À l'école Coeur-Vaillant, on a commencé à remplacer les anciens modules de jeu, pour les récréations des élèves.

Sécurité dans les aires de jeu: deux poids, deux mesures

Les balançoires, glissoires et échelles qui font le bonheur des élèves à la récréation sont loin d'être aussi sécuritaires que celles des garderies. L'équipement des services de garde doit être certifié alors que celui des écoles n'est soumis à aucune réglementation, déplore l'Institut québécois pour la sécurité des aires de jeu (IQSAJ).
En début de semaine, Le Soleil publiait les résultats d'une étude sur les cours d'école réalisée par la Direction de la santé publique de la Capitale-Nationale. On y apprenait notamment qu'une école primaire sur trois a au moins un module de jeu âgé de plus de 15 ans, ce qui peut représenter «un risque de blessures pour les enfants en raison de l'usure des matériaux».
Un constat qui n'étonne guère Sylvie Melsbach, directrice technique de l'IQSAJ. Les écoles ne sont pas tenues de se conformer à la norme canadienne sur la sécurité des appareils de jeu, contrairement aux garderies, explique-t-elle.
«Depuis 2004, le ministère de la Famille oblige tous les services de garde à faire certifier leur aire de jeu à tous les trois ans, afin de s'assurer qu'elles sont conformes à la norme. C'est une mesure qui a été applaudie dans le réseau», dit-elle. Cette réglementation a été mise en place à la suite d'un accident mortel, survenu à la fin des années 90. La tête de l'enfant était restée coincée dans une structure de jeu.
Au niveau municipal, plusieurs villes ont aussi élaboré des règlements, ajoute Mme Melsbach. «Mais il n'y a rien du côté des écoles», déplore-t-elle. L'Institut donne régulièrement des formations sur la sécurité et l'inspection des aires de jeu mais une seule commission scolaire a fait appel à ses services jusqu'à maintenant. «On est à peu près jamais interpellé par le réseau scolaire», dit-elle.
Pourtant, la mise en place d'une certification serait assez simple, ajoute la directrice : «C'est facilement gérable. La preuve, ça se fait dans tous les services de garde au Québec.»
Si la norme canadienne était respectée, il serait par exemple interdit de faire jouer les enfants dans un module de jeu l'hiver lorsque la surface au sol est glacée. «On installe des surfaces absorbantes sous les jeux pour amortir les chutes. Mais l'hiver, la surface peut être très dure», rappelle Mme Melsbach, qui affirme que 75 % des blessures qui laissent des séquelles sont causées par des chutes.
Le modèle ontarien
La directrice de l'Institut est convaincue que la certification des aires de jeu en milieu scolaire pourrait réduire le nombre de blessures. C'est d'ailleurs ce qui s'est produit en Ontario, où les écoles doivent se conformer à la norme canadienne depuis 1998.
Une étude publiée en 2005 dans le Canadian Medical Association Journal lui donne raison. Des chercheurs de l'Université York ont étudié les impacts de cette nouvelle réglementation, qui a mené au retrait d'équipement peu sécuritaire dans 136 écoles primaires de Toronto. Une mesure qui a permis d'éviter 550 blessures, concluent les chercheurs.
«La norme canadienne est un outil efficace pour identifier les appareils de jeu potentiellement dangereux. Le remplacement de l'équipement non sécuritaire est une stratégie efficace pour prévenir les blessures dans les cours d'école», peut-on lire.