«Sextage»: des écoles privées veulent s'outiller contre le phénomène

MONTRÉAL - Des cas récents de jeunes qui s’échangent des images intimes ont fait les manchettes, notamment avec l’arrestation de six élèves d’une école secondaire de Québec le printemps dernier. Pour mieux prévenir et gérer cette problématique dans ses établissements membres, la Fédération des établissements d’enseignement privés (FEEP) organise une conférence sur le «sexto», le 10 janvier prochain au Centrexpo Cogeco de Drummondville.

La journée de conférence est organisée en collaboration avec le Centre canadien de protection de l’enfance, le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), le Service de police de St-Jérôme et d’autres organismes d’aide aux jeunes.

La «Conférence Sexto: mieux comprendre pour mieux agir» prévoit des ateliers sur la prévention du «sexto» en milieu scolaire, les manières d’intervenir du point de vue de l’école, de la police, de la justice et des médias ainsi que sur des programmes d’aide offerts aux écoles.

Il s’agit de la première phase du projet qui sera suivi d’une tournée des 191 écoles membres de la FEEP pour mieux former les intervenants directement dans les écoles. Une troisième phase prévoit d’offrir un service d’accompagnement aux écoles lorsque des cas surviennent.

Ce projet financé en partie par le gouvernement du Québec pourrait ensuite être déployé dans l’ensemble des écoles de la province, selon la directrice générale de la FEEP Nancy Brousseau.

La problématique de «sextage» englobe tout échange de matériel lié à la sexualité entre des élèves pour prévenir les cas d’intimidation et d’extorsion. Des cas récents ont été fortement médiatisés, notamment lors de l’arrestation d’élèves du séminaire des Pères Maristes à Québec et lorsqu’un élève de la Commission scolaire de la Riveraine, au Centre-du-Québec, a été filmé nu à son insu.

«Il faut être dans une bulle pour ne pas s’apercevoir que l’auto-exploitation sexuelle est une problématique de société», souligne Mme Brousseau.

Elle précise que tous les jeunes impliqués dans des incidents du genre sont traités comme des victimes. «Soit des victimes parce qu’ils ont partagé leur propre photo ou parce qu’ils ont partagé d’autres photos de manière bien mal avisée», explique-t-elle.

«Les lois actuelles sont là pour protéger les enfants contre des délinquants adultes qui produiraient du matériel pornographique juvénile. Mais appliquer des lois pour adultes à des mineurs, ce n’est pas toujours bien avisé», estime la directrice générale de la FEEP.

Selon elle, il faut d’abord déterminer si le geste était véritablement malveillant ou s’il s’agit d’une erreur de parcours d’adolescent.

«Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y aura pas une prise en charge du DPCP et des accusations», prévient l’organisatrice de la conférence.

Le Programme Sexto a été développé par des policiers de Saint-Jérôme et permettrait d’intervenir rapidement pour régler les cas de partage d’images intimes entre adolescents. Une intervention rapide aurait pour effet de réduire la gravité de l’impact sur les jeunes impliqués.

«Au lieu d’embarquer dans l’engrenage judiciaire et de prendre de très longs délais, ils peuvent se régler en quelques jours. C’est là tout l’intérêt du programme Sexto», indique Nancy Brousseau.

Par communiqué, le président de la FEEP, David Bowles, qui est aussi directeur général du Collège Charles-Lemoyne, note que l’envoi de «sextos» a bien souvent lieu en dehors des murs de l’école, mais que les répercussions se font sentir dans le milieu scolaire.

Il ajoute que les jeunes peuvent être profondément affectés et que l’école doit pouvoir intervenir efficacement, ce qui nécessite d’outiller le personnel adéquatement.

«Je ne crois pas que nos écoles se sentent impuissantes, mais elles sentent qu’elles ne sont pas outillées de manière maximale», reconnaît Nancy Brousseau pour ajouter à la pertinence du projet.

Des cas médiatisés

Six élèves de 13 et 14 ans du Séminaire des Pères maristes de Québec ont été arrêtés en mai dernier en lien avec le partage de photos sexuellement explicites de trois étudiantes. Cinq d’entre eux ont été formellement accusés en septembre.

Des accusations diverses ont été déposées contre les jeunes prévenus dont leurre, extorsion, partage d’une image intime sans consentement, possession de pornographie juvénile et distribution de pornographie juvénile.

Dans un autre dossier très médiatisé, un élève de 11 ans de la Commission scolaire de la Riveraine a été filmé à son insu alors qu’il se trouvait nu dans une salle de bain. La vidéo a été publiée en ligne par la suite.