«L’enseignant est le mieux placé pour choisir le matériel qui fonctionne bien dans sa classe. On espère que les balises du ministre Proulx vont leur laisser toute la latitude nécessaire», exprime Sylvie Théberge, vice-présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement.

Matériel scolaire: les profs veulent avoir leur mot à dire

EXCLUSIF / Les enseignants craignent de ne plus avoir leur mot à dire quant au choix des cahiers et des crayons qui seront utilisés en classe ou des sorties éducatives qu’ils feront avec leurs élèves. La Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE) constate des «dérives importantes» dans la préparation des listes scolaires pour septembre prochain.

«Les enseignantes et enseignants subissent actuellement des pressions pour choisir du matériel pédagogique uniforme et le moins coûteux possible pour les parents, sans tenir compte de l’approche pédagogique privilégiée ou de la qualité du matériel», déplore la FSE dans une lettre transmise au ministre de l’Éducation Sébastien Proulx le 23 mai, et dont Le Soleil a obtenu copie.

Cosignée par l’Association provinciale des enseignantes et des enseignants du Québec (APEQ), la lettre critique «cette année de confusion et d’absence de consignes claires» en ce qui a trait au matériel qui peut être facturé aux parents. 

«Il y a des exagérations. Certains se font dire de préparer leurs propres cahiers d’exercices au lieu d’en faire acheter. J’ai des enseignantes de maternelle qui doivent expliquer exactement les bricolages qu’elles vont faire avec une boîte de 120 bâtons de popsicle. À un moment donné, c’est un contrôle qui brime l’autonomie professionnelle des enseignants», exprime Sylvie Théberge, vice-présidente de la FSE, en entrevue.

Pour ce qui est des sorties éducatives, la FSE soutient que moins de pièces de théâtre, de classes neige ou de classes vertes de fin d’années seront au menu en 2018-2019. «Le message qui a été lancé par un bon nombre de commissions scolaires, ayant comme trame de fond un recours collectif, est un appel démesuré à la retenue quant aux frais exigés des parents, sans pourtant offrir de solution de rechange», écrit la FSE. 

Entente à l'amiable

Une entente à l’amiable a été conclue au début mai entre 68 commissions scolaires et les avocats de Daisy Marcil, cette mère de Saguenay qui a intenté un recours collectif sur les frais abusifs qui ont été chargés aux parents du Québec dans les écoles publiques au cours de la dernière décennie. 

L’entente devrait être approuvée par la Cour supérieure au cours de l’été et les parents concernés devraient recevoir un chèque d’environ 150 $ par enfant cet automne. 

Cette entente règle le passé, mais pas l’avenir. C’est pourquoi le ministre Proulx met la touche finale ces jours-ci aux balises qui encadreront désormais des frais scolaires. La FSE, qui demande à être consultée à ce sujet depuis décembre dernier, est déçue de ne pas avoir été mise dans le coup. 

«L’enseignant est le mieux placé pour choisir le matériel qui fonctionne bien dans sa classe. On espère que les balises du ministre Proulx vont leur laisser toute la latitude nécessaire», exprime Mme Théberge. 

D’accord avec le principe de gratuité scolaire au primaire et au secondaire, la FSE croit que le problème des coûts refilés aux parents est devenu criant en raison du sous-financement chronique du système d’éducation. «On se le cachera pas : les factures dans les différentes écoles ont augmenté. Mais il y a une limite à demander à l’enseignant de couper dans la qualité du matériel avec lequel il travaille ou dans les sorties qui sont complémentaires à la matière enseignée», avertit Mme Théberge.