Débutant normalement vers l'âge de 2 ou 3 ans, les jeux de bataille atteignent un pic lorsque l'enfant atteint 8 ans avant de devenir moins fréquents.

Plaidoyer pour les jeux de bataille dans les CPE

Interdits depuis des décennies dans la plupart des centres de la petite enfance (CPE), les jeux de bataille devraient être tolérés, afin que les enfants apprennent à gérer leur force et à mieux interagir en société, croit le chercheur Daniel Paquette.
Jouer à la lutte, se pousser, se poursuivre, s'agripper, se colletailler. Pour l'éthologue et professeur en psychoéducation de l'Université de Montréal Daniel Paquette, ces comportements sont tout à fait normaux entre un père et son fils et chez les enfants entre eux. Pourtant, dans la plupart des garderies et dans le système scolaire, ces jeux physiques ne sont pas les bienvenus, car ils sont associés à de la violence. 
«Je travaille sur la violence depuis des années et on met tout là-dedans. Je suis un peu tanné de ça. Il faut démystifier la notion de violence. Quand c'est un jeu, c'est un jeu, c'est pas de la violence», martèle M. Paquette en entrevue téléphonique. 
Invité à donner son avis d'expert à la Commission sur l'éducation à la petite enfance, M. Paquette a publié cet automne le mémoire «Figures paternelles, jeux de contact physique et adaptation socioémotionnelle des jeunes enfants.» Il y recommande entre autres de permettre les jeux de bataille et les jeux symboliques de guerre entre enfants lors de la période de jeux libres en CPE. Du même souffle, il propose d'implanter un programme pour agir auprès des enfants agressifs. 
D'après ses observations, les risques qu'une bataille amicale entre enfants dégénère en vraie bataille sont infimes. Selon des études, ça arrive dans 0,006 % des cas. «Il y a un lien d'attachement qui se crée entre les enfants quand ça se passe bien. Ceux qui se bataillent le plus souvent sont les plus grands chums», illustre M. Paquette. La recherche indique également que ces jeux physiques apprennent aux enfants à réguler leurs émotions et à résoudre pacifiquement les conflits. 
Débutant normalement vers l'âge de 2 ou 3 ans, les jeux de bataille atteignent un pic à l'âge de 8 ans avant de devenir moins fréquents. Ceux qui y sont initiés jeunes, avec leur père ou une figure paternelle de leur entourage, apprennent à saisir ce qu'est une réelle menace et ont moins tendance à se sentir attaqué au moindre geste. 
Jeux de pouvoir
M. Paquette explique que tous les petits mammifères jouent à se battre entre eux. Les humains ne font pas exception et, comme dans le règne animal, les garçons sont naturellement plus enclins à le faire que les filles. Par contre, les jeux de guerre, où un superhéros combat un méchant et où un chevalier tente de contrer un dragon, sont typiques aux humains et s'apparentent davantage à des jeux de rôle. 
«Les enfants ont quelque chose à apprendre là-dedans. Une hypothèse est que ces jeux amènent un certain apprentissage des relations politiques et des relations de pouvoir avec les autres», soumet M. Paquette. Et même si les fusils-jouets ont presque disparu des tablettes des magasins, les enfants trouvent quand même une façon de jouer à la guerre. «Ils prennent des blocs LEGO ou leurs doigts et font "pow-pow". Il ne faut pas s'en inquiéter. À moins que ça prenne 90 % du temps de jeu pendant des mois et des mois», explique le chercheur.
M. Paquette définit la violence comme «un abus de pouvoir d'une personne sur une autre». Il croit donc qu'en garderie, il faut seulement s'assurer que ce ne soit pas «toujours le même qui a le dessus sur l'autre», en apprenant aux petits l'affirmation de soi. 
Après avoir mené des consultations tout l'automne, la Commission sur l'éducation à la petite enfance doit faire un bilan de la situation et rendre publiques des recommandations au printemps prochain.
Le chercheur Daniel Paquette
Trop peu d'éducateurs dans les garderies
Alors que les pères s'impliquent de plus en plus auprès de leurs enfants, «les figures masculines disparaissent quand un enfant arrive à la garderie», déplore le chercheur Daniel Paquette. Dans son mémoire, il recommande à la Commission sur l'éducation à la petite enfance de faire en sorte d'augmenter le nombre d'hommes dans les services de garde. Selon les derniers chiffres du ministère de la Famille, qui datent de 2013, le réseau des CPE et des garderies en installation compte environ 32 000 employés dont 98 % sont des femmes. 
Selon M. Paquette, ce très faible ratio d'hommes dans le réseau s'explique par un moins grand intérêt pour la profession, mais aussi parce qu'un homme en contact avec des enfants est rapidement considéré comme suspect.  «Il y a quelques cas qui surgissent, de temps en temps dans les médias, d'hommes qui ont abusé d'enfants dans des services de garde. C'est malheureux, mais on dirait que comme société, on a développé une grande peur des abus. Sauf que cette peur est exagérée par rapport à la réalité», commente M. Paquette. 
Changer la perception
Le chercheur déplore qu'un homme ne puisse plus toucher ou réconforter un enfant en bas âge sans que son geste puisse être mal interprété et fasse l'objet d'une plainte ou d'un signalement. Dans son mémoire, il suggère qu'un travail promotionnel soit fait «auprès des parents, des éducateurs et de la population générale afin de changer la perception qu'un homme soit un abuseur potentiel». 
Le nombre d'hommes dans le système d'éducation a tendance à augmenter un peu au fur et à mesure que les enfants vieillissent. Selon les dernières données du ministère de l'Éducation, il y a environ 11 % d'enseignants masculins au primaire et 36 % au secondaire.