Le ministre de l’Éducation Sébastien Proulx publie mardi son livre Un Québec libre est un Québec qui sait lire et écrire.

Proulx espère faire bouger le monde de l’éducation avec son livre

Le Québec doit avoir le courage de «faire face aux immobiles» et transformer les écoles pour qu’elles soient plus agiles, écrit le ministre de l’Éducation Sébastien Proulx dans son livre «Un Québec libre est un Québec qui sait lire et écrire», qui paraît mardi. Un bouquin qu’il se défend toutefois de publier pour faire avancer sa carrière politique.

En entrevue au Soleil, M. Proulx avoue qu’il n’est pas quelqu’un de «patient», alors qu’en éducation, les transformations prennent du temps à se réaliser. «Force est de constater que notre société compte plus de gardiens du statu quo que d’accélérateurs de changements», écrit celui qui occupe le poste de ministre de l’Éducation depuis deux ans. 

«Ce braquage instantané, presque automatique» de certains intervenants est «démoralisant», juge-t-il. Vise-t-il les syndicats? «Je ne les vise pas eux seulement. Moi, je pense que ceux à qui le chapeau fait le mettront.» 

Ailleurs dans le monde, des gouvernements investissent massivement en éducation et en technologie, même dans les pays en émergence. «J’ai une crainte qu’on ne fasse pas les transformations assez rapidement» au Québec, évoque M. Proulx. Il donne l’exemple du Gabon, qui a quadrillé le pays avec de la fibre optique, accessible pour toutes les écoles. «Nous, on est encore en train de dérouler du fil pour pouvoir couvrir l’ensemble de notre territoire [avec Internet à haute vitesse].» 

«Pendant que nous, on a des tableaux blancs interactifs et un petit débat sur les tablettes, en Chine, on équipe les classes avec des casques de réalité virtuelle pour apprendre. On est ailleurs», ajoute M. Proulx. Le ministre dit ne pas vouloir imiter ces pays, mais il veut s’assurer que le Québec ne soit pas en retard. 

Le ministre devrait annoncer au cours des prochains mois comment la stratégie numérique du gouvernement se déploiera dans les écoles. L’introduction de notions de codage informatique devrait être au menu. 

M. Proulx sent que l’éducation sera un enjeu important de la prochaine campagne électorale parce qu’il y a «une génération qui va mettre l’éducation dans ses priorités. C’est les plus jeunes». Alors que la plupart des partis politiques ont déjà pris des engagements qui touchent ce sujet, le ministre se dit prêt à être «au cœur de cette tempête positive». 

Un risque

M. Proulx est conscient que de coucher ses idées sur papier alors qu’il est ministre en exercice comporte «un risque» au niveau des perceptions. Parce qu’au Québec, contrairement à la France, ça se fait peu, ou pas du tout. 

À ceux qui croient à une tentative de faire cavalier seul, le ministre libéral soutient qu’il a tenu son chef Philippe Couillard informé de ses intentions l’automne dernier. M. Proulx a ensuite rédigé le livre d’un trait, au début janvier, et M. Couillard n’aurait par la suite exigé aucun changement. Le premier ministre sera d’ailleurs présent au lancement qui aura lieu dans une librairie de Sainte-Foy mardi soir. 

«J’ai pas fait ça pour me positionner moi, j’ai fait ça pour positionner ces sujets-là dans l’actualité: la culture générale, la littéracie, la valorisation de l’éducation», explique M. Proulx. Son intention était aussi de «laisser une trace». 

Le livre du ministre Proulx s’inscrit dans une lignée de bouquins publiés ces derniers mois par des politiciens québécois qui disent tous chercher à combattre le cynisme ambiant. Le caquiste Simon Jolin-Barrette a publié en janvier J’ai confiance. Réflexions (sans cynisme) d’un jeune politicien, tandis que la péquiste Catherine Fournier a publié en novembre Milléniaux, ayons l’audace d’agir. En 2016, le caquiste Jean-François Roberge avait aussi publié sa vision de l’éducation dans le livre Et si on réinventait l’école?

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VISER L'INTERNATIONAL

Le ministre Proulx a beaucoup aimé sa rencontre de l’UNESCO à Paris, l’automne dernier. «Je suis revenu convaincu que le Québec se doit d’aller ouvrir des écoles québécoises ailleurs dans le monde, comme le font d’autres nations», écrit-il dans son livre. Le ministre cite en exemple le Nouveau-Brunswick, qui a ouvert une école en Chine en 2016. Les élèves de la maternelle à la 12e année suivent les programmes du Nouveau-Brunswick et reçoivent un diplôme de cette province à la fin de leur parcours. Le ministre Proulx y voit une façon de faire rayonner la culture québécoise à l’international. En entrevue, il assure qu’il y a «des pays qui pourraient être intéressés», mais il ne sait pas encore si cette avenue pourrait être financièrement payante pour le Québec. 

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UNE MAÎTRISE POUR ÊTRE PROF?

Certaines commissions scolaires au Québec manquent de  profs à l’heure actuelle. Le ministre ne veut pas baisser les exigences pour répondre à ce besoin, mais plutôt les rehausser. Il évoque des pistes de réflexion dans son livre: exiger l’obtention d’un diplôme universitaire de 2e cycle (maîtrise) pour enseigner ou mettre sur pied de la formation continue obligatoire. «Il faut une révolution, pour passer à une valorisation au point de sélectionner l’élite pour occuper l’emploi le plus important dans une société», écrit M. Proulx. Le ministre n’a pas abandonné l’idée de créer un Ordre professionnel des enseignants, en échange de quoi les enseignants auraient davantage d’autonomie dans leur classe. 

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LE RETOUR DE LA CULTURE GÉNÉRALE

M. Proulx consacre un chapitre de son livre au retour d’une culture générale forte dans les écoles. Grand passionné d’histoire, le ministre croit que c’est en ayant des connaissances de base dans plusieurs domaines que l’élève québécois pourra mieux faire face aux transformations du marché du travail et prendre de bonnes décisions dans l’ère numérique. Il cite Luc Ferry, ancien ministre de l’Éducation en France, qui soutient que nous devons «augmenter notre intelligence naturelle si nous ne voulons pas devenir les esclaves de l’intelligence artificielle». M. Proulx dit vouloir réviser le régime pédagogique, qui dicte tout ce qui est enseigné à l’école, mais ne précise pas comment il s’y prendra.