«Pour être heureux dans la vie, autant sur le plan professionnel que sur le plan personnel, il faut avoir la sagesse d'abandonner parfois», selon la conseillère en orientation Isabelle Falardeau.

Savoir quand décrocher de son rêve

«C'est un peu tabou de dire: décroche.» Mais la conseillère en orientation Isabelle Falardeau croit qu'on doit parfois prononcer ces mots devant certains jeunes qu'elle considère comme des «rêveurs enlisés».
Son discours est à contre-courant. Dans son nouveau livre «Le piège de la persévérance: comment décrocher d'un rêve impossible», Mme Falardeau explique aux parents, aux enseignants et aux professionnels comment accompagner un jeune qui fait «son deuil» de la carrière qu'il avait choisie.
«J'ai écrit ce livre-là sous le coup de l'exaspération. J'en ai marre d'entendre les discours de persévérance à tout prix. Quand on veut, on peut. Oui, mais même si un jeune veut devenir astronaute, s'il n'a pas le dossier scolaire qu'il faut, je regrette, mais ça ne marchera pas.»
Ces jours-ci, des milliers de jeunes Québécois vivent des déceptions, car ils apprennent s'ils ont été acceptés ou non dans le programme d'études convoité. En médecine, 90% des candidatures sont rejetées. En techniques policières, c'est 74%.
Sur le terrain, Mme Falardeau constate que les parents conseillent souvent à leur enfant de réessayer l'an prochain, de ne pas lâcher, qu'ils vont finir par réaliser leurs rêves. «Personne veut jouer les rabat-joie, personne veut dégonfler la balloune des jeunes.»
«Acharnement vocationnel»
La conseillère en orientation considère qu'une personne franchit la ligne de «l'acharnement vocationnel» quand elle essuie des refus pendant 4 ou 5 ans, sans avoir pensé à «une bouée de sauvetage». Et dans ce cas, la famille et les amis font souvent partie du problème, car ils «poussent trop» dans une seule direction.
Quand quelqu'un réessaie souvent et se bute systématiquement à un mur, il cumule des échecs, ce qui n'est pas très bon pour son estime personnelle. «Pour être heureux dans la vie, autant sur le plan professionnel que sur le plan personnel, il faut avoir la sagesse d'abandonner parfois. Il ne s'agit pas de viser plus bas, mais de viser plus près de soi», exprime Mme Falardeau, qui était également psychologue.
Par exemple, on peut demander au jeune ce qui l'attire dans la profession d'acteur, de sportif professionnel ou de grand scientifique. Il pourra ensuite faire un travail sur lui-même, se poser des questions sur ses valeurs, ses forces, ses faiblesses et voir comment il pourrait trouver une gratification ailleurs.
«L'indécision, c'est extrêmement désagréable. On ne sait pas où s'en aller, on est dans le brouillard total», soutient Mme Falardeau. Voilà pourquoi, selon elle, tant de jeunes qui s'acharnent sur un seul choix de carrière sont en fait, de grands indécis. «Ils regardent ce qui est valorisé au lieu de faire une introspection en eux-mêmes. Ils ont peur, ça les angoisse.»
Pour la conseillère en orientation, il est tout à fait normal que les jeunes adultes changent d'idée. Selon Statistique Canada, seuls 10% des jeunes conservent le même choix de carrière entre l'âge de 15 et 25 ans.