Les groupes soutiennent que les candidats ont tenu des propos vides sur l'éducation depuis le début de la campagne.

Orientation scolaire au primaire: «Laissez les enfants être des enfants»

Les deux syndicats de l'enseignement ne sont pas chauds à l'idée d'implanter de nouveaux cours d'orientation scolaire et professionnelle au second cycle du primaire, tel que le souhaite la ministre de l'Éducation, Marie Malavoy. En plus d'éloigner les élèves de l'essentiel, la formation s'ajouterait à la tâche déjà trop lourde des professeurs, plaident-ils.
«Laissons les enfants être des enfants! [...] Est-ce qu'on peut arrêter de vouloir transformer les enfants du primaire en travailleurs potentiels?», questionne d'entrée de jeu le président de la Fédération autonome de l'enseignement, Sylvain Mallette. Il dit en avoir ras le bol d'entendre que «l'école sert à tout» et croit qu'il faut se concentrer sur l'essentiel, soit l'enseignement des matières de base.
De plus, ajoute-t-il, les profs manquent déjà de temps, et l'ajout de 5 à 10 heures de formation en orientation scolaire et professionnelle au deuxième cycle du primaire et aux deux cycles du secondaire ne ferait qu'alourdir leur tâche. Une opinion partagée par la Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE), qui en veut à Mme Malavoy d'avoir transmis une lettre aux commissions scolaires et aux écoles privées en juin dernier, tel que le révélait Le Soleil mardi, pour leur faire part de son intention sans d'abord consulter les professeurs.
Depuis, ceux-ci ont reçu la promesse que le projet prévu pour 2015 n'irait pas de l'avant sans le succès de projets pilotes. Néanmoins, la présidente de la FSE, Josée Scalabrini, se dit déçue de la manière dont le dossier a été conduit. «La cour est pleine, les enseignants ne sont plus capables d'en prendre», répète-t-elle, ajoutant qu'une nouvelle formation nécessite soutien et matériel.
Moins tranchée que son homologue sur la question de donner des cours en orientation à des enfants de 10 ou 11 ans, Mme Scalabrini dit tout de même se questionner sur leur pertinence. «Est-ce une priorité pour le primaire?» demande-t-elle.
Un expert en faveur
Un ex-professeur à la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université Laval, Denis Pelletier, est persuadé de l'importance d'une telle formation. L'expert en orientation scolaire et professionnelle, qui a collaboré à l'élaboration de nombreux programmes, fait valoir qu'au primaire, il n'est pas encore question du choix d'une profession. C'est plutôt le «sens du travail» qui est abordé auprès des enfants.
«On cherche à implanter l'idée qu'il y a des compétences qui peuvent servir», explique-t-il, ajoutant qu'il n'y a rien de plus valorisant pour un enfant que de se sentir bon et utile lorsqu'il accomplit quelque chose. «On veut améliorer l'estime des élèves et ainsi valoriser la persévérance scolaire», ajoute-t-il.
M. Pelletier souligne qu'à la fin du primaire, les élèves doivent déjà se préparer à leur passage au secondaire et faire des choix. Selon lui, il est primordial que ces derniers connaissent le système scolaire puisqu'ils auront à y cheminer encore de nombreuses années.