Philippe Couillard ne croit pas que limiter l'accès des cégeps aux francophones aurait pour effet de protéger la langue française.

Pas question de restreindre l'accès au cégep en anglais, dit Couillard

Il n'est «pas question» pour le premier ministre Philippe Couillard d'obliger les francophones à fréquenter les cégeps français, comme le proposent à nouveau certains péquistes.
Le premier ministre, de passage au Saguenay-Lac-Saint-Jean vendredi, s'est fait questionner sur la proposition d'un groupe de militants du Parti québécois (PQ) de restreindre l'accès aux cégeps anglophones pour mieux protéger le français.
Il a été tranchant. «Il n'en est pas question. Je veux être bien clair; on ne fera pas ça nous autres», a-t-il répondu, invitant les péquistes à «régler leurs problèmes internes».
«Arrêtez la panique linguistique du Parti québécois», a-t-il ajouté.
M. Couillard maintient que c'est un avantage pour les jeunes Québécois d'être bilingues. Il croit refléter «une bonne partie de l'opinion» publique en affirmant que les parents veulent plus d'anglais pour leurs enfants.
«La plupart des parents francophones du Québec, et je le sais pour leur avoir parlé dans toutes les régions du Québec, ils aimeraient bien, en fait, pouvoir donner l'occasion à leurs enfants, au niveau collégial, de faire un peu de scolarité pour devenir bilingues», a-t-il déclaré.
Une résolution plaidant pour étendre les dispositions de la loi 101 aux cégeps sera vraisemblablement débattue lors du congrès du PQ la semaine prochaine, à Montréal.
Mais le chef Jean-François Lisée, en désaccord avec la proposition, a dit s'attendre à ce qu'elle soit battue sur le plancher du congrès.
Le chef péquiste a fait savoir qu'il était confiant que deux des volets principaux de son programme allaient être validés par les membres, soit le refus d'étendre la loi 101 aux cégeps, ainsi que le report d'un référendum dans un deuxième mandat d'un gouvernement péquiste.
Il a indiqué que les trois quarts des exécutifs du parti dans les circonscriptions ont déjà appuyé la proposition nationale écartant la possibilité d'étendre la Charte de la langue française aux cégeps, et de même, 75 % des congrès régionaux du parti l'ont aussi appuyée.
M. Lisée a par ailleurs rappelé les engagements linguistiques qu'il avait déjà pris : exiger la connaissance du français préalable à l'immigration au Québec, à l'exception des réfugiés; imposer la loi 101 aux entreprises à charte fédérale et aux entreprises entre 25 et 50 employés.
Pour sa part, la Coalition avenir Québec (CAQ) a référé les journalistes au rapport publié par sa députée Claire Samson en novembre 2016, qui plaide essentiellement pour une meilleure francisation des immigrants.
«Interdire à des adultes de fréquenter le cégep anglophone ne fait absolument pas partie de la position de la CAQ en matière de protection de la langue française. Nous allons laisser Jean-François Lisée gérer les propositions de ses membres et militants», a affirmé dans un courriel l'attachée de presse de la CAQ, Émilie Toussaint.
Débat «stérile», selon la Fédération des cégeps
Pour la Fédération des cégeps, c'est le jour de la marmotte. La question de la langue au cégep avait été longuement débattue en 2014 lors de l'étude du projet de loi 14 visant à renforcer l'usage du français au Québec.
La ministre péquiste Diane De Courcy avait finalement abandonné le projet de loi, faute d'appuis du Parti libéral et de la CAQ.
«Si un débat n'a pas permis d'arriver à une conclusion, de refaire le même débat de la même façon trois ans plus tard, ça me semble assez stérile comme façon de faire», a affirmé Bernard Tremblay, président-directeur général de la Fédération des cégeps, en entrevue téléphonique à La Presse canadienne.
M. Tremblay constate qu'il y a un «malaise» au Québec face à l'identité québécoise et à sa pérennité dans les prochaines décennies, mais qu'il est «court» et «simpliste» de penser qu'étendre la loi 101 aux cégeps va du jour au lendemain assouvir les inquiétudes.
«Le paradoxe est qu'on prône le bilinguisme individuel, beaucoup de gens vont dire: Ah, moi je veux que mes enfants parlent anglais [...] mais il ne faudrait pas que les autres parlent anglais parce que ça risque d'affecter notre identité.
«Il peut y avoir débat, mais je ne pense pas que de le cibler sur la loi 101 au cégep est la bonne approche», a-t-il conclu.