Les élèves de cette classe de sixième année de l'école primaire Les Pionniers, à Saint-Augustin, n'ont ni devoirs ni leçons.

Pas de devoirs? Pas question!

Fabienne Leblanc n'en démord pas. Enseignante depuis près de 15 ans, elle a toujours donné des devoirs et des leçons à ses élèves et il n'est pas question que ça change. «L'abandon des devoirs et leçons, jamais!» lance-t-elle haut et fort.
Samedi dernier, Le Soleil racontait l'expérience de Marie-Claude Tardif, une enseignante de sixième année de la région de Québec qui a décidé de ne plus donner de devoirs et leçons à ses élèves cette année. Les réactions à cet article ont été nombreuses, notamment de la part des enseignants. Certains sont favorables à l'abandon des travaux scolaires à la maison, d'autres sont farouchement contre, comme Mme Leblanc.
«C'est venu me chercher», lance cette enseignante de la région de l'Outaouais. Pour elle, les travaux scolaires à la maison servent avant tout à responsabiliser les élèves et à développer leur autonomie. «À long terme, on ne leur rend pas service» si on ne leur donne pas de devoirs et leçons, affirme-t-elle. Au secondaire ou au cégep, ces mêmes élèves vont devoir tôt ou tard apprendre à s'organiser. Vaut mieux plus tôt que trop tard, selon Mme Leblanc.
Abstention parentale
L'enseignante insiste sur un autre point : les devoirs et les leçons doivent être faits par les élèves... et non par leurs parents.
«Les élèves devraient être capables de faire leurs devoirs seuls. Les parents sont là pour les superviser. À cette période-ci de l'année, 95 % de mes élèves de première année font leurs devoirs seuls à la maison», affirme-t-elle. Les devoirs servent à valider des notions que les élèves ont déjà vues en classe.
Un sac d'école bien rempli permet aussi aux parents de s'intéresser au cheminement scolaire de leur enfant, ajoute Mme Leblanc. À ceux qui sont débordés et ne savent pas où caser les devoirs dans un horaire déjà bien rempli, l'enseignante leur répond qu'il y a toujours moyen de s'arranger. Dans sa classe, les devoirs et leçons sont planifiés sur sept jours, du mardi au lundi, afin de donner une plus grande marge de manoeuvre aux familles. Certains élèves font leurs devoirs la fin de semaine, d'autres en font une bonne partie un soir de semaine qui n'est pas occupé par une pratique de soccer ou un cours de gymnastique.
«On est flexibles, on peut s'adapter», lance-t-elle. En fin d'année par exemple, elle met la pédale douce sur les devoirs et leçons. «On sent la fatigue des élèves. Il faut aussi être attentif.»
Il ne faut pas non plus exagérer. Mme Leblanc considère qu'en première année, les devoirs devraient durer 20 à 30 minutes par jour, pas plus. Les élèves de cinquième ou sixième année devraient passer environ 45 minutes dans leurs livres à la maison chaque soir. «Si ça prend deux heures, c'est qu'il y a quelque chose qui ne marche pas!» lance-t-elle. L'enseignante n'hésite d'ailleurs pas à réduire la charge de travail pour les élèves en difficulté.
Mme Leblanc rappelle aussi que la première job d'un enfant, c'est d'aller à l'école. Et pour elle, les devoirs et leçons en font partie. «C'est sûr que si les parents sont eux-mêmes écoeurés des devoirs, ça n'envoie pas un bon signal aux enfants. Mais c'est quoi la priorité? Il y a des parents qui devraient y réfléchir.»