Les représentantes de Red Bull distribuaient également des boissons gratuitement à la radio étudiante du campus, CHYZ 94,3 FM.

Red Bull a enfreint un règlement de l'Université Laval

L'entreprise Red Bull a contourné les règles de l'Université Laval à quelques reprises en distribuant gratuitement sa boisson énergisante dans différents pavillons. Chaque fois qu'elles ont été vues, ses représentantes ont été averties et ont quitté les lieux sans problème.
À quelques reprises à l'automne, un étudiant en sciences fréquentant les pavillons Vachon et Vandry a vu deux filles dans la vingtaine débarquer sur l'heure du midi avec des sacs à dos et distribuer leur marchandise aux étudiants. Environ la moitié d'entre eux acceptaient l'offre, selon le jeune homme qui a préféré garder l'anonymat.
«Certains disaient : "Non, c'est pas bon pour la santé". Mais on voyait que les filles étaient là pour faire de la publicité, elles disaient : "Ce sont juste des produits naturels".» L'établissement a pourtant des politiques qui interdisent ce type de sollicitation.
L'Université Laval n'autorise aucune sollicitation commerciale auprès de ses étudiants sur le campus. Des équipes de promotion des produits de marque Red Bull, sans autorisation de circuler sur le campus, ont déjà été aperçues à quelques reprises dans différents pavillons.
«Lorsque de telles situations se produisent, nous intervenons. Nous nous assurons notamment que les personnes non autorisées quittent les lieux immédiatement», mentionne dans un courriel Andrée-Anne Stewart, du Service des communications.
Selon elle, les personnes concernées ont bien collaboré chaque fois. Elle ne peut dire combien de fois cela s'est produit, car les avertissements ne sont pas répertoriés, mais «il ne s'agit pas d'une problématique, ce n'est pas arrivé tous les jours ou toutes les semaines, sinon il y aurait eu d'autres mesures», dit-elle.
Systématique
Les représentantes de Red Bull distribuaient également des boissons gratuitement à la radio étudiante du campus, CHYZ 94,3 FM. «C'était une fois aux deux mois, c'était systématique», a expliqué au Soleil un ancien employé de la station. Pourtant, aucune entente ne liait Red Bull à la petite radio de campus. L'actuel directeur général de CHYZ, Jean-Philippe Duphily, a dit ne pas avoir vu les représentantes «depuis l'été».
Vérification faite dans d'autres institutions, les cégeps de Sainte-Foy et Garneau et les écoles secondaires de la commission scolaire des Découvreurs n'ont pas eu connaissance de telles visites. Au Cégep Limoilou, par contre, les visiteuses se sont activées à l'extérieur des propriétés de l'établissement.
«Red Bull s'est effectivement déjà présenté sans autorisation lors d'une rentrée ou lors de tournois comme la Coupe de l'Est. [Les jeunes filles] offraient les Red Bull aux jeunes à l'extérieur des terrains et des campus du Cégep puisque nous n'autorisons pas ce type de sollicitation ou distribution à l'intérieur ou l'extérieur de nos sites», écrit la porte-parole Thérèse Lafleur.
Dans ce cas, il n'y a guère d'autre action à poser que la sensibilisation, dit-elle, ajoutant que «Coke avait eu la même approche l'an dernier au Festival intercollégial de danse».
McGill aussi
Une étudiante de l'Université McGill a raconté au Soleil avoir été témoin elle aussi de la visite d'une escouade de Red Bull à la mi-décembre, dans la bibliothèque. Elle souligne que cela se passait tard le soir, en période d'examen. Beaucoup d'étudiants acceptaient, dit-elle.
Red Bull n'a pas répondu aux interrogations du Soleil. Sa directrice des communications aux bureaux de Toronto, Emily Palley-Samson, a simplement affirmé que l'entreprise ne commentait pas ses stratégies de marketing.
Bien que légales, les boissons énergisantes dans leur ensemble n'ont pas bonne presse auprès des organisations qui se préoccupent de santé publique. L'Association pour la santé publique du Québec réclame même que leur vente soit interdite aux moins de 18 ans. La caféine qu'elles recèlent et les importantes quantités de sucre sont particulièrement montrées du doigt.
En octobre 2012, Le Soleil écrivait que 86 incidents avaient été rapportés à Santé Canada en lien avec les boissons énergisantes, dont trois décès que le Ministère ne pouvait toutefois relier de façon certaine à leur consommation.
Le cardiologue Paul Poirier avait alors confié qu'il est maintenant courant de voir arriver des jeunes à l'hôpital avec des palpitations cardiaques. Selon lui, la solution passait toutefois davantage par l'éducation que par l'interdit, qui a un effet attractif sur les jeunes.
Pour Émilie Dansereau-Trahan, le marketing utilisé par Red Bull n'a pas sa place dans une université. Santé Canada, à qui elle a signalé la situation, a répondu que la distribution gratuite est interdite auprès des jeunes de 16 ans et moins; elle ne serait donc pas interdite à l'université.