D'ici 5 ans, le gouvernement prévoit investir 915 millions $ dans le programme «Partir du bon pied», qui ne vise que les deux premières années d'école. Ça représente la moitié des investissements du gouvernement pour le primaire et le secondaire.

Québec fait le pari d'agir tôt en éducation

La part du lion de l'argent neuf en éducation ira dans les classes de maternelle et de première année. Le ministre de l'Éducation Sébastien Proulx fait «le pari» que c'est en agissant dès les premiers pas de l'enfant à l'école qu'il haussera le taux de diplomation à la fin du secondaire. «C'est là que ça se passe», croit-il.
D'ici cinq ans, le gouvernement prévoit investir 915 millions $ dans le programme «Partir du bon pied», qui ne vise que les deux premières années d'école. Ça représente la moitié des investissements du gouvernement pour le primaire et le secondaire.
M. Proulx n'abaisse pas le ratio d'élèves par enseignant, mais ajoute une ressource supplémentaire dans chaque classe. Par exemple, un éducateur spécialisé, un enseignant ou un orthophoniste viendra donner un coup de main à tous les élèves qui apprennent à lire, à écrire et à compter. 
Dès septembre prochain, 1500 nouvelles ressources seront engagées dans les écoles et ce nombre devrait passer à 7200 d'ici cinq ans. Sylvain Mallette, président de la Fédération autonome de l'enseignement (FAE), ne croit pas que ce soit réaliste. «Les gens ont quitté la profession en masse! Il peut bien annoncer le nombre de postes qu'il veut, ça n'atterrira pas», prévoit-il. 
Le ministre Proulx est conscient qu'il s'agit de beaucoup de monde, mais il soutient que le Québec «a la capacité de faire ces embauches». 
Le ministre veut aussi mettre les parents dans le coup, en leur consacrant 2 millions $ par année. Dans toutes les écoles primaires, ceux-ci seront invités à des conférences ou des ateliers sur le développement cognitif de leurs enfants, la nouvelle grammaire ou l'estime de soi. 
Le budget ne prévoit aucune nouvelle classe de maternelle 4 ans. Seul le 200 $ par enfant de 4 ans qui fréquente un service de garde éducatif, annoncé la semaine dernière, devient une mesure qui perdure dans le temps.
Josée Bouchard, présidente de la Fédération des commissions scolaires du Québec, se réjouit de ces nouvelles sommes «substantielles». «On a l'impression d'avoir été entendus.» Corinne Payne, présidente de la Fédération des comités de parents, est heureuse qu'on se préoccupe de réussite dès le plus jeune âge, mais s'inquiète pour les enfants «qu'on a déjà échappés». Ceux qui sont déjà en 6e année par exemple et qui ont fait les frais des compressions des années précédentes.
«Ce qui nous choque le plus, c'est qu'avec la marge de manoeuvre qu'on a, on n'aille pas plus loin que ça. L'éducation n'est pas la priorité de ce gouvernement», commente pour sa part Louise Chabot, présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ). 
Enseignement supérieur
Québec prévoit aussi envoyer du sang neuf dans les cégeps et les universités. De nouveaux professeurs, chargés de cours et professionnels pour les étudiants en difficulté seront engagés au cours des prochaines années. «On me parle d'amphithéâtres surchargés, d'augmentation de clientèle et je crois que le budget répond à ça», a commenté Hélène David, ministre de l'Enseignement supérieur. 
L'enveloppe de 1,1 milliard $ sur cinq ans n'est toutefois pas suffisante aux yeux de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) et de l'Union étudiante du Québec (UEQ) et ne compense en rien les compressions passées.
En chiffres
• 1500 nouveaux éducateurs, enseignants et professionnels au primaire et au secondaire dès septembre
• 500 nouveaux professionnels et professeurs dans les cégeps et universités dès septembre
Bientôt un eCampus
Toutes les universités québécoises pourront bientôt travailler ensemble pour offrir des cours en ligne. Le gouvernement a annoncé mardi la création prochaine d'un eCampus pour le Québec, financé à partir d'une enveloppe de 100 millions $ destinée au numérique. Ce portail web servira à mettre en commun l'expertise universitaire pour mieux la vendre à l'international, comme le fait l'Ontario ou la France. «Nous devons occuper la place qui nous revient dans la Francophonie», croit Hélène David, ministre de l'Enseignement supérieur. L'université à distance TÉLUQ demande depuis plusieurs mois la création d'une telle instance. La ministre David soutient qu'elle pourrait avoir «un rôle à jouer» dans le futur eCampus.
Un labo pour construire l'école du futur
«On est capables au Québec de construire les écoles les plus stimulantes au monde», a lancé le ministre de l'Éducation Sébastien Proulx mardi. C'est pourquoi le budget prévoit 1,5 million $ pour la création d'un «Lab-École», un laboratoire qui réunira des chercheurs, des architectes et des enseignants, qui penseront «en dehors de la boîte» et créeront ni plus ni moins que l'école du futur, un lieu qui devrait stimuler les apprentissages. M. Proulx croit qu'il est urgent de changer le cadre de référence du ministère de l'Éducation en ce qui a trait à la construction des nouvelles écoles. «Avec le même dollar, on peut construire des écoles totalement différentes. On le voit quand on va ailleurs», soutient M. Proulx.