Ce n’est que le 27 novembre dernier, après plus d’un an de recherches, que Mélissa Robidoux Paré a trouvé une place en garderie pour Noah, né en mars dernier.

Recherche d’une place en service de garde: un casse-tête pour certains parents

Trouver une place en garderie, peu importe le milieu, cause des maux de tête à bien des parents. Plusieurs établissements souhaiteraient pour leur part accueillir plus de bambins, mais attendent depuis des mois le feu vert de Québec pour ajouter de nouvelles places.

Ce n’est que le 27 novembre que Mélissa Robidoux Paré a trouvé une place en garderie pour Noah, né en mars dernier. Elle l’a dénichée le matin même, en naviguant sur Internet. « J’ai écrit un e-mail à la responsable, on s’est parlé le midi pour que j’aille visiter la garderie et je signais le contrat le soir même ! , lance-t-elle. Je voulais être sûre de ne pas manquer ma place ! »

La jeune mère de famille cherchait une place pour son poupon depuis plus d’un an. « Je me suis inscrite sur la liste d’attente 0-5 ans quand j’ai atteint 12 semaines de grossesse, sur le conseil d’amies. Je trouvais qu’elles exagéraient en me recommandant de m’y mettre aussi tôt... », raconte la Waterloise, qui était jusqu’alors inscrite sur la liste d’attente d’une douzaine de CPE, en plus d’avoir communiqué avec une trentaine de responsables de services de garde (RSG).

« Plusieurs me disaient de les recontacter après les Fêtes, commente la dame, qui connaît d’autres mères dans sa situation. Mais comme je recommence à travailler le 12 janvier, ça me laissait peu de temps. Dans le pire des cas, ma mère, qui n’est pas retraitée, était prête à prendre un congé sans solde pour s’occuper de mon fils pour que je retourne au travail. »

Il lui en coûtera 30 $ par jour pour envoyer Noah à la garderie, ce qui ne dérange pas Mme Robidoux Paré. « Tout ce que je voulais, c’était une place », indique-t-elle.

Nancy Allen, propriétaire de l’École Bee Lingue, à Farnham, attend depuis près d’un an que Québec attribue de nouvelles places à la garderie privée de son établissement.

« Je pourrais faire des heureux »

D’autres parents, qui n’ont pas eu autant de chance que Mme Robidoux Paré, pourraient bien devoir prolonger leur absence du travail et se priver de salaire, faute d’avoir une éducatrice à qui confier leur enfant à la fin de leur congé parental, craint Nancy Allen, propriétaire de l’École Bee Lingue, à Farnham, qui abrite également une garderie privée.

Mme Allen indique attendre depuis près d’un an qu’on lui attribue de nouvelles places. « Je pourrais en combler une douzaine tout de suite, précise-t-elle. J’ai mes plans, tout est prêt, mais on ne peut pas avancer sans le feu vert du ministère. »

La femme d’affaires mentionne être approchée par au moins trois ou quatre familles chaque semaine dans l’espoir de dénicher une place. « Les gens sont prêts à payer pour que leur enfant aille en garderie ; il ne faut que des places soient disponibles », lâche celle qui dit avoir communiqué plusieurs fois avec le ministère de la Famille, en vain.

« Je communique avec le gouvernement, et on me dit toujours de patienter. J’ai fait la même chose auprès de ma députée, Isabelle Charest. On m’a promis une visite en mars, puis en avril et en mai, mais il ne s’est toujours rien passé », déplore-t-elle.

« Je ne coûte rien à l’État et je pourrais faire des heureux, renchérit Mme Allen. Ce qui me rend triste, c’est que je suis obligée de refuser des familles qui ne se retrouvent nulle part parce qu’il n’y a pas de place. »

Dix ans avant d’être implantées

Des parents à la recherche d’une place pour leur enfant, des établissements prêts à en accueillir davantage : que se passe-t-il au niveau de l’attribution des places qui pourrait expliquer cette situation ?

En février, le ministère de la Famille annonçait mettre en place des mesures concrètes pour accélérer l’implantation de places en services de garde, alors que 42 000 enfants attendaient qu’on leur en attribue une. En effet, plus de 11 000 places ayant été annoncées dans la province entre 2011 et 2013 n’ont toujours pas été créées, et ce, « pour un paquet de raisons », indique Alexandre Noël, de la direction des communications du ministère.

« Les demandeurs doivent respecter des conditions bien précises, dans un délai maximal de 24 mois, explique-t-il. Si les demandeurs n’y parvenaient pas, les places étaient récupérées et offertes à nouveau à d’autres projets. »

De plus, 8000 autres places existantes n’avaient toujours pas été réparties par les bureaux coordonnateurs, entre autres parce qu’il n’y avait pas suffisamment de services de garde en milieu familial disponibles pour les accueillir.

Quelques mois plus tard, le ministère annonçait que 15 000 de ces 19 000 places tablettées depuis une décennie étaient en voie de se concrétiser. Près des deux tiers de celles-ci devraient être ouverts d’ici 24 mois, soit le délai maximal que les quelque 180 demandeurs doivent respecter.

Vu les courts délais imposés par notre demande, le ministère de la Famille n’a pas été en mesure de nous revenir avant la publication de ce reportage avec le nombre de places réellement implantées depuis le début de l’année.

Dans Brome-Missisquoi, plus de 150 places sont en voie d’être réalisées grâce aux mesures d’accélération mises en place par le ministère, a précisé Maryse Dubois, attachée de presse de la députée Isabelle Charest.

Selon les informations qu’elle a transmises à La Voix de l’Est, 65 places seront créées au CPE Le Papillon Bleu en mai 2021 et 80 autres places seront ajoutées au CPE Le Château des Frimousses en juin de la même année. Le CPE Le Zèbre Carotté pourra pour sa part accueillir sept chérubins de plus à compter de mai 2021. En Haute-Yamaska, le CPE Rayon de Soleil devrait avoir 39 nouvelles places à combler d’ici le 11 juin 2021.