des résidences universitaires.
«Avec ce qui s'est passé dans les derniers mois, on a senti que notre niveau de préoccupation pour certains événements n'était pas le même», a-t-il laissé tomber à propos de Denis Brière.
Le maire de Québec avait en effet été très critique devant la réaction jugée tardive de la direction de l'Université Laval lors des événements. «Je trouve ça un petit peu tard. Il y a des filles qui se sont fait agresser. Il faut que ce monde-là sente du soutien rapidement. Et ça, ça peut juste venir des autorités», avait-il lancé.  Valérie Gaudreau