Selon les données fournies par l’Université Laval, 91 % des nouveaux étudiants perçoivent positivement les activités d’intégration.

Marijuana: les étudiants s’éduquent eux-mêmes

EXCLUSIF / À une certaine époque, le principal regroupement étudiant de l’Université Laval se serait peut-être contenté de célébrer la légalisation de la marijuana. Maintenant, il dit à ses membres de faire attention.

La Confédération des Associations d’étudiants et étudiantes de l’Université Laval (CADEUL), qui représente les étudiants de premier cycle, lancera bientôt une campagne sur la consommation responsable de cannabis, a appris Le Soleil.

Intitulée #GARDELAFACE, la campagne sera diffusée sur l’ensemble du campus, notamment par des affiches sur les babillards. Elle commencera plus tard cet automne, à la suite d’un autre volet sur l’alcool lancé à la rentrée. 

Là où certains pourraient voir un sursaut de rectitude, le président de la CADEUL, Mathieu Montégiani, perçoit un «changement de culture» vers des «habitudes plus saines» que les étudiants sont ravis de voir porter par leurs représentants.

«S’il y a 15 ans une association étudiante avait fait la même campagne, peut-être que ç’aurait été moins bien perçu, dit M. Montégiani. Mais là, les gens comprennent vraiment qu’il y a des changements à la société et à nos comportements à apporter».

Un ancien président de la CADEUL, qui a occupé ce poste il y a plus de 15 ans, mais a préféré ne pas être identifié, a été étonné de l’initiative de la confédération. Il a souligné qu’à l’époque, la CADEUL ne faisait pas de «campagnes de santé publique».

Depuis environ cinq ans, Mathieu Montégiani perçoit un changement dans la responsabilisation des étudiants. La tendance s’est accentuée avec le mouvement #metoo, souligne-t-il. De sorte qu’il ne craint pas que les campagnes de la CADEUL sur les effets du cannabis et de l’alcool soient perçues comme moralisatrices.

«Tranquillement, les gens comprennent qu’il y a des choses qui ne se font pas», dit M. Montégiani. C’est le cas de certains types d’initiation propices aux violences sexuelles, fait-il valoir. Ce l’est aussi pour les excès d’alcool ou de marijuana, dont les conséquences pour la santé mentale et physique des étudiants ne doivent plus être minimisées, estime le président de la CADEUL. 

«Gelé» ou «parano?»

La Confédération des Associations d’étudiants et étudiantes de l’Université Laval lancera bientôt une campagne sur la consommation responsable de cannabis

La campagne sur le pot sensibilise notamment les étudiants à ses effets sur leur comportement. La CADEUL décrit six états — «à jeun», «buzzé-e», «gelé-e», «pété-e», «défoncé-e» et «parano» — auxquels des définitions et des visages plus ou moins intoxiqués sont associés.

L’état «gelé-e», par exemple, est décrit comme celui d’une personne «cocasse ayant consommé suffisamment pour rire de ses propres blagues sans même les raconter». Tandis que l’état «parano» est défini comme celui d’«une personne en délire ayant immensément trop consommé et souffrant d’une altération de la réalité». 

La CADEUL lance cette campagne dans le contexte de la légalisation de la marijuana, qui permettra aux Canadiens de fumer un joint légalement dès le mercredi 17 octobre 2018.

Pour le moment, les étudiants de l’Université Laval ignorent toutefois quelles règles encadreront l’utilisation du cannabis sur le campus. La direction de l’UL travaille sur une politique en la matière. 

Robert Beauregard, qui est vice-recteur exécutif et vice-recteur aux études et aux affaires étudiantes, explique que la direction de l’Université tente d’élaborer une politique qui respecte à la fois la loi fédérale et provinciale sur le cannabis. Des discussions sont en cours avec les associations étudiantes et les syndicats à ce propos.  

Le conseil d’administration de l’UL doit adopter la politique avant le 17 octobre.

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DES INITIATIONS PLUS RESPECTUEUSES

Sans oui, c’est non! est un organisme qui organise des activités de sensibilisation et des formations autour de la notion de consentement sexuel pour les associations étudiantes des établissements d’enseignement supérieur du Québec.

Isis Robert et Dominique Delisle participaient à l’initiation des étudiants en études internationales, mardi matin, sur la pelouse du Grand Axe de l’Université Laval. Pour l’occasion, elles portaient des t-shirts verts et roses sur lesquels ont pouvait lire : «Sans oui, c’est non!»

«Ça s’accorde bien avec les initiations qui ont une mauvaise réputation à cause des activités à connotation sexuelle. Et ça n’a pas sa place!» dit Isis, 23 ans. 

Les initiations sont devenues plus respectueuses du consentement des participants, constate Dominique. «Si quelqu’un ne veut pas le faire, il n’y a vraiment pas de problème», dit-elle. 

Formations

En fait, Sans oui, c’est non!, c’est le nom d’un organisme. Celui-ci organise des activités de sensibilisation et des formations autour de la notion de consentement sexuel pour les associations étudiantes des établissements d’enseignement supérieur du Québec.

Cette année, 250 étudiants responsables des initiations ont reçu une formation élaborée par les étudiants et l’université à partir du contenu de Sans oui, c’est non! La formation avait aussi été reçue l’an dernier. Elle est maintenant obligatoire. 

Lors des initiations, cette formation s’est traduite par l’abandon de jeux comme Twister. «Ce n’est pas tout le monde qui est à l’aise d’avoir des contacts corporels et de se mettre dans des positions pas tout à fait confortables», dit le président de la CADEUL, Mathieu Montégiani.

Selon un sondage mené auprès de nouveaux étudiants, la proportion d’activités à connotation sexuelle lors des initiations est passée de 22 % en 2013 à moins de 10 % l’an dernier. 

«Ça veut dire que le #metoo, ce qu’on vit dans la société, la conscience plus aiguë de la pression de ce que c’est que les violences à caractère sexuel, c’est de plus en plus partagé», dit Robert Beauregard, qui est vice-recteur exécutif et vice-recteur aux études et aux affaires étudiantes. 

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EN CHIFFRES

  • 43 000 étudiants à la session d’automne
  • 9500 nouveaux étudiants
  • 14 % d’étudiants internationaux
  • 91 % perçoivent positivement les activités d’intégration 

Source : Université Laval

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