Peu de membres de l'Association des étudiants de Laval inscrits aux études supérieures (AELIÉS) envisagent de se joindre à l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ).

Mouvement étudiant: une troisième voie envisagée

Sans affiliation depuis la mort de la Table de concertation étudiante du Québec (TaCEQ) en 2014, les deux grandes associations étudiantes de l'Université Laval sont présentement, avec une dizaine d'autres associations universitaires du Québec, au coeur des discussions pour la création d'une «troisième voie», qui s'ajouterait à la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) et à l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ).
La Confédération des associations d'étudiants de l'Université Laval (CADEUL) et l'Association des étudiants de Laval inscrits aux études supérieures (AELIÉS) faisaient en effet partie de la quinzaine d'associations étudiantes universitaires qui se sont réunies récemment à Québec pour aborder cette question d'une troisième voie.
La Fédération des associations étudiantes du campus de l'Université de Montréal (FAECUM), qui s'est depuis désaffiliée de la FEUQ, était également présente, ainsi que d'autres associations qui en sont pour l'instant toujours membres. Aucune association membre de l'ASSÉ n'était toutefois de ces rencontres.
L'AELIÉS et la CADEUL, qui ont quitté la FEUQ en 2004 et en 2005 et rejoint la TaCEQ en 2009, participeront à une seconde rencontre de travail au cours des prochaines semaines à Montréal. «Il s'agit de voir s'il ne serait pas possible de créer des ponts, de refaire des liens qui ont été brisés par le passé», explique une source de la CADEUL.
Plusieurs options
Christian Alain Djoko Kamgain, président de l'AELIÉS, a pour sa part indiqué que ses membres se feraient présenter plusieurs options une fois la réflexion complétée, soit possiblement à l'aube du début de la prochaine année scolaire.
«Oui, nous prenons part aux travaux préliminaires à la création d'une nouvelle association nationale, mais ça ne nous engage à rien. Pour l'instant, tout est sur la table. Est-ce qu'on joindra officiellement les rangs de la nouvelle association, est-ce qu'on reviendra avec la FEUQ ou est-ce qu'on restera indépendants? Ce sont nos membres qui décideront», explique-t-il en entrevue avec Le Soleil.
M. Djoko Kamgain avoue toutefois que les discussions avec ses membres semblent démontrer que peu envisagent de se joindre à l'ASSÉ. «C'est que l'ASSÉ mise sur la démocratie directe, alors que nous, à l'AELIÉS, priorisons davantage la démocratie représentative.»
Il ajoute que ses membres s'interrogent aussi sur la FEUQ depuis que la FAECUM l'a quittée avec ses 40 000 membres. «Plusieurs se demandent si la FEUQ est le meilleur véhicule pour porter la voix des étudiants de deuxième et troisième cycles.»
Selon M. Djoko Kamgain, les discussions en vue de créer une nouvelle association nationale se sont intensifiées au Québec depuis la mort de la TaCEQ et les dernières désaffiliations à la FEUQ.
«Au départ, il avait été question d'une confédération d'associations d'universités régionales, puis d'un regroupement d'associations d'étudiants aux études supérieures, mais, maintenant, ça progresse davantage vers une véritable troisième voie», indique-t-il.
La nouvelle association pourrait rapidement devenir la plus importante au Québec, devant l'ASSÉ avec ses 82 000 membres, la FEUQ qui compte actuellement environ 80 000 membres et la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) et ses 65 000 membres.
«Si elle compte dans ses rangs la FAECUM, la CADEUL [33 000 membres] et l'AELIÉS [11 000 membres], sans compter les autres associations qui pourraient s'y greffer, la "troisième voie" pourrait devenir une alternative très crédible. Il s'agira de ne pas reproduire les mêmes travers qu'avec la TaCEQ ou ce qui avait moins bien marché avec la FEUQ», conclut Christian Alain Djoko Kamgain.
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Les associations étudiantes au Québec
ASSÉ: 82 000 étudiants
FEUQ: 80 000 étudiants
FECQ: 65 000 étudiants
Indépendants: plus de 100 000 étudiants
Des tensions normales et récurrentes depuis 50 ans
Des tensions comme celles survenues récemment à la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) et à l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ) surviennent régulièrement au sein du mouvement étudiant depuis sa naissance au Québec selon le professeur Benoît Lacoursière, auteur du livre Le mouvement étudiant au Québec de 1983 à 2006.
«Ces tensions sont récurrentes et font presque partie de l'ADN des associations étudiantes depuis le début des années 60», explique-t-il en faisant référence à la perte de quelque 40 000 membres par la FEUQ et à la démission de l'exécutif de l'ASSÉ suivie d'une destitution symbolique en fin de semaine.
Celui qui a lui-même milité au sein du mouvement étudiant et qui enseigne maintenant les sciences politiques au Collège de Maisonneuve fait également remarquer que les grands conflits étudiants comme celui de 2012 laissent souvent des traces.
«Il y a toujours des associations qui sont très motivées et d'autres qui souhaitent porter une réflexion sur ce qu'elles pourraient faire, et ça se fait toujours sentir après les conflits importants», explique-t-il en citant la grève étudiante de 1986, où la très militante Association nationale des étudiants du Québec (ANEQ) avait réussi à faire reculer le gouvernement Bourassa sur la hausse des droits de scolarité.
«Le Regroupement des associations étudiantes universitaires et la Fédération des associations étudiantes du collégial du Québec, qui n'appelaient pas à une mobilisation farouche, avaient perdu de la crédibilité et étaient mortes dans l'année suivante, et c'est l'ANEQ qui en avait profité», se souvient M. Lacoursière.
L'échec de l'appel à la grève générale de l'ANEQ en 1988 avait toutefois éventuellement mené à la création de la FEUQ et de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) en 1989 et 1990 et à la dissolution de l'ANEQ en 1994.
«On peut donc dire qu'il est habituel de voir certaines "recompositions" après un épisode de mobilisation très intense. Est-ce que les associations ont fait le bilan de 2012 et est-ce que ce bilan est consensuel? Combien pensent que 2012 est une victoire et combien en veulent encore au Parti québécois d'avoir augmenté quand même les frais de scolarité via l'indexation?» se demande M. Lacoursière.
Le professeur croit également que les tensions sont plus visibles aujourd'hui parce que les conflits étudiants sont davantage couverts par les médias. «Par exemple, on peut se demander si les réactions auraient été les mêmes envers l'exécutif de l'ASSÉ si le document proposant de reporter le mouvement de grève à l'automne n'avait pas coulé dans les médias», conclut-il.
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Les associations étudiantes au fil des années
1964 : création de l'Union générale des étudiants du Québec (UGEQ)
1969: dissolution de l'UGEQ
1974: grève étudiante
1975: création de l'Association nationale des étudiants du Québec (ANEQ)
1976: création du Regroupement des associations étudiantes universitaires (RAEU) par l'ANEQ
1981: le RAEU quitte l'ANEQ
1982: création de la Fédération des associations étudiantes collégiales du Québec (FAECQ)
1983: congrès d'unification raté par l'ANEQ
1988: la FAECQ et le RAEU se sabordent
1989: création de la Fédération étudiante universitaire (FEUQ)
1990: création de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ)
1994: dissolution de l'ANEQ
1995: création du Mouvement pour le droit à l'éducation (MDE)
2000: dissolution du MDE
2001: création de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSE)
2009: création de la Table de concertation étudiante du Québec (TaCEQ)
2014: dissolution de la TaCEQ
2015: rencontres pour la création d'une autre association étudiante nationale
Source: Benoît Lacoursière, Le mouvement étudiant au Québec de 1983 à 2006.